mercredi 24 avril 2019

Sévères voisines (3)


J’ai sonné. Et attendu. Longtemps.
– Ah, c’est toi… Eh bien entre ! Assieds-toi !
Ce que j’ai fait, du bout des fesses, tout au bord du fauteuil.
– Tu veux du café ?
– Non. Non. Je vous remercie.
Elle s’est installée en face de moi, a croisé les jambes, tourné longuement sa cuiller dans sa tasse, relevé enfin la tête.
– Tu fais quoi au juste comme études ?
– Droit.
– Et pour devenir quoi, si c’est pas indiscret ?
– Je sais pas encore trop au juste. J’aimerais bien juge, si je peux.
– Juge ? C’est bien, ça ! C’est même très bien. Tu vas peut-être pouvoir me renseigner, du coup. Les petits vicieux qui s’introduisent dans les propriétés privées pour surprendre les jeunes filles sous la douche, ils encourent quoi comme sanction ?
J’ai rougi. Je me suis troublé. J’ai lamentablement bafouillé.
– Je… C’est-à-dire… En fait… Je m’excuse… Je le ferai plus, je vous promets…
– Oui, t’en sais rien, quoi ! Je demanderai à ta mère. Sûrement qu’elle doit être au courant, elle. De toute façon, il va bien falloir que je lui dise à quoi son grand fils, qu’elle porte aux nues, passe ses soirées.
– Faites pas ça ! Je vous en supplie.
– Il fallait y réfléchir avant. Ta petite amie aussi d’ailleurs. Comment elle s’appelle déjà ?
– Célestine.
– Célestine, c’est ça, oui. Célestine aussi, il va bien falloir qu’elle apprenne à quelles activités tu te livres en son absence. Ah, ben si, si ! Normal qu’elle sache, avant de s’engager plus avant avec toi, quel genre d’individu tu es exactement. Non ? Tu ne crois pas ?
– Elle me quittera, si elle sait ça. Elle va me quitter.
– Il y aura aussi ta sœur à prévenir. Qu'elle sache que t'as les yeux qui traînent. Un peu partout. Et en permanence. Ah, elle va avoir bonne opinion de son grand frère, ta sœur! Et tes petites camarades à la fac, elles aussi il va falloir les mettre en garde. C’est la moindre des choses. Qu’elles se méfient. Qu’elles se protègent. Oh, mais ça, Manon s’en occupera. Elle a des copines qui font droit, elles aussi. En attendant, ça va en faire du monde à prévenir, dis donc ! Ta mère, ta petite amie, ta sœur, tes camarades de fac… À moins… À moins qu’on ne trouve un arrangement tous les deux. Entre nous.
Un arrangement ? Oh, oui, oui ! Tout ce qu’elle voulait. Absolument tout ! Pourvu qu’elle ne dise rien. Qu’elle n’en parle pas. À personne.
– Dans ces conditions… Une bonne fessée. C’est largement mérité, avoue ! Une bonne fessée et on n’en parle plus.
Hein ? Une fessée !
– Mais j’ai vingt-deux ans !
– Oui. Et alors ? C’est pas une raison. Au contraire. Ce n’en sera que plus mortifiant. Et donc plus profitable. Bon, mais allez ! Assez perdu de temps. J’ai pas que ça à faire. Alors tu te déculottes. Et tu te dépêches. Sinon, avant midi, ta mère est au courant. Et ce ne sera qu’un début.
Est-ce que j’avais le choix ? Non. Et je me suis résolu, la mort dans l’âme, à en passer par où elle voulait. Je me suis déshabillé. En lui tournant le dos. Le pantalon. Le boxer.
– Bon, ben viens là maintenant.
Elle m’a regardé approcher avec un petit sourire en coin.
– Allez !
M’a fait basculer en travers de ses genoux, m’a calé.
– Accroche-toi ! Ça va être long.
Ça a été long. Très. Pas très fort au début, mais méthodique. Une fesse après l’autre.
– Là ! Et maintenant que le terrain est réceptif…
Maintenant ? À plein régime. À plein volume. À toute allure.
Ça a crépité. Ça m’a piqué. Ça m’a cuit. Ça m’a brûlé.
– Oh, tu peux gigoter. Tant que tu veux. Si tu crois que ça va m’apitoyer.
Et c’est tombé de plus belle.
– Braille ! Braille ! Tant que tu veux. Personne peut t’entendre.

Ça s’est enfin arrêté.
– Là ! Tu peux te reculotter. C’est tout. Pour le moment. Mais passe ce soir…
– Ce soir ?
– Ce soir, oui. Prends pas cet air idiot. Et tâche de pas oublier parce que sinon…

mercredi 17 avril 2019

Sévères voisines (2)


Ce fut Manon la première. Le soir même de leur retour.
La nuit venait de tomber. J’attendais, fébrile, le cœur dans les tempes, au fond du jardin. La fenêtre de la salle de bains s’est enfin éclairée. D’un bond, j’ai sauté la clôture et j’ai gagné, le plus silencieusement possible, mon poste d’observation.
Manon… Elle était nue, debout dans la baignoire. Elle me tournait le dos. Et j’ai pu me repaître tout à loisir de deux amours de petites fesses bien fermes, bien musclées, sur lesquelles et entre lesquelles le gant de toilette a longuement couru. Elle ne s’est pas retournée. Elle a enjambé le rebord de la baignoire et elle a disparu de mon champ de vision. Éteint. C’était fini.
Je suis rentré la tête – et le reste – en feu. Ravi de ce que j’avais vu, mais, en même temps, profondément frustré de ne pas avoir pu en voir davantage.

Son tendre minou, jalousement refermé sur ses secrets, recouvert d’une fine résille bouclée, ses jolis seins menus, aux larges aréoles foncées, je n’ai pu, les jours suivants, les apercevoir que furtivement, rapidement, trop rapidement, à deux ou trois reprises. Elle se douchait en effet systématiquement dos à la fenêtre. Ces rares moments tant espérés, où elle me livrait enfin brièvement davantage, n’en étaient que plus précieux.

Emma, elle, se tournait et retournait, dans un sens, dans l’autre, sous le jet. Tant et si bien qu’elle m’offrait généreusement, les uns après les autres, tous ses trésors. Ses seins lourds, amples, veinés de bleu, aux pointes arrogantes, dodelinant et oscillant doucement. Son encoche toute lisse qui laissait d’adorables et tendres morceaux de chair pointer délibérément le nez au-dehors. Ses fesses replètes, joliment rebondies qui s’offraient délicieusement et longuement à mes regards.

Il y avait aussi Madame Beauchêne. J’avais eu scrupule, au début, à lui faire subir le même traitement qu’à ses filles, mais j’avais fini par m’enhardir et par prendre infiniment de plaisir à la contempler, elle aussi. De façon beaucoup plus cérébrale. Elle avait certes la cinquantaine extrêmement alléchante, mais ce qui me séduisait surtout, c’était l’idée que je me repaissais des charmes d’une femme qui avait le double de mon âge. Et même un peu plus.

On s’enfonçait dans l’automne. Ce qui signifiait que la nuit tombait de plus en plus tôt et que le jour se levait de plus en plus tard. L’obscurité me dérobait à d’éventuels regards extérieurs. J’avais donc du temps. De plus en plus de temps. Du temps pour les voir nues, oui, bien sûr, mais aussi pour les voir se livrer, avec ravissement, à toutes les activités auxquelles une femme s’adonne dans le secret d’une salle de bains.

Et puis, il y a eu ce soir-là. Le dix-huit octobre. La soirée était d’une douceur exceptionnelle. Je venais d’assister à la toilette d’Emma. Manon lui avait aussitôt succédé. Je la regardais. De tous mes yeux. Et j’espérais. Comme chaque fois que c’était elle. J’espérais qu’elle allait enfin s’offrir à moi longuement de face. Oh, s’il te plaît ! S’il te plaît !
Une main s’est brusquement abattue sur mon épaule. J’ai sursauté. Je me suis retourné, terrifié. C’était Madame Beauchêne.
– Non, mais faut pas te gêner !
– Oui… Non… Mais c’est parce que… C’est-à-dire que…
– Que quoi ?
Que rien. Rien. Qu’est-ce que je pouvais dire ? Quelle excuse invoquer ? Je suis resté piteusement silencieux, tête basse.
– Ah, elle va être contente, ta mère, quand elle va apprendre ça…
Ma mère ?
Je le suis fait suppliant.
– Oh, non, non ! S’il vous plaît ! Pas ma mère !
Elle a coupé court.
– Passe chez moi demain matin. On réglera ça. Et tâche de pas oublier.
Je suis retourné à la maison, anéanti.

mercredi 10 avril 2019

Sévères voisines (1)


Avec madame Beauchêne, notre nouvelle voisine, ma mère avait tout de suite sympathisé.
– C’est quelqu’un de très intéressant. Et puis, avoir élevé ses deux filles, comme ça, toute seule, elle a bien du mérite, la pauvre femme !
Ses deux filles, c’était d’abord Emma, une petite brune toute potelée, aux yeux noirs, au sourire mutin, à la poitrine conquérante. Qui avait toujours le mot pour rire. Et qui devait fêter ses vingt-deux ans en octobre.
– Comme toi, Raphaël ! Tout comme toi ! Vous êtes pour ainsi dire jumeaux.
Et Manon, de deux ans sa cadette. Brune aussi, mais à la poitrine plus sage, au regard plus velouté, à l’attitude plus réservée.
Elles ne me laissaient pas indifférent. Ni l’une ni l’autre. Elles me laissaient d’autant moins indifférent qu’elles me tenaient délibérément à distance. Rapports de bon voisinage, oui. Elles n’avaient rien contre. Mais c’était tout. Pas question de me laisser m’immiscer vraiment dans leurs vies. De quelque façon que ce soit. Ni de manifester un quelconque intérêt pour la mienne. C’était d’un irritant…

Célestine, ma petite amie de l’époque, les dénigrait tant et plus.
– Je les sens pas, ces filles ! Elles ont quelque chose de faux.
Emma surtout lui sortait par les yeux.
– Je suis sûre qu’elle saute sur tout ce qui bouge, celle-là. Et puis pour qui elle se prend ? C’est pas parce qu’elle travaille dans une parfumerie… C’est à la portée de n’importe qui de faire la vendeuse. Il y a vraiment pas de quoi pavoiser.
Quant à Manon…
– Ce genre de pseudo intello qui se la pète ! Études de psycho, tu parles ! Il y a longtemps que tout le monde sait que c’est du vent, la psycho. Et que ça mène à rien. En plus !
Elle pressentait un danger. À juste titre. Parce qu’elles m’émoustillaient, ces deux filles. De plus en plus. Un danger d’autant plus redoutable à ses yeux qu’elle poursuivait ses études à Paris, que c’était loin Paris, qu’on ne se voyait que le week-end tous les deux… Et encore pas toujours ! Elles avaient donc le champ libre, ces voisines. Et Célestine craignait le pire.
– Ce serait bien le style à vouloir te mettre le grappin dessus, ces deux-là !
C'était aussi l'avis de ma petite sœur, Camille, qui, du haut de ses dix-huit ans, a tranché.
– C'est des nids à histoires n'importe comment, ces filles. C'est à fuir comme la peste.

En août, elles sont allées toutes les trois, la mère et ses deux filles, passer une semaine de vacances au Grau-du-roi.
– Si ça vous ennuyait pas, si c’était pas trop vous demander d’aller nourrir le chat ? Et de m’arroser les plantes vertes ?
– Bien sûr ! Bien sûr ! Raphaël ira. Ça l’occupera. Il est en vacances.
Et je me suis, avec la bénédiction de madame Beauchêne, faufilé le cœur battant dans leur univers.
J’ai poussé la porte de la chambre d’Emma. Sur le lit une peluche de Minnie était profondément endormie. Les murs étaient tapissés de photos. Photos d’elle. Riant aux éclats. Plongeant debout, en se pinçant le nez, dans une piscine. Photos d’inconnus. Photos de boîte de nuit. Photos. Photos. Des centaines de photos. Sur une étagère trônaient toutes sortes de bibelots que j’ai examinés, les uns après les autres, avec curiosité.
Chez Manon, c’était plus austère. Des livres. Beaucoup de livres. Des revues, jetées en vrac un peu partout. Un grand poster de Freud. Et une vitrine tout entière consacrée aux États-Unis. Drapeaux. Cartes. Statue de la Liberté. Taxi modèle réduit.

Les jours suivants, je me suis enhardi. J’ai ouvert leurs placards, visité leur dressing, voluptueusement plongé les mains dans leurs tiroirs à sous-vêtements que j’ai laissés interminablement couler entre mes doigts.
Je me suis longuement attardé dans la salle de bains. Elles y avaient été nues. Elles y seraient encore nues. J’ai fermé les yeux. J’ai imaginé l’eau ruisselant sur leurs corps, leurs mains dessus, leurs fesses, leurs seins. Je me suis éternisé en leur compagnie.
Quand j’en suis sorti, mon regard s’est machinalement porté sur la fenêtre. Et sur le store. Qui était baissé. Je suis revenu sur mes pas. Je l’ai relevé. Examiné. Il aurait suffi de deux petits bouts de règle glissés, de chaque côté, dans la rainure pour l’empêcher de descendre tout-à-fait. Deux centimètres. Deux tout petits centimètres à peine. Et j’aurais une vue imprenable sur tout ce qui se passait dans cette salle de bains.

Le lendemain, c’était fait.

mercredi 3 avril 2019

Julie, artiste peintre fesseuse (34)


– Alors ? Prêt ? C’est le grand jour.
– Elles sont pas là ?
– Non. Pas encore. Mais elles vont pas tarder. Pas trop peur ?
– Si ! Je suis mort de trouille en fait.
– Mais tu t’es pas défilé. C’est tout à ton honneur.
– T’es sûr ?
– De quoi donc ?
– Que je fais pas une connerie.
– Mais non ! C’est ce qui peut t’arriver de mieux. Et tu le sais très bien.
– Non, je le sais pas justement.
Elle n’a pas répondu. Elle s’est absorbée dans sa peinture. J’ai jeté un coup d’œil par-dessus son épaule et puis je me suis mis à marcher de long en large. De la porte à la baie vitrée. De la bais vitrée à la porte.
– Tu peux pas t’asseoir, s’il te plaît ? Tu me donnes le tournis.
M’asseoir ? Ah, oui, oui, bien sûr !
Je l’ai fait pour me relever, presque aussitôt.
– Elles viendront peut-être pas ?
Elle a ri.
– T’en as envie et pas envie en même temps, hein ! Mais si, elles vont venir, si ! Ça ne fait pas l’ombre d’un doute.

Elles sont venues. Toutes les quatre. Avec tout un remue-ménage. Du parler fort. De grands rires. Elles ont entouré Julie.
– Vous savez ce qu’on a décidé ? On va se le jouer aux cartes.
Elle a souri.
– C’est une excellente idée, les filles !
– Allez, perdons pas de temps…
Et elles se sont assises par terre. En rond. Ont sorti des cartes. Les ont battues.
Estelle s’est tournée vers moi.
– Mets-toi à poil, toi ! Que ça nous motive !
Elles m’ont regardé faire, un petit sourire au coin des lèvres.
– Et approche maintenant ! Plus près ! Là…
Elles se sont absobées dans leur partie. En jetant, de temps à autre, un coup d’œil sur moi.
Les cartes s’abattaient. Carla notait les scores. Assise à son chevalet, Julie suivait avec curiosité le déroulé des opérations.
Moi aussi. Je ne connaissais strictement rien à ce jeu qu’elles semblaient parfaitement maîtriser, mais, par contre, j’ai vu, avec inquiétude, Estelle faire largement course la tête avant d’être progressivement rattrapée par Jessica qui l’a coiffée sur le fil.
Et qui a poussé un cri de triomphe.
– Il est à moi, les filles ! T’es à moi, petit bonhomme !
– Et il a pas fait le plus dur…
– Oui. Parce qu’avec elle, il va morfler.
– Et quelque chose de rare.
Elle est venue vers moi, m’a pesé sur les épaules, fait agenouiller devant elle.
– T’es content ?
Je l’étais.
– Ça a pas l’air.
– Oh, si, si !
– Eh ben, dis-le alors !
– Je suis heureux d’être à vous.
Elle a jeté un regard circulaire tout autour d’elle.
– Il y a pas un martinet quelque part ? Que je marque mon territoire…
Julie lui a indiqué, d’un hochement de tête, le tiroir où il se trouvait.
– Eh bien, va me le chercher, toi, qu’est-ce t’attends ?
Je me suis exécuté. Je le lui ai rapporté. Tendu.
– C’est la première fois. Fais un vœu. Et tourne-toi !
Le martinet s’est abattu. À pleines fesses.

FIN

mercredi 27 mars 2019

Julie, artiste peintre fesseuse (33)


Elles sont parties. Domitien aussi. Et je me suis retrouvé tout seul avec Julie.
– Alors ?
– Quoi, alors ?
– Ces jeunes personnes ont très envie, dirait-on, de te prendre sous leur coupe.
– Elles plaisantaient.
– Je ne crois pas, non. Elles étaient on ne peut plus sérieuses. Et, à mon avis, elles ne vont pas tarder à revenir à la charge. Tu comptes faire quoi, sans indiscrétion, si c’est le cas ?
– Mais rien. Rien. Je ne sais pas.
– Oui. Eh bien, moi, je sais ! Tu vas capituler. Et elles feront de toi tout ce qu’elles voudront. Non ? C’est pas ça ?
– Oh, mais j’en sais rien, j’te dis !
– T’énerve pas comme ça ! Pourquoi tu t’énerves ?
– Je m’énerve pas, seulement…
– Seulement tu n’aimes pas qu’on te perce à jour. Ce qu’elles ont fait. Tu es quelqu’un, elles l’ont parfaitement perçu, qui ne peut trouver son épanouissement que dans la dépendance. Dans l’obéissance. Tu as besoin d’être dirigé, c’est clair. D’une main ferme et résolue.
– Tu crois ?
– Je crois pas. Je suis sûre. Ça fait maintenant des semaines et des semaines que tu es là, avec moi. Que je te regarde. Que je t’observe. Que je t’écoute. Que je te surveille, mine de rien. Et je peux te dire que ça te transpire de partout. Alors accepte-le ! Admets-le ! Une bonne fois pour toutes. Tu t’en sentiras apaisé. En harmonie avec toi-même. Et abandonne-toi ! C’est une chance inouïe pour toi, ces filles ! Elles sont déterminées, volontaires, offensives. Ne résiste pas ! Laisse-les s’emparer de toi. Comme bon leur semble. Comme elles l’entendent. Lâche prise…
– Ça se passerait comment, si ça se faisait ?
– T’as entendu comme moi. C’est l’une d’entre elles qui se chargerait de toi.
– Laquelle ?
– Ah, ça, c’est à elles de décider.
– Ce sera peut-être Estelle…
– Tu aimerais que ce soit elle ?
– Pas trop, non. Elle tape fort.
– Jessica aussi, elle tape fort. Peut-être même encore plus.
– C’est vrai, oui.
– Et t’as pas vu les autres à l’œuvre. Elles sont peut-être encore pires.
– Peut-être…
– Que ce soit Estelle, Jessica ou l’une des deux autres, il faut que tu t’attendes, de toute façon, à ce qu’elle ne te ménage pas.
– J’me doute, oui !
– N’importe comment, c’est pas les coups, l’essentiel. C’est juste la traduction d’autre chose, les coups. Non, ce qui compte c’est l’emprise morale. C’est la façon dont la fille, elle va être capable de tisser sa toile pour t’engluer dedans, pour que tu ne puisses plus lui échapper. Et, ce faisant, tu vas autant la révéler à elle-même qu’elle va te révéler à toi-même. Ça va être quelque chose d’extrêmement fort entre vous.
– Je me demande vraiment laquelle ça va être.
– Tu verras bien.
– Je pourrai continuer à venir ici ?
– Ici ? Me voir ? Si elle t’y autorise, oui, bien sûr. Tu seras toujours le bienvenu.
– Peut-être même qu’elle voudra que tu me peignes.
– Peut-être. Tu feras ce qu’elle te dira de faire n’importe comment…

mercredi 20 mars 2019

Julie, artiste peintre fesseuse (32)


– Fais voir !
Il s’est tourné.
Jessica a fait la moue.
– Pas mal ! Je suis pas mécontente du tout. Mais quand même ! Faudrait rajouter une petite touche ici.
Elle a cinglé.
– Et une autre là ! Pour l’harmonie de l’ensemble.
Il a gémi.
– Là ! Parfait. T’es beau comme un sou neuf. Tu peux aller retrouver Mimine.
Il s’est empressé de se rhabiller. Et a détalé.
Elles ont éclaté de rire.
– Le pauvre ! Comment tu l’as arrangé…

Pauline a levé les yeux sur moi.
– Bon, mais c’est qui lui au juste, en fait ?
Julie a souri.
– Lui ? C’est David.
– Et qu’est-ce qu’il fait là ?
Elle a haussé les épaules.
– Tout et rien. Disons que c’est un peu comme mon assistant.
– Pour fouetter ?
– Oh, non, non ! Là, Martin, c’était un cas particulier. Une exception.
– Ah, j’aime mieux ça ! Parce que c’est le genre de type qu’on voit pas du tout dans le rôle.
Jessica a surenchéri.
– C’est bien pour ça que je le lui ai retiré des mains, ce Martin.
Et les deux autres ont fait chorus.
– Oui. On l’imagine plutôt en train d’en recevoir qu’en donner.
– C’est vrai qu’il a le profil à ça.
Pauline a insisté.
– Ce qui nous dit toujours pas ce qu’il fait là.
Julie a précisé.
– Il regarde. Il écoute. Et, éventuellement, il donne son avis.
– En gros, il sert à rien, quoi !
– Vous savez ce que je crois, moi, les filles ? C’est que c’est quelque chose qui le fascine, les fouettées. Il passerait pas son temps ici sinon…
Estelle était bien de cet avis.
– Il prend son pied à regarder les autres se ramasser des branlées, à défaut de pouvoir admettre qu’il crève d’envie d’en recevoir.
– Faudrait lui en faire prendre conscience alors.
– Ce serait lui rendre service, oui. Il s’épanouirait enfin…
– Alors l’idéal, ce serait qu’il y en ait une d’entre nous qui le prenne en charge à temps plein. Pour le faire aller au bout de lui-même. À condition, évidemment, que Julie veuille bien nous l’abandonner.
Laquelle Julie s’est défaussée.
– C’est à lui de voir.
– C’est tout vu. Il dit rien. Qui ne dit mot consent.
– Rien qu’à regarder la tête qu’il fait n’importe comment, c’est clair qu’il est partie prenante.
– Mais qu’il est dans l’incapacité de l’avouer.
– Il apprendra à le faire. Petit à petit. À condition de tomber entre de bonnes mains.
– Les miennes.
– Ou les miennes.
– On verra, les filles… On verra… Ça, on va en parler entre nous.

mercredi 13 mars 2019

Julie, artiste peintre fesseuse (31)


Domitien s’est relevé en se frottant les fesses.
Les filles ont protesté.
– Oh, non ! Pas déjà !
– Il a à peine crié.
– On peut pas avoir un peu de rab ?
Estelle a dit que non. Non. Qu’il fallait pas abuser des bonnes choses. Que c’était qu’un échantillon n’importe comment.
– Parce que vous verrez ça le jour où je vais lui faire avec mon gant en cuir. C’est pour le coup que vous l’entendrez piauler…
Oui, mais quand même. Quand même ! Elles trouvaient que c’était frustrant…
– Parce que tu nous mets l’eau à la bouche et…

Julie s’est tournée vers moi.
– Et Martin ? Si tu l’appelais ?
Aussitôt dit, aussitôt fait.
– Il arrive.
Elles ont voulu savoir.
– Mais c’est qui, ce Martin ?
On le leur a expliqué. En deux mots.
Elles ont battu des mains.
– Super ! On va bien s’amuser…

Quand il a vu qu’on n’était pas seuls, Julie et moi, il a eu un mouvement de recul. Voulu battre en retraite.
Je l’ai pris par le bras. Ramené.
– De quoi vous avez peur ? Elles vont pas vous manger. Allons, venez !
Elles l’ont considéré toutes les quatre d’un petit air amusé.
– Et donc, comme ça, votre femme veut vous guérir de la passion du jeu…
– Voilà, oui !
– Vous mentez !
Il s’est récrié.
– Ah, mais non ! Non ! Pas du tout !
– Oh, ben on va voir ! On va l’appeler, votre femme. Donnez votre portable. Allez, donnez ! C’est quoi son nom ?
J’ai fait défiler son répertoire.
– Mimine… Je suis sûr que c’est ça. Vous avez une tête à appeler votre femme Mimine…
Les filles se sont esclaffées.
– S’il vous plaît, l’appelez pas !
– Donc, vous mentez… Mais vous savez que c’est pas bien du tout, ça ? Que ça mérite une bonne correction.
Il a levé sur les filles un œil de chien battu.
– Oui, mais…
– Ah, si, devant elles, si ! Ce n’en sera que plus efficace. Allez, on se déshabille.
Il s’y est résolu. De mauvaise grâce.
Le pull. Par-dessus la tête. Le maillot de peau. Il a marqué un long temps d’arrêt.

– Eh bien ?
Il a dégrafé son pantalon, l’a descendu. En est sorti, une jambe après l’autre. Et est resté comme ça, indécis, bras ballants.
Elles se sont mises à scander, toutes les quatre en chœur, sur l’air des lampions.
– Le calbut ! Le calbut ! Le calbut !
Il a soupiré, passé les mains sous l’élastique, l’a lentement fait glisser.
Elles ont applaudi à tout rompre.
J’ai brandi le martinet.
– Attendez !
Jessica s’est levée.
– Donnez, je vais m’en occuper…