mercredi 23 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (5)

Alrich m’écoute avec infiniment d’attention.
– Et elles étaient à poil ?
– Complètement.
– La prof aussi ?
– Aussi…
– Oui. Alors un conseil ! Pas un mot là-dessus. À personne. Ou on te prendrait pour un gros mytho ou, pire, on te jalouserait à mort. Mets-toi à leur place aux mecs : déjà de savoir que tu bénéficies d’un régime de faveur, c’est pas facile à encaisser pour eux, mais alors s’ils apprennent que ça te donne l’occasion de côtoyer des nanas, et à poil ce qui plus est, ils vont devenir fous. Tu te rends compte que certains, il y a près de dix ans que ça leur est pas arrivé ?
– Ce que je comprends pas, c’est pourquoi moi ? Et comment on m’a sélectionné.
– Oh, alors ça, moi, je peux te le dire. Ça vient des douches du stade. Où il y a des caméras. Comme dans tous les coins et recoins ici. À cette différence près que celles-là sont directement reliées au domicile des dirigeantes qui, du coup, peuvent nous mater en toute tranquillité et en profitent, de temps à autre, pour faire leur marché. Elles sont en effet les seules Cythriennes à avoir le droit de disposer d’assujettis chez elles. À leur service. Mâles ou femelles, comme elles veulent. Ce sont elles qui font les lois. Alors elles les peaufinent à leur main. Pourquoi se gêner ? Et les SIB constituent bien évidemment un vivier de premier choix dans lequel il est très tentant, pour elles, de venir puiser. Sauf qu’elles ne vont pas avoir la stupidité de scier la branche sur laquelle elles sont assises : les jeux pancythriens, il est vital pour elles de les gagner. Alors le type sur lequel une dirigeante jette son dévolu, elle le laisse s’entraîner et concourir. Jusqu’à ce qu’il ne soit plus en état de le faire. Elle se contente, dans un premier temps, d’exercer sur lui une sorte de droit de préemption et de commencer à le modeler, par petites touches, en fonction des intentions qu’elle nourrit à son égard.
– Oui. Alors moi, c’est sûrement secrétaire qu’on me veut. Quelque chose comme ça. S’il faut que j’apprenne le cythrien…
– J’en mettrais pas ma main au feu. C’est pas que je te sous-estime, mais une nana qui choisit un mec en le voyant sous la douche, c’est pas en fonction de ses qualités intellectuelles qu’elle se détermine. Fût-elle dirigeante. Non, moi, je croirais plutôt qu’elle a une idée derrière la tête et que l’apprentissage de la langue, c’est juste un alibi.
– Quelle idée ?
– Alors ça ! Avec elles, pour savoir ! Par contre, j’aurais tendance à penser que c’est de Vassilène que t’as retenu l’attention.
– Qui c’est celle-là ? Et pourquoi elle ?
– Il y en a eu pas mal des types qui ont éveillé, comme ça, l’intérêt des dirigeantes, mais, jusqu’à présent, il n’y en a que trois qui se sont vu offrir des cours de cythrien et, chaque fois, quand ils ont quitté les SIB, ce sont les gardes de Vassilène qui sont venues les chercher. Alors ! Par contre, aucun n’a jamais évoqué la présence de la moindre nana. C’est ce qui me rend perplexe.
– Tu le parles, toi, le cythrien.
– Oui, oh, disons que je me débrouille.
– Tu l’as appris comment ?
– Sur le tas. Ça fera sept ans le mois prochain que je suis là. Sans doute plus pour très longtemps. La course de fond, ça use. Et il y a des jeunes qui poussent derrière. Mais toi, donne tout ce que t’as à l’entraînement, hein, surtout ! N’encours pas le moindre reproche. Ta « patronne » sauterait sur l’occasion. T’y trouverais peut-être ton compte. Et puis peut-être pas. Mais, en ce qui me concerne, je tiens pas du tout à ce que tu nous quittes prématurément.
Il se lève, s’approche de mon lit.
– Tu me manquerais, tu sais !
S’y allonge à mes côtés. M’y entoure le torse de son bras. Sa queue durcit contre mon flanc.
– Celles dont il faut surtout que tu te méfies maintenant, ce sont les gardiennes. Parce que ça les déstabilise complètement ce genre de situation. D’un côté, elles détestent qu’un de leurs assujettis bénéficie d’un quelconque passe-droit. Ça leur ôte un peu de leur pouvoir sur lui et elles crèvent d’envie de le lui faire payer. Mais, de l’autre, elles ne tiennent absolument pas à s’attirer les foudres de quelque grosse huile que ce soit. Alors elles naviguent à vue. Avec tous les risques que cela peut comporter pour toi.
Il me caresse le ventre du bout du pouce. Descend. Descend encore.
– J’adore ta bite.
Il la sollicite. Joue distraitement avec.
– Si tu me parlais un peu de toi… De ce que tu faisais avant… Là-bas…
– Qu’est-ce tu voulais que je fasse ? Rien de spécial. Comme tout le monde. J’essayais de trouver à bouffer. De quoi me chauffer. De survivre, quoi !
– Avec ta belle petite gueule d’amour, tu devais avoir un sacré succès auprès des nanas, non ?
– Disons que je me défendais.
– Et auprès des mecs.
– Ça, j’y faisais pas spécialement attention. J’avais rien contre, mais c’était pas mon truc.
– Moi non plus. Mais ici ça l’est devenu. Par la force des choses. T’as pas trop le choix. Et tu finis par y prendre goût.
– J’ai l’impression, oui…
– Toi, ça te posera pas vraiment de problème. Je te regarde faire sous la douche. Tu te laisses caresser, branler. T’y prends du plaisir, c’est clair.
Il se fait plus précis. Imprime à ma queue un doux mouvement de va-et-vient.
– T’auras pas de mal à aller plus loin du coup. Beaucoup plus loin. Moi, par contre, c’était pas gagné. J’étais bourré de préjugés et de réticences par rapport à ça. Pas question qu’un type m’approche d’un peu trop près au début. Ah, non alors ! Heureusement que personne m’a obligé à quoi que ce soit. Je me serais définitivement bloqué. Tout doucement c’est venu. À force de le voir faire autour de moi. De baigner dans le climat. Mais une fois que j’ai été lancé ! Complètement acharné je suis devenu. Tu peux pas savoir le pied que tu prends quand t’éclates bien serré dans un mec ou que tu sens son plaisir se répandre en toi, que chaque saccade s’y répercute à l’infini. Tu verras… Te précipite pas… Prends ton temps, mais tu verras…
Il se serre plus fort contre ma cuisse. Sa queue y palpite, tendue à l’extrême.
– Je dis pas que pour autant… Si, par miracle, je sors un jour d’ici, la première chose que je ferai, avant n’importe quoi d’autre, c’est aller m’offrir une orgie de nanas. À m’en épuiser. Alors là faut qu’elles s’y attendent, mais c’est pas pour autant que je renoncerai aux mecs. Ah, non, alors ! S’il y a quelque chose qu’est hors de question maintenant, c’est bien ça.
Il me branle un peu plus vite. De plus en plus vite.
– Non. Attends !
Je me tourne vers lui. Je lui fais face. Nos jambes s’entremêlent. Nos bites se collent l’une à l’autre. Sa main se pose sur mes reins, s’y promène doucement. S’insinue dans le sillon entre les fesses, s’y installe. Descend. Plus bas. Encore plus bas. Un doigt vient me solliciter, tente patiemment de m’ouvrir, y parvient. Se glisse en moi. Mon plaisir surgit brusquement contre sa queue, l’inonde. Et puis le sien, presque aussitôt, à grandes secousses échevelées.
On ne bouge pas. On reste encastrés l’un à l’autre.

mercredi 16 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (4)

Deux gardiennes inconnues font brusquement irruption dans notre cellule.
– Lequel des deux est Hervain Louquart ? Toi ? Alors tu viens avec nous.
Elles m’emmènent. Un dédale de couloirs. Des cours. Des escaliers. Encore des couloirs. Une petite salle.
– Entre là-dedans !
Un tableau. Un bureau Quelques chaises. Je me laisse tomber sur l’une d’entre elles.
Un grand coup de fouet me zèbre les cuisses.
– Quelqu’un t’a dit de t’asseoir ?
Je me lève d’un bond.
– Non. Non. Personne.
– Et il répond en plus !
Une autre cinglée. Sur les fesses cette fois.

Des voix dans le couloir. Des pas. Qui se rapprochent. De plus en plus près. On entre. Deux femmes. Poussées par d’autres gardiennes. Deux femmes jeunes. Dans les vingt-cinq ans. Quelque chose comme ça. Et nues, elles aussi. Complètement nues. En m’apercevant, elles poussent un petit cri de surprise et essaient d’instinct, tant bien que mal, de se dissimuler. De leurs bras, maladroitement plaqués contre leurs seins. De leurs mains ramenées en coquilles devant leurs chattes.
Le fouet s’abat. Elles hurlent. Et renoncent à camoufler quoi que ce soit.
Les gardiennes rient, échangent quelques mots dans leur langue, s’esclaffent de plus belle. Disparaissent dans le couloir.
Elles n’y comprennent rien.
– Qu’est-ce qu’on fait là ?
Je n’en sais pas plus qu’elles.
– Et pourquoi nous ? Qu’est-ce qu’on nous veut ?
Je hausse les épaules.
– On verra bien. Ici, n’importe comment, on peut s’attendre à tout.
Ah, ça, là-dessus, elles sont bien d’accord avec moi.
– Bon, mais si on faisait un peu connaissance ? Tant qu’à être là. Alors moi, c’est Hervain. Et vous ?  La brune, c’est Varine. Et la blonde, c’est Marla. Elles sont SIB, elles aussi. Quatre cents mètres pour l’une, cent dix mètres haies pour l’autre.
– Après vous, on s’entraîne. Une fois que vous êtes partis. C’est pour ça, c’est complètement incompréhensible : elles font tout ce qu’elles peuvent, à longueur de temps, pour qu’on soit pas ensemble et aujourd’hui…
– Il doit bien y avoir une explication.
Oui, mais on sait pas laquelle. On voit pas.
Elles sont nues. Et j’ai beau faire tous mes efforts pour m’obliger à regarder ailleurs, je n’y parviens pas. Mes yeux reviennent obstinément se poser sur elles. Sur leurs seins : ceux de Marla sont tout menus avec une vaste aréole qui s’y étend tout à son aise. Quant à Varine, elle les a amples et généreux, fermes et rebondis. Mais c’est surtout leurs chattes qui me fascinent. Elles sont à nu. Rasées de frais. Tout juste subsiste-t-il, au-dessus, un minuscule échantillon de toison. Presque transparent et tout frisottant pour l’une. D’un noir profond pour l’autre.
Ça grimpe. Je n’y peux rien. Ça grimpe de plus en plus. Je bande. Je bande tant que je peux. Je bande comme un fou.
– Je suis désolé. C’est parce que…
Varine ne me laisse pas finir.
– On sait bien pourquoi. On n’est pas idiotes. T’as pas à être désolé. T’as pas besoin d’expliquer non plus. T’as pas eu de nana depuis des semaines, hein ? T’en as même pas vu non plus, si ça se trouve.
– À part les gardiennes…
– Vous, vous avez au moins ça. Nous, même pas. Parce que c’est aussi des femmes nos gardiennes. On est qu’entre nanas. Partout. Toujours. C’est d’un déprimant ! Depuis six mois qu’on est là, t’es le premier mec qu’on rencontre. Alors je vais être franche avec toi : que tu bandes, et pour nous en plus, c’est sûrement pas le truc dont on va se plaindre.
Elle me jette un coup d’œil en bas. S’enhardit. Un autre, plus appuyé. Elle finit par délibérément s’installer. Moi aussi. On se contemple. On se laisse se contempler. Tous les trois. Je me gorge d’elles. Comme un meurt-de-faim. De leurs seins. Je cours des uns aux autres. Les petits de la blonde, si mignons. Les orgueilleux de la brune, si émouvants. Sans pouvoir m’arrêter. Je me délecte de leurs petits fendus impudiquement offerts. Complètement à découvert.
Varine précise.
– C’est les gardiennes. qui nous obligent à les avoir comme ça. Même que c’est elles qui nous le font. Et elles aiment ça. Et elles en profitent. Tu penses bien que c’est pas pour rien qu’elles ont choisi ce boulot !

Du bruit dans le couloir. Une voix. Autoritaire. Déterminée. On entre. Une Cythrienne. Tout de gris vêtue.
– Alors, c’est eux !
La gardienne confirme, d’une petite voix obséquieuse.
– C’est bien eux, oui ! Toutes les vérifications ont été faites.
– Alors écoutez-moi, vous trois !
Elle nous regarde à peine.
– En tant que SIB, vous êtes en situation d’extrême précarité. On peut estimer demain que vos performances ne sont pas à la hauteur des espoirs qu’on avait placés en vous. Ou bien de nouvelles recrues peuvent s’avérer meilleures et vous supplanter. De toute façon, vous vieillissez et que vous fassiez encore l’affaire au-delà de trente ans relèverait du miracle. Être alors reversé au « tout-venant » constitue une épreuve redoutable à laquelle certains ne survivent pas. Toutefois, en ce qui vous concerne, on a bien voulu, en haut lieu, se pencher avec bienveillance sur votre situation et on a décidé de vous conférer, quand les échéances seront là, un statut spécial. C’est une immense faveur dont j’espère que vous saurez vous montrer dignes.
On certifie que oui. Oui. Tous les trois. À grand renfort de hochements de tête convaincus. On ne sait pas de quoi il retourne au juste, mais oui. Oui.
– Parfait ! Alors pour commencer… Pour vous préparer à votre nouvelle situation…
Elle appelle. D’une voix forte.
– Galberte !
Apparaît aussitôt une femme d’une cinquantaine d’années. Entièrement nue. Rasée elle aussi. Qui nous gratifie d’un large sourire.
– Vous allez apprendre le cythrien. Voici votre professeur. Au travail ! Je vous laisse…
Et elle referme la porte sur elle.
La professeure sourit. Elle ne cesse pas de sourire.
– Je suis une assujettie. Tout comme vous.
Oui, ben ça on se doute. On voit. Et on veut savoir
– C’est quoi ce statut spécial ? Ça consiste en quoi ?
Elle n’en sait rien. Strictement rien. Et ne cherche pas à savoir. On lui a fait comprendre qu’elle avait tout intérêt à ne pas se montrer trop curieuse si elle ne voulait pas qu’on la reverse, elle aussi, dans le « tout-venant ».
– Et je me le tiens pour dit. D’autant que j’ai, moi une autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête : si mes élèves ne font pas de rapides progrès en cythrien…
On n’insiste pas.
– Bon. Alors d’abord… l’alphabet.

mercredi 9 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (3)

La voix d’Alrich me parvient de très loin comme assourdie. D’au-delà du sommeil.
– Hervain ! Réveille-toi, bon sang ! Lève-toi !
Il insiste, me secoue tant et plus.
– C’est Alvita et Parveille, les gardiennes ce matin. Et si elles te trouvent encore au lit. Allez, debout ! Oh, et puis zut ! Tu fais bien comme tu veux.
Les couvertures brusquement arrachées. Rabattues jusqu’au pied du lit. Les deux gardiennes. Leurs cravaches s’abattent à pleines cuisses. Je me retourne sur le ventre. Ça continue à cingler. Je crie. Ça ne s’arrête pas. Une quinzaine de coups. Une vingtaine. Des mots que je ne comprends pas. Un répit. Je me jette hors du lit. Encore des mots. Elles sont furieuses. Elles me tournent le dos. Elles s’en vont.
– Je t’avais prévenu…
– Qu’est-ce qu’elles racontaient dans leur charabia ?
– Que quand c’est l’heure, c’est l’heure. Que là, c’était juste un échantillon, mais que la prochaine fois, t’aurais droit à une correction en règle.
– Ben, qu’est-ce ça doit être !
– Je te le fais pas dire. Un conseil : tiens-toi à carreau à l’entraînement tout à l’heure. Parce que maintenant elles vont t’avoir à l’œil.

– Bon… On y va ?
– Comme ça ?
– Ben oui, comme ça, oui.
– Mais on est tout le temps à poil ici ! Partout !
– Pratiquement, oui. Du moins quand le temps s’y prête : faudrait pas qu’on tombe malades. C’est pas leur intérêt. Et puis là, en plus, on va assurer le spectacle.
– Comment ça ?
– Tu verras.

On nous emmène. En car. Sous la surveillance de trois gardiennes, assises l’une à l’avant et l’autre à l’arrière. Quant à la troisième, elle arpente inlassablement le couloir central en brandissant son fouet.
– Ce serait facile.
– Quoi donc ?
– On est plus de cinquante. Elles sont trois. Elles feraient pas le poids.
– Personne te suivrait. Tous ceux – tous, sans la moindre exception – qui ont tenté de s’enfuir, n’en ont pas réchappé.
Par la vitre se succèdent, des pavillons, des jardins fleuris, de coquets petits immeubles, des rues animées, des magasins. Une foule de magasins.
– Ça change, hein ? Ils crèvent pas de faim au milieu des ruines, eux.
– Mais comment ils ont fait ?
– Ils ont travaillé. Et, surtout, fait travailler…
– C’est complètement fou.
– Et t’es pas au bout de tes surprises.

Le stade Un stade immense. Une clameur nous y accueille. Des femmes. Que des femmes. Agglutinées au bord de la piste d’athlétisme. Des centaines de femmes. Un millier peut-être. Qui nous ovationnent à qui mieux mieux.
– Nos supportrices ?
– On peut dire ça comme ça. En fait elles viennent surtout se distraire. Et nous reluquer. Contrairement aux gardiennes, elles, c’est la seule occasion qu’elles aient de le faire. Sans compter qu’avec un peu de chance, l’un ou l’autre d’entre nous se verra gratifié d’une bonne fouettée. Il y en a, parmi elles, qui adorent ça, c’est clair…
Un tour de piste. Tous ensemble. Un autre.
Une femme en survêtement me fait signe. Tandis que les autres continuent à courir.
– Moi ?
– Ben oui, toi ! Pas le roi de Prusse.
Elle parle français avec un fort accent.
Moi. Et deux autres « nouveaux ».
– Vous allez nous montrer ce dont vous êtes capables.
Et de nous faire sauter. Courir. Lancer le marteau. Le javelot. Elle mesure. Chronomètre. Nous fait recommencer. Et décide finalement que les deux autres ne font pas l’affaire.
– Emmenez-les !
Deux gardiennes se précipitent.
– Quant à toi, ce sera le saut en longueur. À l’essai. Alors tâche de te montrer à la hauteur.
Une formatrice me prend aussitôt en mains. Vitesse de course. Pied d’appui. Élan.
– T’as compris ? Bon, ben allez !
Des femmes se sont approchées En quantité. Regroupées autour du sautoir. Elles ne me quittent pas des yeux. Applaudissent à tout rompre à chacun de mes sauts. Chuchotent entre elles. M’encouragent du geste et de la voix. Éclatent de rire, à l’occasion, à qui mieux mieux.
– Ce sera tout pour aujourd’hui. Va rejoindre les autres.

On fait cercle autour de moi. Alrich. Germie. Gamelot. Tiercelin. D’autres encore.
– Eh, ben dis donc, mon salaud, t’as eu ton petit succès !
– Forcément ! Un nouveau, fallait qu’elles viennent examiner ça de près.
– Ah, tu peux être tranquille que ça va allègrement penser à toi ce soir dans les plumards !
– Et que ça fera pas que penser.
Les gardiennes s’approchent en faisant claquer leurs fouets.
– Allez, à la douche ! Qu’est-ce que vous attendez ?
On se met en mouvement. Alrich se penche discrètement à mon oreille.
– Que je te dise… On les verra pas, mais on va aussi avoir des spectatrices dans les douches. De grosses huiles, celles-là. Celles qu’ont les moyens, d’une façon ou d’une autre, d’obtenir tout ce qu’elles veulent. Je t’expliquerai.

L’eau coule. À droite et à gauche, ça s’occupe avec gourmandise les uns des autres.
Gamelot s’installe à mes côtés et constate, avec intérêt.
– Tu bandes !
C’est vrai. Je peux difficilement prétendre le contraire.
– C’est excitant, hein, toutes ces queues en batterie.
– Oui. Enfin, non ! Enfin si ! Mais pas seulement. Il y a pas que ça. Il y a…
– Il y a toutes ces nanas qui se délectaient de toi tout à l’heure au sautoir. Et puis l’idée qu’il y en a d’autres qui ne perdent pas une miette de ce qui se passe. D’ailleurs faut leur en donner pour leur argent. C’est la moindre des choses.
Il avance la main, m’y dépose les couilles, la referme sur elles, me les palpe doucement.
– J’adore ça branler un mec.
Son autre main. Sur ma queue. Qu’elle s’approprie. Savante. Décidée. Je gicle presque aussitôt.
– Oh, ben non ! Pas déjà ! J’ai même pas pu en profiter.
Il m’y lance une petite claque.
– On remettra ça. Tu me dois une compensation.


mercredi 2 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (2)

– Bienvenue à bord. Fais comme chez toi !
Un colosse, allongé nu sur son lit. Un colosse qui me considère d’un œil amusé.
– Salut ! Moi, c’est Alrich. T’as l’air complètement paumé, dis donc ! Normal au début. Mais on s’y fait, tu verras. On s’y fait vite. De toute façon, on n’a pas le choix. Bon, mais installe-toi ! Reste pas planté là. C’est l’autre, ton lit. Forcément. Il y en a que deux. Et ton placard, c’est celui à gauche de la fenêtre. T’as tout un tas de trucs dedans : des vêtements, ce qu’il faut pour se laver ; et même des médicaments… T’as plus qu’à prendre tes marques. Ça surprend, hein ?
– Quoi donc ?
– Ben, de se faire dérouiller comme ça, à peine arrivé.
– J’ai pas compris. Qu’est-ce qu’elles me reprochaient ?
– Oh, mais rien du tout ! Non. C’est juste que les petits nouveaux, elles leur donnent, d’entrée de jeu, un échantillon gratuit de ce qui les attend si, d’aventure, il leur prenait l’envie de jouer les fortes têtes. Avertissement sans frais. T’en recevras d’autres des raclées. À tort ou à raison. Personne n’y échappe. Ce qu’il faut impérativement éviter, par contre, c’est de les prendre de front, de t’opposer carrément. Elles auraient tôt fait de te coller un rapport et, « là-haut », on ne chercherait pas à comprendre. On te déclasserait direct et on t’enverrait au « tout-venant ». Et là, je peux te dire que tu morfles. Tu manies la pelle et la pioche douze heures par jour. Quand c’est pas plus. Sans compter tout le reste : une bouffe dégueulasse. Des dortoirs à peine chauffés dans lesquels t’es entassé à quarante. Des gardiennes peaux de vache qui t’en font voir de toutes les couleurs. En comparaison, ici, c’est le paradis. Ou quasiment. On bénéficie d’un sacré régime de faveur, nous, les SIB…
– Mais c’est quoi au juste, ça, SIB ?
– Qu’est-ce tu fais ? Tu t’habilles ? C’est pas forcément une bonne idée.
– Ben, pourquoi ?
– Bon… Que je t’explique… Il y a ici, en gros, vingt fois plus de Cythriennes que de Cythriens. Pourquoi ? Je n’en sais fichtre rien. Elles sont pas du genre à nous faire leurs confidences. Et il y a plein d’explications possibles. Ce qu’il y a de sûr, en tout cas, c’est que c’est comme ça et que celles qu’ont un mec – c’est comme partout : les mieux foutues, les plus riches ou les plus influentes – elles le mettent sous cloche. Pas question de le laisser traîner dehors au risque de se le faire souffler. T’as tout un tas de nanas, du coup, qu’en sont réduites à se débrouiller entre elles ou à se faire du bien en solitaire. Les seuls mâles qu’elles aient l’occasion d’apercevoir ou d’approcher, c’est nous, les assujettis. Avec qui il est absolument exclu qu’il se passe quoi que ce soit : elles finiraient leurs jours en prison dans des conditions particulièrement éprouvantes. Quant au complice, ses jours seraient comptés. Il n’empêche : on a malgré tout entre les jambes quelque chose qui pique leur curiosité et alimente leurs fantasmes. Surtout nous, les SIB. On est jeunes, virils, musclés, parfois beaux. Alors tu comprends bien qu’être gardienne, c’est très prisé ici. Celles qui parviennent à le devenir nous ont en permanence sous la main et peuvent se régaler les yeux tout leur saoul. Elles ne s’en privent d’ailleurs pas. Tu pourras le constater par toi-même. Alors si tu veux qu’elles t’aient à la bonne, – et tu apprendras qu’il vaut nettement mieux les avoir dans la poche –, prête-toi au jeu. Ici, dans la piaule. C’est truffé de caméras. Ou sous la douche : C’est là qu’elles en profitent au maximum. Surtout si on a la bonne idée de se faire des trucs entre nous. Ce qui arrive souvent. Presque chaque fois. Tu vas avoir l’occasion de te rendre compte par toi-même d’ailleurs. Parce que ça va être l’heure d’y aller.

Un brouhaha dans le couloir. La porte s’ouvre. Une quinzaine d’hommes, nus eux aussi, auxquels nous nous joignons, Alrich et moi. Les deux gardiennes me détaillent de la tête aux pieds. Et des pieds à la tête.
– C’est toi, le nouveau ?
Elles font claquer leurs fouets.
– Eh, ben tâche de te tenir à carreau. Et tout ira bien.
Un léger petit coup, au passage, sur les fesses.
Alrich se penche discrètement vers moi.
– C’est Dorotine et Klardène, ces deux-là. C’est pas les pires si on sait les prendre.
Les douches sont alignées, en enfilade, tout au long d’une immense paroi. On s’installe au hasard. Comme ça se trouve. Il y en a un qui se met, presque aussitôt, à en laver un autre. Elles ne disent rien. Elles le regardent faire. Il prend tout son temps. Le dos. Les fesses. Entre les fesses. Ils bandent. Tous les deux. Il introduit un doigt. Un deuxième. L’autre rejette la tête en arrière, écarte les jambes, se penche à l’équerre, offert. Le type s’enfonce lentement, très lentement, centimètre par centimètre, tout en lui malaxant généreusement les couilles. Et puis il se met en mouvement. À grands coups de reins. Profonds. Déterminés. Tout autour des bites se dressent. Qui s’élancent éperdument à la recherche de leur délivrance. Un grand blond s’agenouille devant son voisin, prend sa queue entre ses lèvres, l’engloutit goulûment. Une bite éclate. Une autre. Les gardiennes, immobiles, silencieuses, nous dévorent des yeux.
Le type, à côté de moi, prend ma main, se la pose en bas.
– Branle-moi !
Je le fais. En un rapide va-et-vient. Elle est dure, épaisse, pas très longue. Il s’empare de moi, lui aussi, me lisse, tout au bout, avec le pouce, me décalotte bien à fond. Ça va très vite. On se répand. Tous les deux. En même temps.

Dans le couloir, Alrich me pose une main sur l’épaule.
– Il s’y prend pas trop mal Germie, hein ? Mais il y a mieux pour ce genre de choses. Beaucoup mieux. Gamelot par exemple. D’autres aussi. Et, pour les pipes, t’as un véritable spécialiste, c’est Tiercelin. Tu montes direct au plafond avec lui. Mais tu verras tout ça à l’usage. T’apprendras. Parce que, de toute façon, ici on n’a pas le choix : faut se débrouiller entre mecs. Les nanas, on n’y a pas droit. Les Cythriennes, c’est même pas la peine d’y penser. Il y danger de mort. Quant aux assujetties, il ne semble pas y avoir d’interdiction formelle, mais comme on n’est quasiment jamais en contact avec…
– Elles nous emmènent où, là, les gardiennes ?
– Au réfectoire. C’est l’heure d’aller casser la croûte.
– Comme ça ? À poil ?
– Faudra t’y faire. On l’est quasiment tout le temps ici à poil. Soi-disant pour éviter qu’on se tire. C’est sûr qu’on n’irait pas bien loin. On aurait vite fait d’être repérés. Et rattrapés. Ce genre de consignes, tu penses bien qu’elles les font respecter à la lettre, les gardiennes. Ça les arrange. T’as vu ça tout à l’heure ? T’as fait attention ? Elles n’en perdaient pas une miette. Et elles mouillaient à fond, va, t’as pas besoin de t’en faire.
– Je me demandais à un moment… Je me disais que peut-être elles allaient se le faire toutes les deux…
– Devant nous ? Oui, ben alors là il y avait pas de risque. Ça leur coûterait très cher. Non. Pas question. Après, elles se rattrapent. Une fois toutes seules.
– Ça doit être sacrément frustrant quand même ! Devoir attendre, comme ça, quand t’es bien excitée.
– Ça, c’est leur problème.

C’est une salle immense. Il y a nous, notre groupe, à une grande table. Et puis d’autres groupes, à d’autres tables, tout autour.
Tout en mangeant, ils veulent savoir. Je me suis fait prendre comment ? Où ? Et je raconte : la matinée passée dans la forêt à relever mes collets. À chercher des champignons ou n’importe quoi d’autre à manger. Mon retour, bredouille. Les deux femmes sur le bord de la route. Leurs bras qui se lèvent dans ma direction.
Pour eux ça a été la même chose. Tous. Exactement le même scénario. Sans la moindre exception.
– C’est bien rôdé leur truc.
– Et apparemment il n’y a que les Français qui les intéressent. Allez savoir pourquoi.
Germie me pose la main sur la cuisse, l’y laisse.
– Ici au moins tu mangeras à ta faim. Et puis non seulement c’est copieux, mais c’est de qualité.
– Je vois bien, oui. Il y a longtemps que je n’ai été à pareille fête.
– Ils sont aux petits soins. Parce que nous, les SIB, faut impérativement qu’on soit en pleine forme.
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’on a de si différent des autres ?
Ils veulent tous m’expliquer en même temps. Ça fait tout un brouhaha. Les gardiennes froncent les sourcils, s’approchent en faisant claquer leurs fouets. Tout se calme. Un type tout au bout de la table en profite pour prendre la parole.
– Pour faire court : La Cythrie est divisée en quatre secteurs. Qu’ils appellent, eux, des amillons. Nous, ici, on fait partie du troisième. Chaque année, en juin, se déroulent les Jeux pancythriens qui revêtent, à leurs yeux, une importance capitale. L’enjeu est en effet considérable : les habitants de l’amillon vainqueur sont totalement exonérés d’impôts et se voient gratifiés d’une foule d’avantages de toute sorte. Les autres, par contre, sont lourdement taxés. Au prorata des résultats obtenus. Lesquels résultats dépendent de nous, les SIB. Parce que les Cythriens, eux, ne concourent pas. C’est à nous qu’il incombe de le faire. Alors tu penses bien que c’est avec le plus grand soin que chaque amillon choisit ses compétiteurs parmi les assujettis ramenés par ses recruteuses et qu’il fait en sorte qu’ils soient au top de leur condition physique le jour J. C’est leur intérêt, mais c’est aussi le nôtre : toute contre-performance se paie cash. Et cher. Très cher.


mercredi 25 avril 2018

Prisonnier des Cythriennes (1)

Deux femmes au bord de la route. Deux femmes dont les mains se lèvent simultanément dans ma direction, quand je passe à leur hauteur. Qui pointent vers moi quelque chose de rouge et de sphérique. Quelque chose qui me force à m’arrêter. Mes jambes ne m’obéissent plus. Mes bras ne m’obéissent plus. Impossible de bouger la tête. Elles s’approchent. Tout près. Débouchent un flacon dont elles me font respirer le contenu. Tout chavire. Je perds connaissance…

Quand je reviens à moi, je suis dans un camion qui roule à vive allure, assis, entravé, au beau milieu d’une douzaine de compagnons d’infortune que les cahots de la route projettent les uns contre les autres.
– Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Où on va ?
Mon voisin hausse les épaules.
– On est prisonniers.
– Prisonniers ? Mais de qui ?
– Des Cythriens. Ou plutôt des Cythriennes. Ce sont elles qui ont le pouvoir là-bas.
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce qu’elles nous veulent ?
– Elles ont besoin de main-d’œuvre. Alors de temps en temps, comme ça, elles viennent se servir.
– Mais elles n’ont pas le droit !
Il éclate de rire.
– Parce que tu crois que ça les préoccupe ? Et qui pourrait les en empêcher ? Nos dirigeants ? Depuis la catastrophe de 2072, ils sont réduits à l’impuissance la plus totale. S’opposer à elles ? Avec quoi ? Comment ? On n’a plus d’armée. Plus de police. On n’a plus rien. On serait laminés. Exterminés. Alors ils n’ont pas d’autre choix, en haut lieu, que de laisser faire et de cacher, autant que faire se peut, l’existence de ces expéditions qu’ils sont incapables d’empêcher. Inutile d’affoler les populations.
Un grand rouquin intervient.
– Comment tu sais tout ça, toi ?
– Disons, pour faire bref, que, depuis des années, les Cythriens me fascinent. Parce que voilà des gens que le grand cataclysme n’a pas épargnés. Pas plus que le reste du monde. Mais qui ont réussi, en se repliant sur eux-mêmes, en se coupant totalement de l’extérieur, à s’en sortir et à développer, pour autant qu’on puisse en juger, une civilisation très largement supérieure à la nôtre.
– Alors ça, je demande à voir. Parce que personne n’y est jamais allé. Ou, du moins, n’en est jamais revenu.
– On va pas tarder à être fixés n’importe comment.

Le camion s’immobilise. Du silence. Un très long silence. Et puis des voix. Féminines. Une langue étrangère. Ça s’éloigne. Ça revient. Les bâches se soulèvent. Elles sont quatre, en uniformes verts, armées de longs fouets. Quatre qui nous font descendre, un par un, nous poussent vers un vaste bâtiment de brique rouge. Elles nous propulsent dans une grande pièce aux murs clairs, aux larges baies vitrées, où elles nous ordonnent, par gestes, de nous déshabiller. Complètement. Et vite. Les cravaches zèbrent l’air. Plus vite… Plus vite… Nus. Tout nus. Mon voisin de tout à l’heure est projeté sans ménagement vers une porte, au fond, derrière laquelle il disparaît. Un autre lui succède. Un autre encore…
À mon tour. Derrière un bureau de bois sombre trône, entre deux assistantes, une grande jeune femme brune au regard inquisiteur.
– Tu t’appelles comment ?
Dans un français impeccable.
– Hervain… Hervain Louquart…
Elle note.
– Et tu as quel âge ?
– 23 ans.
– Profession ?
– Étudiant.
– Sportif ?
– Je joue au handball.
– Tourne-toi ! Marche ! Va jusqu’à la fenêtre. Reviens ! Encore !
Les deux assistantes s’avancent vers moi, me font lever les bras, tendre les jambes. Me palpent les biceps. Les muscles des cuisses. Ceux des fesses. L’une d’entre elles s’empare de ma queue, me la fait dresser, insiste.
– Tu m’as l’air en très bonne forme, dis-moi ! Et sur tous les plans.
Un grand coup de tampon sur la feuille
– Département SIB. C’est un grand honneur qu’on te fait là. Tâche de t’en montrer digne. Sinon…
Sinon quoi ? Elle ne précise pas. On me remet entre les mains de deux gardiennes qui m’empoignent fermement, m’entraînent à travers un dédale de couloirs et d’escaliers jusqu’à une petite pièce aux murs nus dans laquelle elles s’enferment avec moi.
– Excuse-toi !
– Hein, mais…
Le fouet s’abat. À toute volée.
– Et ferme-la !
Une autre grêle de coups. Sur le dos. Sur les fesses. Sur l’arrière des cuisses.
– Alors ! Tu t’excuses, oui ?
Je m’excuse. Tout ce qu’on veut. Dix fois. Vingt fois. Je demande pardon.
– Ah, quand même !
Une dernière rafale. Bien sentie. En point d’orgue. En conclusion.
– Là ! Et que ça te serve de leçon !
Encore des couloirs. D’autres couloirs. Des escaliers. La porte métallique d’une cellule dans laquelle elles me jettent sans ménagements. Le cliquetis des clefs. La porte qui se referme. Leurs pas qui s’éloignent.


mercredi 18 avril 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (14)

Dessin de Mike:

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Jessica avait un drôle d’air.
– Qu’est-ce t’as ? T’en fais une tête…
– Rien. Enfin, si ! Mais vous allez m’en vouloir…
– Dis toujours !
– C’est reparti avec Sylvain…
– Ah ! Et pour combien de temps ?
– Vous moquez pas. C’est sérieux cette fois. Il demande le divorce. Enfin, c’est elle plutôt qui le demande. Mais ça revient au même.
– Pas vraiment. C’est à cause de toi ?
– Oh, non, non ! Elle sait même pas que j’existe. Ce qu’il y a, c’est qu’elle a rencontré quelqu’un. Elle part vivre avec. Du coup, Sylvain et moi, on va pouvoir se mettre ensemble.
– Il peut pas se supporter tout seul, quoi, en gros !
– Mais non, c’est pas ça !
– Tu parles que c’est pas ça.
– Vous avez jamais pu le sentir n’importe comment !
– Et pour cause… Donc, tu vas faire la bobonne à la maison pendant que monsieur n’aura rien de plus pressé que de s’en chercher une autre avec laquelle passer du bon temps derrière ton dos.
– On peut pas discuter avec vous. On peut pas. C’est pas la peine.
– Je te donne pas trois mois avant qu’on en reparle de tout ça.
– On verra.
– C’est tout vu.
– En attendant, Lancelot et tutti quanti, tout ça, pour moi, c’est fini. Et bien fini. Évidemment.
– Évidemment. Pour le moment.
Elle a haussé les épaules. Et claqué la porte.

Nous aussi, Pauline et moi, on les a haussées, les épaules.
– Qu’est-ce t’en penses ?
– Qu’est-ce tu veux que j’en pense ? La même chose que toi.
– Va falloir faire sans elle, du coup.
J’ai fait la grimace.
– Mouais… À deux, ça va plus être vraiment pareil.
– D’autant que… je sais pas toi… Mais moi, je sature un peu.
– T’es pas la seule.
– Oui, parce que tu vois, Duroc, c’est un type à qui je gardais un sacré chien de ma chienne. C’est vraiment le salaud qui te laisse rien passer sur ton compte, qu’aurait plutôt tendance à t’enfoncer quand il a l’occasion. Alors ce que je me disais, c’est que j’allais prendre un pied pas possible à lui flanquer sa fessée. Eh ben, non ! Même pas.
– J’ai vu, oui. Je me suis rendu compte.
– Qu’est-ce qu’on fait ? On continue ?
– Je sais pas quoi te dire. D’un côté, ça me tente bien, mais, de l’autre, c’est vrai que j’ai l’impression d’en avoir fait le tour de tout ça.
– Vu sous un autre angle, faut reconnaître aussi que l’idée de me retrouver face à face avec Duroc, après ce qui s’est passé, ben, c’est pas désagréable du tout.
– Sûr qu’il va être dans ses petits souliers.
– Et vivre désormais avec une épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête. Des fois qu’il nous prenne l’envie de recommencer. D’ailleurs à ce propos, on pourrait peut-être…
– Aller lui mettre un peu la pression ? Ensemble. Toutes les deux. Pourquoi pas ?
On a à peine eu le temps de passer la porte. Il est allé se réfugier, ventre à terre, dans son bureau.

Lauriane et Greta, elles, étaient absolument ravies du renoncement de Jessica. Dont elles se doutaient bien un peu.
– Parce qu’elle nous le laissait tout le temps ces derniers temps. Elle rentrait quasiment plus chez elle. Bon, mais elle en veut plus du tout alors ? On peut le garder ?
– Tant que vous voudrez.
– Super ! On va lui annoncer la bonne nouvelle.
Elles ont ouvert la porte d’un petit réduit. Il était là, assis sur un petit coussin, en slip, la tête entre les genoux, les bras autour de ses jambes repliées.
– Oui. On a été obligées de le punir. On vous racontera. T’as entendu, toi ? Tu vas rester là. Avec nous. Et regarde-moi quand je te parle. Hein ? T’as entendu ? T’es content ?
– Oui.
– Oh, ben, non. Mieux que ça.
– J’aime vous obéir.
– Ah, ben voilà, tu vois quand tu veux. Mais si tu t’imagines qu’on va lever ta punition pour autant, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude, mon cher. On va même y rajouter quelques heures. Six. Parce que j’ai senti, dans ta réponse, comme une once d’hypocrisie.
– Je vous assure…
– Douze.
Il n’a plus protesté. Il s’est tu.
– Vous savez ce qu’il nous a fait, ce petit salopiaud ? Sa copine, là, qu’il allait soi-disant retrouver le week-end, eh ben, ça fait plus d’un mois qu’ils ont rompu. Tu crois qu’il l’aurait dit ? Il s’en est bien gardé. Et tout ça pour quoi ? Pour nous échapper. Pour aller courir on ne sait où. Faire on ne sait quoi avec on ne sait qui. Hein ? Qu’est-ce tu faisais ?
– Comme je vous ai dit. Je me promenais un peu, comme ça, au hasard.
– Et t’imagines qu’on va gober ça ? Tu te fiches de nous, là. Tu te fiches vraiment de nous. Oh, mais tu finiras par cracher le morceau, va ! Je te jure qu’on te le fera cracher.
Greta a brandi un martinet. Elle lui en a asséné une douzaine de coups sur les jambes et les cuisses.

On les a laissés.
– Ils s’entendent comme larrons en foire tous les trois.
– Et t’as vu la tête de Lancelot ? Il est absolument ravi de la situation.
– On n’a plus qu’à se retirer. Sur la pointe des pieds.
– Et les laisser vivre ce qu’ils ont à vivre. On est bien d’accord.

Le lundi, Luc n’est pas venu.
– Mais qu’est-ce qu’il fout ?
On a attendu. On lui a envoyé des SMS menaçants en pagaille. Sans susciter la moindre réaction.
C’est Pascal, sollicité, qui nous a fourni la clef de l’énigme.
– Il n’est plus avec sa femme. Vous saviez pas ? Alors maintenant il en a strictement rien à foutre de ce que vous pouvez bien aller lui raconter.
– Comment ça « plus avec sa femme » ? Il est avec toi ?
Il n’a pas répondu. Il a raccroché.

– Bon, ben il nous reste que Duroc.
– Qu’est pas spécialement motivant, faut bien reconnaître…
– Ah, ça !
– Bon, ben on a plus qu’à se remettre en chasse…
– T’en as vraiment envie ?
– Pour être honnête…
– On laisse tomber alors ?
– Oui, je crois que c’est mieux.
– Quitte à remettre ça un jour… Quand de l’eau aura coulé sous les ponts.

FIN

mercredi 11 avril 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (13)


Dessin de Mike: http://placardemike.blogspot.com


Au retour, Lancelot n’avait pas bougé. Il était toujours au coin, les mains sur la tête.
– Il va prendre racine à force…
– Non, parce qu’on va le faire danser. Ça le réchauffera.
– Et si ?
– Quoi, Lauriane ?
– Et si vous nous laissiez l’emmener là-haut, Greta et moi ? Chez nous. On lui montrerait comme ça. Pour le ménage. La cuisine. Tout le reste.
– Et c’est quoi tout le reste ?
Elles ont ri…
– Ben…
– Oh, mais allez-y, hein ! Allez-y ! Faites-vous plaisir.
Elles ne se le sont pas fait répéter deux fois. Elles l’ont poussé vers la porte à grandes claques sur le cul. Une fesse chacune.
– Allez, avance, grand feignant !
Il y a encore eu des bruits de claques dans l’escalier. De grands rires.
Jessica a hoché la tête.
– À mon avis, il va prendre cher.
– Pas grave ! Il adore ça.

Ce qui préoccupait Pauline, elle, c’était de savoir comment les choses étaient en train de tourner entre Luc et Pascal.
– Parce que vous avez vu… Ils sont repartis ensemble.
– Peut-être qu’ils avaient des choses à se dire.
– À se dire… Ou à se faire.
– On s’en fiche n’importe comment.
– Ben, pas vraiment, moi !
– Pourquoi, Pauline ? T’as des vues sur lui ?
– Ça va pas, non ? N’importe quoi !
– Eh ben alors ?
– Je sais pas. Ça m’intrigue. Pas qu’ils couchent ensemble, non, ça, j’m’en fous, mais c’est comme s’il y avait quelque chose de beaucoup plus compliqué. Que j’arrive pas à cerner. Et ça m’agace. Vous pouvez pas savoir ce que ça m’agace.

Bon, mais c’était pas tout ça. Pour Duroc, le banquier, on faisait quoi alors ?
– Ben, on fonce, tiens ! On fonce.
Moi, de mon côté, j’avais pas mal d’éléments. Des mails. Des SMS. Et puis, la photo. C’était une bombe, cette photo. Mais elles ?
– C’est vrai qu’on n’a pas trop travaillé le dossier. Pas assez.
– Faut dire qu’avec tout ça, on savait plus trop où donner de la tête non plus…
– Oh, mais on va s’y mettre… On va s’y mettre…
Et effectivement ! Une semaine plus tard, elles disposaient, l’une comme l’autre, d’une quantité impressionnante de messages compromettants. Pauline avait même réussi à lui soutirer une photo sans avoir été pour autant contrainte, elle non plus, à lui adresser la sienne.
– Bon, ben feu alors !
Et on a pris rendez-vous avec lui.

Il nous a accueillies avec un large sourire. On ne peut plus commercial. Nous a fait asseoir.
– Si vous êtes là toutes les trois, c’est, je suppose, que vous avez élaboré un projet en commun que vous avez l’intention de me soumettre.
Voilà, oui. C’était ça.
– La ville et la région ont besoin de gens comme vous, dynamiques, entreprenants, qui n’hésitent pas à s’engager et à prendre des risques. Mesurés, bien entendu.
– Bien entendu.
– Bon, mais je vous écoute. Et nous verrons ce que nous pouvons faire.
Son sourire s’est fait plus large encore.
J’ai pris la parole.
– Écoutez, on va pas tourner trois ans autour du pot. On va jouer carte sur table.
– C’est préférable, en effet.
– Alors moi, vous me connaissez mieux – ou, en tout cas, aussi bien – sous une autre identité.
Il a levé un sourcil interrogateur.
– Veranha, ça vous dit quelque chose ?
Son sourire s’est figé. Il s’est décomposé.
– Je ne comprends pas.
– Oh, si, tu comprends. Tu comprends même très bien. Et c’est pas tout. Parce que, là, à ma droite, tu as Famoulette et, de l’autre côté, à ma gauche, Xaxiline. Alors ? Qu’est-ce tu dis de ça ?
Il s’est littéralement liquéfié. Il est devenu brusquement tout pâle. Ses mains se sont mises à trembler.
– Tu payes pas de mine comme ça, mais t’es un sacré gourmand, quand même, dans ton genre. N’empêche que là, va quand même falloir que tu fasses un choix. Parce que j’imagine mal que tu puisses, à ton âge, nous rendre hommage à toutes les trois à la file. Alors, laquelle ? Famoulette ? Xaxiline ? Moi ? Alors ? On attend.
– Je sais pas. Je…
– Bon. Eh bien, on va te laisser réfléchir. Jusqu’à ce soir. À huit heures tu nous rejoindras à cette adresse. Tâche de t’être décidé. Et de pas oublier de venir. Parce qu’on apprécierait pas, mais alors là, pas du tout. Et ça te retomberait sur le nez.

Il était là.
– T’as trouvé facilement ? Oui ? Fais pas attention au désordre. On est en pleins travaux. Bon, alors, t’as choisi ?
Il a fait signe que oui. De la tête. Oui.
– Qui ?
– Elle !
– Wouah ! Qu’est-ce t’as de la chance, Pauline, dis donc ! Il veut te tirer, le monsieur. T’es contente ?
– Depuis le temps que j’en rêve !
– Oui, hein ! Comment il est sexy avec ses cheveux blancs, ses bajoues tombantes et sa peau toute flasque…
– Je te le fais pas dire…
Et elle lui a envoyé une petite pichenette sur le nez.
– Non, mais franchement, Duroc, tu t’es regardé ? Tu t’imagines quoi, sérieux ? Faudrait vraiment crever de faim.
– Cela étant, tu vas quand même le tomber, le falzar… Et tu sais pourquoi ? Parce que tu vas te prendre une bonne fessée déculottée.
Il s’est brusquement rebiffé.
– Cette fois, ça suffit ! La plaisanterie a assez duré.
– Ah, oui ? Tu crois ? Eh ben, c’est pas notre avis à nous… Pas du tout. Et tu vas en passer par où on veut parce que, sinon, demain tout le pays est au courant que c’est un gros pervers de base, le banquier. Un fieffé cochon qui se tape ses clientes. Et Madame Duroc ? Oh, la connaissant, c’est le genre de choses qu’elle va sûrement beaucoup apprécier, Madame Duroc. On ira la voir, tiens ! On lui racontera tout ça. En tête à tête. Quitte, même, à en rajouter un peu. On sait être très imaginatives quand on veut.
– Vous êtes vraiment…
– Des petits anges ? Oui, hein ! Et adorables comme tout. Bon, mais allez, perdons pas de temps. Si tu veux pas aller au devant de gros ennuis, tu discutes pas, tu dégringoles le bénard, on t’en colle une bonne et on te laisse aller retrouver bobonne.
Pauline a tiré une chaise, s’est installée.
– Allez, papy, en place pour le quadrille.
Il a longuement hésité. A avancé. Reculé. Recommencé.
– Bon, allez, tu te magnes ? On n’a pas que ça à faire. Je compte jusqu’à trois. Un… Deux…
Il s’est précipitamment déculotté, couché en travers des genoux de Pauline. Qui s’en est donnée à cœur-joie. Ah, comment il a braillé le père Duroc ! Et quand elle l’a laissé se relever, il avait le cul dans un état !
– Allez, file ! On repassera te voir à la banque.