vendredi 23 octobre 2015

Studieuse rentrée: récit de Lisa (2)

Et, évidemment, maintenant, plus moyen d’émettre quelque critique que ce soit à l’encontre de Damien… Émilie monte tout de suite sur ses grands chevaux…
– Oh, tu vas pas remettre ça, écoute ! T’as bien vu l’autre soir… T’en disais pis que pendre… Eh bien, quand on est rentrées, il était là, assis bien sagement devant la télé… Non… j’en fais ce que je veux, je t’assure… Et dans tous les domaines… Un mec, tu vois, le signe que t’as complètement barre sur lui, c’est quand, pour le cul, c’est toi qui décides… Qu’il faut qu’il attende que t’en sois… Et je peux te dire que, de ce côté-là, Damien ça lui viendrait même pas à l’idée de venir me quémander que ce soit… Il sait que c’est pas la peine… Que je l’enverrais sur les roses… Et que la seule chose qu’il y gagnerait, c’est de m’indisposer à son égard… Et de devoir attendre un peu plus longtemps encore… Non… C’est quand MOI je veux… Et comme je veux… Et comme je veux, ça veut dire que c’est moi qui suis dessus… À chaque fois… Ça a l’air de rien, ça… Mais c’est hyper important… Ça met les choses bien en place… Et ça donne son sens à tout le reste…

Elle m’amuse… Non, mais elle m’amuse vraiment, là… Qu’est-ce qu’elle croit ? Que son Damien il attend bien sagement qu’elle ait envie de le chevaucher… T’as qu’à y croire… Un mec, c’est un mec… Dans un cas comme celui-là, il a forcément recours à des solutions de substitution… Et il y en a pas trente-six… Bon, mais je sais ce qui me reste à faire… Et je sens qu’on va pas s’ennuyer…

L’occasion s’est présentée dès le lendemain…
– Tiens, t’es encore là, toi ? T’as pas cours ce matin ?
– Elle est malade la prof… Je commence qu’à dix heures…
– Oui, ben moi je file… Si je veux pas être à la bourre…

Un tour de pâté de maisons… Un deuxième… Et je suis remontée… Je lui suis tombée dessus… Sans crier gare… Affalé sur le canapé du salon, il s’offrait, comme prévu, une petite compensation…
– Ah, ben tout va bien, à ce que je vois…
Il s’est reculotté… Tant bien que mal… A maladroitement cherché à me dissimuler une photo…
– Qu’est-ce que c’est ? Fais voir ! Mais si, fais voir, quoi !
J’ai voulu m’en emparer… Il s’est défendu comme un beau diable… Elle s’est déchirée… Et il m’en est resté entre les mains un morceau suffisamment grand pour que je puisse la reconnaître… C’était moi… Une photo de moi en maillot de bains, sur la plage de Collioure, qu’il avait probablement subtilisée dans l’album d’Émilie…
– Ah, ben d’accord !
Comme quoi j’étais pas si loin de la vérité en le menaçant de raconter à Émilie qu’il s’intéressait de très près à moi…
– Non, mais attends ! Je vais t’expliquer…
– Expliquer quoi ? C’est suffisamment clair, non ? Et j’en connais une qui va être ravie quand elle va apprendre ça…
– Tu vas pas lui dire ?
– Émilie est mon amie… Depuis des années… On n’a jamais eu aucun secret l’une pour l’autre…
– S’il te plaît, Lisa, s’il te plaît, je t’en supplie… Je recommencerai plus…
– Mais bien sûr ! Je vais te croire…
– Tu te rends pas compte…
– Oh, si, je me rends compte… Je me rends parfaitement compte… Bon, mais faut que j’y aille… Cette fois faut vraiment que j’y aille…

Le soir, il a remis ça… Juste avant qu’elle rentre…
– Tu vas vraiment lui dire ?
– Non… Enfin si ! Ça dépend… Il y a deux solutions… Ou bien tu files, dès à présent, retrouver tes fameux copains de café… Passer un bon moment avec eux…
– Oui, mais…
– Ça va te valoir une bonne fessée, oui, ça, c’est sûr… C’est le but… Ou bien alors je la mets au courant, dès qu’elle sera rentrée, de ce que tu faisais ce matin sur le canapé du salon… Ce qui te vaudra, là aussi, une bonne fessée… À toi de voir ce que tu préfères…
Il a haussé furieusement les épaules… M’a lancé un regard noir…
– Ce que je préfère ? Je vais me casser… Voilà ce qui va se passer…
– Allons ! Allons ! Tu sais bien que ça, c’est pas possible… Émilie t’a prévenu : le soir même tout le monde serait au courant du traitement auquel elle soumet ton petit derrière… Je confirmerais, bien sûr… Et Mademoiselle Lancel aussi… Te fais pas d’illusions là-dessus…
Il s’est levé d’un bond… A violemment claqué la porte derrière lui…

– Mais qu’est-ce qu’il fabrique ? Neuf heures il va être… Et il t’a rien dit ?
– Non… Il est rentré… Il a posé ses affaires et il est reparti comme il était venu…
– Il va y avoir droit… Où qu’il soit allé… Il doit être là quand je rentre… Il le sait…
– Oui, oh, à mon avis ça l’a repris… Il est au bistro… Avec ses copains…
– Ça, ça m’étonnerait après tout ce que…
– Oui, ben pas moi…
– Je vais voir… Mais si c’est ça… Alors là si c’est ça, il a pas fait le plus dur…

mercredi 7 octobre 2015

Studieuse rentrée: récit de Damien (2)

C’était cousu de fil blanc. Et manigancé par Lisa. À tous les coups. Lisa qui devait remettre ça sans arrêt sur le tapis quand elles étaient toutes les deux toutes seules…
– Tu parles ! Il attend que ça, oui ! À peine t’auras tourné le dos qu’il va s’y précipiter au café… – Oh, non ! Non ! Plus maintenant… Ça lui est passé ce truc-là…
– T’as qu’à y croire… Alors là, j’te parie ce que tu veux…

Et elles m’ont tendu un piège… Un véritable traquenard…
– On te laisse… On va passer la nuit chez une copine toutes les deux… Entre filles… À demain…
J’étais pas complètement idiot… Si elles croyaient que j’allais donner dans le panneau ! Et je me suis confortablement installé devant la télé… Où je me suis – très vite – copieusement ennuyé…

Et si ? Parce qu’elles allaient rentrer et me tomber dessus… Oui… Ça faisait pas l’ombre d’un doute… Mais en faisant vite ? Très très vite… Juste le temps d’avaler une bière et d’échanger trois mots avec les copains… Sauf que… je me connaissais… Et je les connaissais… “T’as bien cinq minutes…” “C’est quand même pas elles qui vont imposer leur loi…” “Allez ! Juste une… C’est ma tournée…” Et une heure après j’y serais encore… Voire deux… Et au retour…

J’avais eu le nez fin… Parce qu’il s’était pas écoulé une demi-heure que… la porte d’entrée…
– Ah, tu vois… Qu’est-ce que je te disais ! Il est là…
Discrètement… À mi-voix… Et puis… Tout fort… En jetant son sac sur le canapé…
– Bon, ben c’est annulé finalement… Elle s’est trouvé un mec dans l’intervalle… Mais quand même elle aurait pu prévenir… C’est la moindre des choses, non ?

Le lendemain, Lisa n’est pas allée bosser…
– Non… J’ai pas envie… Une petite semaine je vais me prendre… Ça me fera pas de mal…
Et on a déjeuné ensemble… Tous les deux… Elle et moi…
– N’empêche que t’es un petit malin, toi…
– Comment ça ?
– T’as flairé le coup hier soir, hein ?
– Quel coup ?
– Te fais pas plus bête que tu n’es… Je t’ai parfaitement percé à jour… On me la fait pas à moi…
– Je comprends pas…
– Mais bien sûr ! En attendant, je suis restée sur ma faim, moi ! Parce que je m’en faisais par avance une véritable fête de la fessée que t’allais te ramasser… J’adore ça voir ton peti cul prendre de belles couleurs et gigoter sous les claques… Oh, mais ce n’est que partie remise… Il y aura d’autres occasions… Je te fais confiance…

Elle a remis ça le mardi… Le soir… Juste avant qu’Émilie rentre du boulot…
– Ben alors ! C’est comme ça que tu tiens tes promesses ?
– Hein ? Mais j’ai rien promis…
– C’est tout comme… Non… Tu fais preuve de mauvaise volonté, là… Va falloir que je prenne sérieusement les choses en mains si ça continue…

Et le surlendemain… Le jeudi…
– C’est en train de devenir une tradition nos petits déjeuners en tête à tête, hein…
– On dirait, oui…
– Et pour toi une habitude d’en profiter pour plonger goulûment ton regard dans l’échancrure de ma chemise de nuit…
– Mais jamais de la vie !
– Ah, elle va être contente d’apprendre ça Émilie…
– Mais c’est pas vrai !
– On s’en fiche, ça… L’essentiel, c’est qu’elle le croie… Et qu’elle te punisse pour ça…
– Hein ? Mais c’est dégueulasse…
– Sinon… Ce que je peux aussi, c’est lui raconter que tu me fais des avances… Que tu m’as carrément proposé de coucher… Ou même que t’as essayé de me coincer dans la salle de bains… Je sais pas… Je me tâte… Qu’est-ce t’en penses, toi ?
– Tu vas pas faire ça ?
– Ben, pourquoi ?
– Mais parce que…
– Parce qu’elle va t’en flanquer une ? Ah, ben ça, c’est sûr… Et carabinée… D’autant que je peux t’assurer que je pousserai à la roue… Alors moi, j’ai pas de conseils à te donner, mais, à ta place, je m’arrangerais pour la mériter tout seul cette fessée… Pour autre chose… Comme un grand… Hein ? Qu’est-ce t’en penses ? Oh, mais je suis sûre que tu vas te montrer raisonnable… Que tu vas pas m’obliger à inventer tout ça… Et rapidement… Sous deux jours… Parce que sinon…

lundi 14 septembre 2015

Studieuse rentrée: récit de Lisa (1)

Pourquoi elle lui en flanquait plus des fessées Émilie à Damien ?
– Il me faudrait une raison… Et, pour le moment, j’en ai pas…
– Une petite piqûre de rappel de temps en temps… Ça peut pas faire de mal…
– Oui, enfin… Si je me mets à lui en coller à tout bout de champ… Pour un oui ou pour un non… Ça va perdre tout son sens… Et son efficacité… Non… Pour le moment, j’ai vraiment pas à me plaindre… Il s’écarte pas… Il reste dans les rails… Il bosse… Il met plus les pieds au café… Ces fameux copains, qui exerçaient sur lui une influence si négative, il a pris ses distances avec… Non… Je vois vraiment pas quelque motif que ce soit de sévir… L’essentiel, pour le moment, c’est que ce soit toujours là, en filigrane, entre nous… Qu’il sache qu’à la moindre incartade je le louperai pas… Et que ça fasse son petit effet… Que ça le rende accommodant… Il l’est devenu… Il l’est de plus en plus… Il s’en remet à moi… Pour plein de choses… Pour presque tout… Non… Un mec, faut le cadrer… Faut prendre résolument le dessus… Dans son intérêt… Mais surtout dans le tien… Il t’en fait voir de toutes les couleurs sinon… Il te fait vivre l’enfer… Le jour où elles auront compris ça, les nanas…

Elle en a de bonnes, elle ! Elle croit que ça se mate comme ça un mec ? Qu’il suffit de le décider et que ça suit son cours tout seul… T’as qu’à y croire… Ils se laissent pas faire… Et c’est un très mauvais exemple son Damien… Parce que si cette Mademoiselle Lancel le lui avait pas apporté ligoté sur un plateau d’argent, jamais elle aurait réussi à lui claquer le derrière… Ni à en faire apparemment tout ce qu’elle veut… Apparemment… Parce que ça me fait doucement rigoler tout ça… Qu’est-ce qu’elle croit ? Qu’il s’est amendé… Qu’il est devenu petit toutou bien docile ? Tu parles ! Il fait contre mauvaise fortune bon cœur, oui… Il a pas le choix… Mais, en réalité, c’est hypocrisie et compagnie… Il donne le change… Et dès qu’il aura l’occasion de lui mijoter un petit coup par derrière…

Il se fiche d’elle… Non, mais carrément, là… Et de plus en plus ouvertement… Que je te joue les petits garçons bien sages… « Oui, Émilie par ci… Certainement, Émilie par là… Comme tu voudras, Émilie… » Je t’en foutrais, moi… Quant à elle, pas moyen de lui faire entendre raison…
– Il est pas comme ça… Tu exagères…
– Mais ouvre les yeux, bon sang ! Il joue un rôle… Ça se voit comme le nez au milieu de la figure…
– T’as une dent contre lui… C’est pour ça… T’as jamais pu le sentir…

Moi, en tout cas, je ne suis pas dupe… Et ce que ça peut m’agacer de le voir jouer la comédie comme ça sans arrêt… Alors je le ménage pas… J’hésite pas à appuyer là où ça fait mal… Il a ça en horreur…
– Tu te rappelles le soir où t’es rentré complètement bourré ?
Il baisse les yeux… Il s’agite sur son siège…
– Hein ? Tu te souviens ?
Il se souvient, oui… Mais il est très absorbé par son devoir d’allemand… Qui réclame toute son attention… Il fronce les sourcils… Il réfléchit… Il fait semblant…
– Ah, t’en tenais une bonne, on peut pas dire… T’étais tellement saoul que t’étais pas foutu de te déshabiller tout seul… Il a fallu qu’on te le fasse toutes les deux avec Émilie… Même que c’est moi qui te l’ai retiré ton pantalon… Et le calbut avec… Ce qu’a pas été simple… Parce que t’aidais pas… Tu réagissais pas… Un vrai poids mort… Si bien qu’on a été obligées d’attendre le lendemain pour te la flanquer ta correction… Que tu sois suffisamment lucide pour en profiter à plein… Mais alors là, le lendemain… Ah, elle y a mis tout son cœur Émilie, hein ! Elle était furieuse… Faut dire qu’il y avait de quoi… En attendant, ça a dû te brûler un moment… Non ?
– Encore assez, oui…
Je souris d’un air entendu… Un moment ? Tu parles ! Un sacré moment, oui… Deux ou trois jours… Au moins…
Je ne le tiens pas quitte pour autant…
– Et la suivante ! Alors là, la suivante ! Obligé de te déshabiller… De toi-même… De nous présenter gentiment, tout penaud, ton petit derrière… D’en passer, la mort dans l’âme, par où on avait décidé que tu allais en passer… T’avais pas le choix… Impossible de te rebeller… De chercher à te soustraire… Sinon… Ah, comment tu bouillais à l’intérieur ! Et comment tu luttais : fallait surtout pas qu’on se rende compte de quoi que ce soit… Oui, ben, raté, mon cher ! Raté… Ça te transpirait de partout…
Il fait son impassible… Son impénétrable…
J’enfonce le clou…
– On ne peut pas indéfiniment donner le change… Dissimuler ce qu’on est… Tu finiras par être ce que tu es à découvert… Forcément… C’est peut-être la prochaine fessée qui t’en donnera l’occasion… Ou celle d’après…

mercredi 2 septembre 2015

Studieuse Rentrée: récit de Damien (1)

Mes parents portaient désormais Émilie aux nues…
– Je sais pas ce qu’elle t’a fait cette fille… Mais t’es complètement transformé… Ah, t’as intérêt à la garder celle-là…
Si bien que, quand elle a proposé que j’aille m’installer chez elle, ma mère a applaudi des deux mains…
– Ah, oui… Oui… Excellente idée… Elle pourra t’avoir à l’œil… Superviser ce que tu fais… Tu n’auras qu’à t’en féliciter, tu verras… À tous points de vue…

Et j’ai emménagé chez Émilie. Je me suis retrouvé sur son territoire. À sa merci. Elle a immédiatement mis les choses au point…
– Hors de question que t’ailles traîner avec tes soi-disant copains… On a vu ce que ça donnait… J’ai pas envie de te voir rentrer ivre-mort tous les soirs… C’est clair ?
C’était clair. Il ne me restait plus qu’à obtempérer. Parce que décider de passer outre, c’était m’exposer à une fessée monumentale. Et humiliante. À 19 ans ! De sa main. Une fessée à laquelle il ne serait de toute façon pas question que j’envisage une seule seconde d’essayer de me soustraire…
– Parce que, alors là, je peux t’assurer que je ne me ferai qu’un plaisir de mettre tout un tas de monde au courant… Et des fessées que Mademoiselle Lancel t’a données cet été… Et des miennes…
Est-ce qu’elle le ferait ? La connaissant, elle en était tout-à-fait capable. Et c’était une perspective qui me terrorisait J’imaginais… On allait s’en donner à cœur joie. En faire des gorges chaudes. Je serais l’objet d’insupportables moqueries. On m’abreuverait en permanence d’allusions. De petits sourires narquois. De réflexions à double sens. Sans compter que derrière mon dos… Mes copains… Tout le monde… Non. Non. Tout, mais pas ça…

J’étais piégé. Je n’avais pas d’autre solution que d’en passer par où elle voulait. Que de renoncer aux soirées avec les copains. En espérant des jours meilleurs. Peut-être, avec le temps, finirait-elle par me lâcher un peu de mou. Par me laisser les coudées un peu plus franches. À moins encore que se présente, un jour ou l’autre, une opportunité quelconque qui me permettrait de déjouer sa surveillance et d’aller les retrouver. Parce qu’il était hors de question que je reste des semaines et des semaines sans les voir. Sans leur parler. Sans m’offrir avec eux une de ces bonnes parties de rigolade dont nous étions coutumiers. Ce serait au-dessus de mes forces…

Je les appelais en cachette…
– Ben alors ! Qu’est-ce tu fous ? On te voit plus…
– C’est qu’avec ma copine, en ce moment, c’est pas trop ça qu’est ça… Il y a de l’eau dans le gaz… Mais dès que ça ira mieux…
– Non, mais franchement ! Qu’est-ce t’attends pour nous larguer ça ? C’est un sac à embrouilles cette nana…
La larguer ? L’idée m’avait parfois effleuré. Elle prenait soudain consistance. Je me surprenais à la caresser avec délectation. De plus en plus de délectation. Oui, après tout ! Je retrouverais ma liberté. J’aurais à nouveau les coudées franches. Tout redeviendrait comme avant. Et il y en avait d’autres des meufs. Plein d’autres. Sauf que… J’ai brusquement réalisé. Ce n’était pas possible. La larguer ? Elle me le ferait payer au prix fort. Tout le monde serait au courant du traitement que j’avais subi. Ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Elle donnerait force détails. Elle s’étendrait avec complaisance. Non… Elle me tenait. J’étais pieds et poings liés…

Tout, décidément, se retournait contre moi. C’était pour ne pas aller en pension, pour ne pas être séparé de mes copains, que j’avais laissé Mademoiselle Lancel prendre le pas sur moi.(*) Me punir lorsqu’elle estimait que je l’avais mérité. Et tout ça pour quoi au final ? Pour, de fil en aiguille, me retrouver sous la coupe d’Émilie qui m’imposait ses quatre volontés et m’interdisait formellement de voir mes copains. Ah, pour une réussite, c’était une réussite…

Lisa, la copine d’Émilie, passait souvent la voir. Restait parfois dormir. Je l’appréhendais. Parce qu’elle était au courant : elle avait assisté aux deux fessées que m’avait administrées Émilie.(*) Je la redoutais : est-ce qu’elle me gardait le secret ? Est-ce qu’elle n’était pas parfois tentée de raconter, ici ou là, à quel traitement j’étais soumis ? Je m’efforçais d’acheter son silence par mon attitude à son égard, par les attentions que je lui témoignais. Et je lui en voulais d’en être réduit à ce pitoyable stratagème. Elle n’était pas dupe. Elle se rendait parfaitement compte qu’elle avait barre sur moi. Et elle savait pourquoi…

Elle prenait un malin plaisir à retourner le couteau dans la plaie… De préférence quand nous nous trouvions seul à seule tous les deux…
– Alors ? Il a été sage le grand garçon ? Il a pas fait de bêtises ? Il a pas eu de fessée ? Non, hein ?J’aurais su… J’aurais vu… Elle m’a promis Émilie… “Oh, ben oui, attends ! Je te ferai signe… Que tu rates pas ça !” C’est vrai… Comment t’es trop rigolo quand elle te le fait…

(*) Voir « Studieuses Vacances »

dimanche 9 août 2015

Studieuses vacances: récit de Damien (8)

J’ai joué mon va-tout…
– Émilie ?
– Oui… Quoi ?
– Tu tiens à ce que ça dure tous les deux, non ?
– T’as de ces questions idiotes par moments… Tu sais très bien que oui…
– Moi aussi… J’y tiens plus que tout au monde… Seulement il y a des trucs dont j’ai besoin… Vraiment besoin… Si je les ai pas…
– Tu fais allusion à tes beuveries, je suppose…
– À mes copains…
– À tes copains de beuverie…
– Oh, tout de suite… C’est pas parce que de temps à autre…
– De temps à autre ? C’est sans arrêt… Bon, mais j’ai pas du tout l’intention d’avoir avec toi d’interminables et stériles discussions à ce sujet-là… Alors écoute-moi bien… Je suis fermement décidée à ne pas te laisser te détruire… À ne pas te laisser NOUS détruire… Et je ferai ce qu’il faut pour…
– C’est-à-dire ?
– Tu le sais très bien…
– Oui… Alors ça il n’en est pas question…
– C’est ce qu’on verra…
– Parce que t’imagines que je vais me laisser faire…
– Bien sûr que oui… Sinon… Sinon il y aura beaucoup de monde au courant des fessées qu’elle t’a données Mademoiselle Lancel…
– Et Mademoiselle Lancel par ci… Et Mademoiselle Lancel par là… Il y a plus qu’elle qui compte… Vous commencez à me faire chier toutes les deux, mais vraiment chier !
Et j’ai claqué la porte…

Ils étaient tous là mes copains…
– Qu’est-ce qui t’arrive ? T’en fais une tête !
– Oh, rien ! Des conneries…
– Tu t’es engueulé avec Émilie, c’est ça ?
– Laisse tomber, j’te dis…
– Bois un coup, tiens ! Ça ira mieux…
J’ai bu un coup… Un autre… D’autres… On a plaisanté… On a ri… Plein de coups… Des copains de copains se sont joints à nous… Encore plus de coups… Ça s’est mis à tourner… À chavirer… J’ai vaguement entendu quelqu’un avertir dans le lointain…
– Attention ! Il va tomber…
On m’a retenu… Porté… Allongé… Je me suis endormi…

Encore des voix…
– Il peut pas rester là… Faut le ramener…
On m’a chargé dans une voiture… Ça a roulé… Ça s’est arrêté… On m’a descendu…
– Putain, il est lourd…
– C’est qu’il est plein…
– Me fais pas rire… Je vais le lâcher…
Et puis la voix d’Émilie brusquement…
– Qu’est-ce qui se passe ?
– On te ramène le colis…
– Ah, ben d’accord ! Et vous êtes fiers de vous ?
– Oui, oh, ben, on n’y est pour rien, nous, hein ! On lui a pas collé dans le gosier…
– Encore bien beau qu’on te le ramène…
– Tu te démerderas avec la prochaine fois si ça te va pas…
Et ils ont dévalé l’escalier…
– Aide-moi à le déshabiller Lisa…
Lisa… Sa copine Lisa… Qu’est-ce qu’elle fichait, là, elle ?
Leurs mains sur moi… À me dépiauter…
– Vas-y ! Vas-y ! Tout on lui enlève… Parce que s’il dégueule… Là… Et maintenant on le laisse cuver… Mais il perd rien pour attendre…

– Alors ? On a dessaoulé ?
– Comment j’ai mal au crâne…
– Oui, ben maintenant, c’est ailleurs que tu vas avoir mal…
Et elle a brandi un martinet…
– Non, Émilie… S’il te plaît, non…
J’ai désespérément tenté de me redresser… De me relever… Sans succès…
Elle a cinglé…
– Combien t’en as bu ? Vingt ? Trente ? Allez, on va dire vingt-cinq… Ça fera une moyenne… Alors vingt-cinq coups ce sera…
Elle ne m’a fait grâce d’aucun… À pleines fesses… Malgré mes supplications… Malgré mes cris à la fin…
– Là ! Et recommence pour voir…

Studieuses vacances: récit de Mademoiselle Lancel (8)

– Tu n’as rien à me dire ?
Il a fait mine de chercher, sourcils froncés…
– Non, je vois pas, non…
– Réfléchis bien ! Il s’est pas passé quelque chose samedi soir ?
– Samedi soir ? Ah, si, oui ! J’ai fait le con…
– C’est-à-dire ?
– Oh, ben, toujours le même truc…
– En pire… T’étais complètement saoul…
– Oui… Non, mais c’est parce que…
– Il y a pas de « mais » ni de « parce que » qui vaille… Tu n’as aucune excuse… Et alors ? Le résultat de tout ça ?
– Ben, elle a pas apprécié Émilie…
– Mais encore ? Ce que ça peut être agaçant d’être obligée de t’arracher les mots un par un comme ça !
– Elle a profité de ce que j’étais allongé et à moitié dans les vaps pour me mettre une fouettée au martinet…
– Qui s’est avérée très efficace à ce que je me suis laissé dire… Parce que… Elle remonte à cinq jours cette petite correction… Et tu n’as pas remis depuis une seule fois les pieds au café… Tu passes toutes tes soirées avec elle…Tu files doux… Et ma chérie par ci… Et ma chérie par là… Tu te mets en quatre pour lui faire plaisir… Elle est aux anges… Comme quoi si on veut obtenir de toi que tu te comportes en adulte mature et responsable il n’y a pas trente-six solutions… La manière forte… Non ? Tu n’es pas de cet avis ?
– Je sais pas… Je…
– Mais si, tu sais ! Tu sais même très bien… Et tu sais que c’est pas gagné… Que la route sera encore longue… Très longue… Qu’il te faudra encore en recevoir en quantité des fessées… Tiens, par exemple… Elle t’avait pas demandé quelque chose Émilie ?
– Si !
– Et c’était quoi ?
– De vous raconter, le plus tôt possible, ce qui s’était passé samedi…
– Ce que tu n’as pas fait… Et, quand elle t’a posé la question, tu as pourtant prétendu que si… Que j’étais au courant… Tu m’as même prêté des propos que je n’ai jamais tenus… Alors tu sais ce que tu vas faire ? Et sur le champ… Tu vas aller lui avouer ton mensonge… Et lui demander de bien vouloir te punir en conséquence… Allez ! File !

– Alors ?
– Trente coups elle a dit que ça valait…
– Qu’elle t’a donnés ?
– Oui… Et elle m’a dit de venir vous montrer…
Et, sans plus attendre, il m’a tourné le dos… A baissé son pantalon…
– Hola ! Mais c’est qu’elle a pas fait semblant…
– À qui le dites-vous !
– Elle y prend goût, c’est clair… Bon, mais c’est pas plus mal… Pour toutes sortes de raisons… Tu n’en progresseras que beaucoup plus vite, tu verras…
– Il y a autre chose aussi…
– Quoi donc ? Je t’écoute…
– Elle m’a dit de vous dire que sa copine Lisa était là… Qu’elle a assisté…
– Ah, ben tu vois… Il y a du mieux… Beaucoup de mieux… Tu deviens docile… Obéissant… Tu es sur la bonne voie… Tu commences à réaliser que, tout seul, tu n’arriveras jamais à rien… Ce ne sera que bêtise sur bêtise… Échec sur échec… Il faut, dans ton propre intérêt, que quelqu’un te prenne en mains… Te remette en permanence – patiemment – sur les rails… Ce sera Émilie… Elle a toutes les qualités nécessaires pour y parvenir… Et, au premier chef, une autorité naturelle qui fascine les natures comme la tienne… Devant laquelle elles finissent toujours, subjuguées, par s’incliner… Je lui fais entièrement confiance… À elle de jouer maintenant… De s’occuper de toi…Moi, je me retire… Sur la pointe des pieds… Bonne route à vous deux…
– Oui, mais avant… Elle m’a demandé… Le martinet… Celui dont vous vous serviez… Si vous pouviez… Elle le voudrait…
– Le relais en quelque sorte… Va le chercher… Derrière toi… Le premier tiroir…

                                                                  FIN

vendredi 12 juin 2015

Studieuses vacances: récit de Damien (7)

Ils sont venus me chercher… Kevin… Baptiste… Arthur… Tous les trois…
– Ben alors ! Arrive ! Qu’est-ce tu fous ? On te voit plus… Tu nous snobes ou quoi ?
– Mais non, mais…
– Mais quoi ?
– C’est la rentrée…
– Et alors ? Ça change quoi ? Ça t’empêche pas de venir boire un coup vite fait la rentrée…
– Si je foire encore mon année…
– Elle fait que commencer l’année… T’auras tout le temps de te rattraper après… Et puis, de toute façon, pour ce que ça sert les études… T’as neuf chances sur dix de finir chômeur… Comme tout le monde… Alors franchement on voit pas ce que tu t’emmerdes…
– Il y a aussi ma copine… Qui commence à me battre froid… Et grave…
– Raison de plus ! Une nana, si tu commences à la laisser décider à ta place de ce que tu dois faire ou pas, t’es fichu… Elle va pas arrêter de te monter dessus… Et tu finiras en laisse… Comme un bon toutou… C’est quand même pas ça que tu veux, merde !
Ils ont pas lâché le morceau… Tant et si bien que j’ai fini par céder…
– Bon, mais vite fait alors !
– Mais oui… Juste le temps de s’en jeter un petit et on se ramasse…
Quatre heures après j’y étais encore… Sans pouvoir en profiter vraiment : je pensais à Émilie… Qui devait m’attendre… Qui m’attendait forcément… Émilie dont j’appréhendais la réaction… Maintenant que Mademoiselle Lancel lui montait la tête… Elle ne me cafarderait pas, non… Elle n’était pas comme ça… Elle n’irait pas jusque là… Mais elle allait me mener la vie impossible… J’allais avoir droit à des reproches à n’en plus finir…

Elle dormait… Elle dormait paisiblement… Je me suis glissé à ses côtés sans bruit…

Au réveil, pas une remarque… Pas une réflexion… Rien… Elle ne faisait même pas la gueule… Elle était lisse… Neutre… Comme s’il ne s’était rien passé… Ou comme si elle s’en fichait complètement…

Mademoiselle Lancel, par contre, quand je me suis présenté chez elle, en début d’après-midi, a attaqué d’emblée…
– T’étais où hier soir ?
La garce ! Elle lui avait dit… La sale petite garce hypocrite… Elle n’avait rien eu de plus pressé que de venir pleurer dans son giron…
– Eh bien ? J’attends…
Inutile de nier… J’allais perdre mon temps… Et l’indisposer un peu plus encore contre moi…
– Non, mais c’est parce que…
– Parce que quoi ?
Parce que rien… Aucune excuse valable ne me venait à l’esprit…
– Fallait qu’on parle…
– Oh, mais je n’en doute pas… Vous avez certainement une foule de choses à vous dire… Ce qui tombe bien d’ailleurs… Moi aussi, j’ai des choses à te dire… Dont je suis sûre que tu les entendras beaucoup mieux les fesses à l’air…
Je n’ai pas protesté… Je me suis exécuté… Agenouillé, comme d’habitude, au bord du canapé… De toute façon je n’y couperais pas… Alors plus vite on en aurait fini… Mais ça n’est pas venu… Derrière moi elle ouvrait des tiroirs… Déplaçait des objets… Ne me prêtait plus la moindre attention…
On a sonné…
– Tu ne bouges pas… Tu restes comme ça…
Des chuchotements dans le couloir… Ça s’est rapproché…
– Regarde qui c’est qu’est là !
Émilie ! Non, mais c’était pas vrai que… Émilie !
– Non, non… Tu bouges pas, je t’ai dit… Ah, tu veux pas comprendre ? Eh bien je peux te dire que cette fois tu vas comprendre…
C’est tombé d’un coup… Une morsure de martinet… Une seule… Mais d’une force ! J’ai hurlé… De douleur tout autant que de surprise…
– Alors comme ça, c’était bien les copains hier soir ? Ah, ben tant mieux ! Tant mieux ! J’espère que t’en as bien profité… Parce que maintenant une autre paire de manches ça va être…
Trois autres cinglées… Très rapprochées… Une quatrième…
– Oui… Donc… Tu disais que tu t’es bien amusé hier soir… Ce qui veut dire que t’en as bu combien ?
– Pas beaucoup… Presque pas…
Une salve… Sept ou huit coups…
– Ça fait mal…
– Ah, ben ça, je sais, oui… T’en as bu combien ?
– Je sais plus au juste… Cinq… Six… Quelque chose comme ça…
– Ce qui veut certainement dire une dizaine… Ou une douzaine…
Et ça s’est abattu… À toute volée…
– Là… C’est tout pour aujourd’hui… Et la prochaine fois, s’il y en a une, mais il y en aura sûrement une, c’est Émilie qui se chargera de te remettre elle-même les idées en place…