mercredi 22 mai 2019

Sévères voisines (7)


Camille m’attendait.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Qu’est-ce qu’elles te voulaient ?
– Oh, rien ! Des conneries.
– Quelles conneries ?
– J’ai pas envie d’en parler.
– Oui, mais moi, j’ai envie de savoir.
C’était vraiment pas le moment.
– Lâche-moi ! Mais lâche-moi, putain ! Tu vas me lâcher ?
Et j’ai pris la direction de ma chambre.
Elle m’a crié, d’en bas.
– Oh, mais je saurai. N’importe comment je saurai.

Aussitôt la porte refermée, je me suis déshabillé. Enfermée, compressée dans mon boxer, ma fessée s’y débattait, y bouillonnait. J’en suis précipitamment sorti et je me suis jeté à plat ventre sur mon lit.
Les garces ! Non, mais quelles garces ! Oh, mais ça allait pas se passer comme ça ! Sûrement pas ! J’allais… J’allais quoi ? Je savais pas, mais j’allais… Ça c’est sûr que j’allais leur faire payer cette humiliation. Au centuple. Comment ? Je l’ignorais, mais je trouverais bien. D’une façon ou d’une autre, je trouverais…
J’ai fini par hausser intérieurement les épaules. Pauvre idiot ! Tu ne ferais rien d’autre qu’aggraver ton cas, que leur fournir des armes supplémentaires contre toi. Tu es pieds et poings liés entre leurs mains. Par ta faute. Prends-en une bonne fois pour toutes ton parti. Et fais profil bas si tu ne veux pas qu’elles te martyrisent à qui mieux mieux le popotin.

Ça me battait dans les fesses. Ça me lançait. Ça me cuisait. Elle n’y était vraiment pas allée de main morte, celle qui avait manié le martinet. Laquelle c’était d’ailleurs ? Manon ? Emma ? Leur mère ? Je n’en avais pas la moindre idée. Je n’avais pas le moindre indice. Ça pouvait être n’importe laquelle d’entre elles. Tout le temps que ça avait duré, elles étaient restées toutes les trois derrière moi. Alors laquelle ? Est-ce que ça avait une importance finalement laquelle ? Aucune. De toute façon, le résultat était là. Oui, mais quand même ! Quand même ! Il y avait quelque chose, en moi, qui voulait savoir. Qui tenait absolument à savoir. Qui s’y est essayé. En vain.

J’ai fini par vaguement m’assoupir.
C’est un petit sifflement stupéfait, derrière moi, qui m’a tiré d’un semi-sommeil dans lequel j’avais finalement sombré.
Camille. C’était Camille.
– Oh, la vache ! Dans quel état elles te l’ont mis !
Et elle s’est absorbée dans la contemplation de mon postérieur tuméfié.
Me retourner ? Je ne gagnais pas forcément au change.
Elle n’en revenait pas.
– Oh, dis donc ! Non, mais dis donc ! Cette tannée !
– Oui, bon ben ça va !
– C’est elles à côté, hein ?
– Si on te le demande…
– Si, c’est elles ! Je suis sûre que c’est madame Beauchêne. C’est à cause de quoi ? Tu veux pas le dire ? Je le sais n’importe comment ce qui s’est passé. C’est cet été. Quand t’allais chez elles pour le chat. Et les plantes. T’en as profité pour piquer des trucs. C’est ça, hein ?
– Mais jamais de la vie !
– Bien sûr que si que c’est ça. Qu’est-ce ça peut être d’autre ? Et elles t’ont laissé le choix. Ou bien elles t’en collaient une ou bien elles portaient plainte. Oh, mais t’as bien fait. Parce qu’une plainte, ça t’aurait suivi toute ta vie. Ça t’aurait collé à la peau. Tandis que là… Un mauvais moment à passer. Et puis voilà…
Elle s’est éloignée. Retournée sur le pas de la porte.
– T’inquiète pas ! Je dirai rien.
C’était l’essentiel.

mercredi 15 mai 2019

Sévères voisines (6)


Ma sœur est venue me chercher dans ma chambre.
– Elles t’attendent à côté.
J’ai respiré un grand coup. Ça y était. J’allais y avoir droit. Ça y était. Une semaine… Plus d’une semaine que je le redoutais, ce moment-là.
– J’y vais.
L’air faussement indifférent.
– Et t’as pas intérêt à traîner à ce qu’il paraît.
– Oui, ben j’y vais, j’te dis !
– Qu’est-ce qu’elles te veulent ?
– J’en sais rien…
– Elles avaient pourtant l’air de penser que si. Que tu savais…
– Eh bien, non, tu vois.
– Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tu veux pas le dire ?
– Mais rien. Il se passe rien.
– Si ! Je suis sûre que si !
– Oh, tu m’agaces, Camille, à la fin ! Fous-moi la paix !

* *
*

C’est Manon qui m’a ouvert.
– Tiens, le voisin ! Qu’est-ce tu fais là ? Tu passais dans le coin ? Eh ben, entre ! Reste pas planté avec cet air idiot…
Madame Beauchêne a constaté
– Oh, mais t’as couru ! T’es tout essoufflé. Fallait pas. C’était pas à deux minutes près non plus. Bon, mais tu sais ce qui t’attend, j’imagine…
J’ai fait signe que oui. Oui.
Elle m’a pris par le bras, entraîné dans la salle de séjour.
– À genoux !
J’ai marqué un long temps d’hésitation.
– Ah, tu vas pas recommencer, écoute ! J’ai pas de temps à perdre. Et pas envie de répéter dix mille fois la même chose. Alors ou tu en passes docilement, sans murmurer ni tergiverser, par nos exigences, à mes filles et à moi, ou bien, dans le quart d’heure qui suit, je mets mes menaces à exécution. À tes risques et périls.
Je me suis agenouillé.
– Eh bien voilà ! Tu vois quand tu veux… Bon. Maintenant tu te déculottes. Allez !
Je me suis exécuté. Devant les deux filles qui me considéraient d’un air goguenard. Et qui cherchaient mes yeux.
– Le haut aussi. Il te cache les fesses.
Le haut aussi.
– Et maintenant tu vas demander pardon à mes filles de ton inadmissible comportement à leur égard.
– Pardon !
– Pardon, qui ?
– Pardon, Manon ! Pardon, Emma !
– Parfait !
Elles sont passées toutes les trois derrière moi. Il y a eu des chuchotements. Des rires. Encore des chuchotements.
Et puis ça m’a cinglé. D’un coup. Un martinet. J’ai poussé un cri. Sous l’effet de la surprise. Il y a eu d’autres coups. Aussitôt. Forts. À rythme irrégulier. Imprévisible. Ça tombait. En haut des fesses. En bas. Au milieu. Sur toute la surface. Partout. Ça a continué. Longtemps. C’est revenu. Mordant. Cuisant. Aux mêmes endroits. Douloureux. Tellement. Insupportable. J’ai gémi. J’ai crié. Sans retenue. Sans pudeur. Je suis tombé sur les coudes, les fesses pointées vers elles. Encore quatre ou cinq coups. Vigoureux. En bouquet final.
Et puis la voix de Madame Beauchêne.
– Là ! C’est fini. C’est tout. Pour aujourd’hui.

mercredi 8 mai 2019

Sévères voisines (5)


J’étais au resto U, le nez plongé dans un bouquin.
– Je peux ?
Elle n’a pas attendu la réponse, la fille. Elle a posé son plateau.
J’ai levé la tête, je l’ai regardée et je suis devenu écarlate. C’était Manon.
Manon qui a pris tout son temps pour s’installer en face de moi.
– Alors ?
Ben alors, elle, en psycho, je savais pas, mais moi, en droit, c’était franchement pas intéressant. Que du par cœur. Ou pratiquement.
Elle m’a fixé droit dans les yeux.
– Ça te brûle ?
Inutile de faire semblant de ne pas comprendre. Inutile. Et ridicule.
J’ai bredouillé.
– Un peu, oui.
– Un peu ? Tu parles que, vu l’état dans lequel tu l’avais encore hier soir, je suis bien tranquille que ça doit te cramer un max. Une fessée comme ça, il va bien te falloir trois ou quatre jours pour t’en débarrasser.
J’ai jeté des regards affolés tout autour de moi.
– T’inquiète ! Ils font pas attention. Ils s’occupent pas de nous. En attendant, reconnais quand même que tu l’as pas volée. Non ?
Je l’ai admis. Du bout des lèvres.
– Ah, si ! Si ! Et même que c’est pas cher payé. Parce que c’est dégoûtant ce que t’as fait. Vraiment dégueulasse.
J’ai fui son regard.
– Et ça faisait combien de temps que tu nous reluquais comme ça en douce ?
– Oh, pas beaucoup.
– Combien ?
– Une semaine. Peut-être un peu plus.
– Menteur ! C’est forcément au mois d’aôut que tu l’as trafiqué le store. Quand on n’était pas là. Donc, ça fait deux mois. Plus de deux mois. T’es vraiment une enflure, toi, hein !
Elle a chiffonné sa serviette, l’a jetée dans son assiette.
– Oh, mais ça va pas se passer comme ça ! On en parlait encore hier soir, Emma et moi. Parce que ma mère, c’est une chose. Elle a réglé ses comptes avec toi. Bon, mais pas nous. Et tu sais ce qu’elle pense, ma sœur ? C’est que nous aussi, on devrait t’en flanquer une de fessée. Que ce serait la moindre des choses. Pas tout de suite. Que ça s’estompe sur ton derrière. Et que ça te laisse le temps de mariner. Mais on le fera. Ça, c’est sûr qu’on le fera.
Une fille l’a hélée, près de la fenêtre, à droite.
– Manon !
– J’arrive !
Elle s’est levée.
– De toute façon, ça vaut beaucoup mieux, pour toi, qu’on s’occupe de ton cas que si on allait clabauder à droite et à gauche. Surtout maintenant qu’en plus de raconter que tu fais le voyeur, on pourrait aussi chanter sur les toits que tu t’es pris une fessée. Et une bonne ! Avec tous les détails.
Elle m’a fait un petit signe de la main.
Et elle est allée rejoindre l’autre fille.
Elles se sont éloignées bras dessus bras dessous, dans un grand éclat de rire.

mercredi 1 mai 2019

Sévères voisines (4)


J’ai passé une journée épouvantable. D’abord parce que mon derrière était un véritable brasier. Il me lançait en permanence. Et il était sensible d’une force ! Le moindre frottement de vêtements constituait une véritable torture. Et m’asseoir était un calvaire.
Mais il y avait pire. Il y avait ce sentiment de honte profond, ravageur, qui ne me lâchait pas. Qui m’habitait, lancinant. Qui m’a accompagné toute la matinée. Et toute l’après-midi. J’avais été fessé, cul nu, par cette madame Beauchêne. Je revoyais la scène. Je la revivais. En boucle. J’avais été puni comme un gamin infernal. Et j’avais gémi. Et j’avais crié. Et j’avais pleuré. Quelle humiliation ! Je lui en voulais de me l’avoir imposée. Je m’en voulais de l’avoir méritée. J’en voulais à ses filles de m’avoir donné la folle envie de les voir nues. Et d’en avoir subi les conséquences. J’en voulais à la terre entière.

Elle m’avait fixé rendez-vous. Pour le soir même. « Et tâche de pas oublier parce que sinon… » Sinon quoi ? Plus les heures passaient et plus mon inquiétude grandissait. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien me vouloir ? Qu’est-ce qu’elle me voulait ? Elle n’allait tout de même pas me remettre une autre fessée par-dessus la première ? Ah non, non ! Il n’en était pas question. Je ne le supporterais pas. Et je m’offrais à moi-même le spectacle de ma rébellion. Je lui tenais tête à cette madame Beauchêne. Je lui disais ma façon de penser. Je la mettais plus bas que terre. Je triomphais d’elle. Avant de hausser intérieurement les épaules. Quel idiot tu es ! Tu feras ce qu’elle voudra. Tout ce qu’elle voudra. Et tu le sais très bien. Tu n’as pas d’autre solution. Tu es pieds et poings liés entre ses mains.

* *
*

– Entre ! C’est ouvert.
Elle a posé son livre sur ses genoux.
– Alors ? Pas trop mal ?
J’ai esquissé une grimace.
– Oui, hein ! Mais c’était le but. Histoire que ça te serve de leçon. Une bonne fois pour toutes.
Elle s’est levée.
– Fais voir !
Je n’ai pas discuté. Je n’ai pas résisté. À quoi bon ? Elle aurait de toute façon fini par m’y contraindre. Elle disposait des arguments qu’il fallait.
Et j’ai baissé mon pantalon. Puis mon boxer.
– Hou là, oui ! Comment tu dois déguster !
Elle a passé un doigt. Sur tout le pourtour. Au milieu. Encore le pourtour. Encore le milieu. Elle l’y a enfoncé.
J’ai étouffé un gémissement.
– Viens ! Viens prendre une douche. Ça te soulagera.

Et on s’est retrouvés tous les deux dans la salle de bains.
Je me suis déshabillé. J’ai enjambé le rebord de la baignoire. En lui tournant le dos. Et je me suis aspergé. Là où ça me brûlait. Toujours en lui tournant le dos. C’est vrai que ça faisait du bien. Un bien fou.
Quelque chose a tapé sur le carreau. Ça a recommencé. Une deuxième fois. Plus fort.
– Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Quoi donc ?
Un troisième fois.
– Ah, ça ? C’est mes filles. Manon. Et Emma. Chacun son tour de se rincer l’œil. C’est normal, non, tu crois pas ?
Je me suis précipitamment retourné.
Elle a éclaté de rire.
– Oui, oh, c’est pas la première fois qu’elles voient une queue, tu sais. Et la tienne, il y a vraiment pas de quoi crier au miracle. Mais t’as raison. Montre-leur ton joufflu. Qu’elles voient comment je te l’ai joliment arrangé.

mercredi 24 avril 2019

Sévères voisines (3)


J’ai sonné. Et attendu. Longtemps.
– Ah, c’est toi… Eh bien entre ! Assieds-toi !
Ce que j’ai fait, du bout des fesses, tout au bord du fauteuil.
– Tu veux du café ?
– Non. Non. Je vous remercie.
Elle s’est installée en face de moi, a croisé les jambes, tourné longuement sa cuiller dans sa tasse, relevé enfin la tête.
– Tu fais quoi au juste comme études ?
– Droit.
– Et pour devenir quoi, si c’est pas indiscret ?
– Je sais pas encore trop au juste. J’aimerais bien juge, si je peux.
– Juge ? C’est bien, ça ! C’est même très bien. Tu vas peut-être pouvoir me renseigner, du coup. Les petits vicieux qui s’introduisent dans les propriétés privées pour surprendre les jeunes filles sous la douche, ils encourent quoi comme sanction ?
J’ai rougi. Je me suis troublé. J’ai lamentablement bafouillé.
– Je… C’est-à-dire… En fait… Je m’excuse… Je le ferai plus, je vous promets…
– Oui, t’en sais rien, quoi ! Je demanderai à ta mère. Sûrement qu’elle doit être au courant, elle. De toute façon, il va bien falloir que je lui dise à quoi son grand fils, qu’elle porte aux nues, passe ses soirées.
– Faites pas ça ! Je vous en supplie.
– Il fallait y réfléchir avant. Ta petite amie aussi d’ailleurs. Comment elle s’appelle déjà ?
– Célestine.
– Célestine, c’est ça, oui. Célestine aussi, il va bien falloir qu’elle apprenne à quelles activités tu te livres en son absence. Ah, ben si, si ! Normal qu’elle sache, avant de s’engager plus avant avec toi, quel genre d’individu tu es exactement. Non ? Tu ne crois pas ?
– Elle me quittera, si elle sait ça. Elle va me quitter.
– Il y aura aussi ta sœur à prévenir. Qu'elle sache que t'as les yeux qui traînent. Un peu partout. Et en permanence. Ah, elle va avoir bonne opinion de son grand frère, ta sœur! Et tes petites camarades à la fac, elles aussi il va falloir les mettre en garde. C’est la moindre des choses. Qu’elles se méfient. Qu’elles se protègent. Oh, mais ça, Manon s’en occupera. Elle a des copines qui font droit, elles aussi. En attendant, ça va en faire du monde à prévenir, dis donc ! Ta mère, ta petite amie, ta sœur, tes camarades de fac… À moins… À moins qu’on ne trouve un arrangement tous les deux. Entre nous.
Un arrangement ? Oh, oui, oui ! Tout ce qu’elle voulait. Absolument tout ! Pourvu qu’elle ne dise rien. Qu’elle n’en parle pas. À personne.
– Dans ces conditions… Une bonne fessée. C’est largement mérité, avoue ! Une bonne fessée et on n’en parle plus.
Hein ? Une fessée !
– Mais j’ai vingt-deux ans !
– Oui. Et alors ? C’est pas une raison. Au contraire. Ce n’en sera que plus mortifiant. Et donc plus profitable. Bon, mais allez ! Assez perdu de temps. J’ai pas que ça à faire. Alors tu te déculottes. Et tu te dépêches. Sinon, avant midi, ta mère est au courant. Et ce ne sera qu’un début.
Est-ce que j’avais le choix ? Non. Et je me suis résolu, la mort dans l’âme, à en passer par où elle voulait. Je me suis déshabillé. En lui tournant le dos. Le pantalon. Le boxer.
– Bon, ben viens là maintenant.
Elle m’a regardé approcher avec un petit sourire en coin.
– Allez !
M’a fait basculer en travers de ses genoux, m’a calé.
– Accroche-toi ! Ça va être long.
Ça a été long. Très. Pas très fort au début, mais méthodique. Une fesse après l’autre.
– Là ! Et maintenant que le terrain est réceptif…
Maintenant ? À plein régime. À plein volume. À toute allure.
Ça a crépité. Ça m’a piqué. Ça m’a cuit. Ça m’a brûlé.
– Oh, tu peux gigoter. Tant que tu veux. Si tu crois que ça va m’apitoyer.
Et c’est tombé de plus belle.
– Braille ! Braille ! Tant que tu veux. Personne peut t’entendre.

Ça s’est enfin arrêté.
– Là ! Tu peux te reculotter. C’est tout. Pour le moment. Mais passe ce soir…
– Ce soir ?
– Ce soir, oui. Prends pas cet air idiot. Et tâche de pas oublier parce que sinon…

mercredi 17 avril 2019

Sévères voisines (2)


Ce fut Manon la première. Le soir même de leur retour.
La nuit venait de tomber. J’attendais, fébrile, le cœur dans les tempes, au fond du jardin. La fenêtre de la salle de bains s’est enfin éclairée. D’un bond, j’ai sauté la clôture et j’ai gagné, le plus silencieusement possible, mon poste d’observation.
Manon… Elle était nue, debout dans la baignoire. Elle me tournait le dos. Et j’ai pu me repaître tout à loisir de deux amours de petites fesses bien fermes, bien musclées, sur lesquelles et entre lesquelles le gant de toilette a longuement couru. Elle ne s’est pas retournée. Elle a enjambé le rebord de la baignoire et elle a disparu de mon champ de vision. Éteint. C’était fini.
Je suis rentré la tête – et le reste – en feu. Ravi de ce que j’avais vu, mais, en même temps, profondément frustré de ne pas avoir pu en voir davantage.

Son tendre minou, jalousement refermé sur ses secrets, recouvert d’une fine résille bouclée, ses jolis seins menus, aux larges aréoles foncées, je n’ai pu, les jours suivants, les apercevoir que furtivement, rapidement, trop rapidement, à deux ou trois reprises. Elle se douchait en effet systématiquement dos à la fenêtre. Ces rares moments tant espérés, où elle me livrait enfin brièvement davantage, n’en étaient que plus précieux.

Emma, elle, se tournait et retournait, dans un sens, dans l’autre, sous le jet. Tant et si bien qu’elle m’offrait généreusement, les uns après les autres, tous ses trésors. Ses seins lourds, amples, veinés de bleu, aux pointes arrogantes, dodelinant et oscillant doucement. Son encoche toute lisse qui laissait d’adorables et tendres morceaux de chair pointer délibérément le nez au-dehors. Ses fesses replètes, joliment rebondies qui s’offraient délicieusement et longuement à mes regards.

Il y avait aussi Madame Beauchêne. J’avais eu scrupule, au début, à lui faire subir le même traitement qu’à ses filles, mais j’avais fini par m’enhardir et par prendre infiniment de plaisir à la contempler, elle aussi. De façon beaucoup plus cérébrale. Elle avait certes la cinquantaine extrêmement alléchante, mais ce qui me séduisait surtout, c’était l’idée que je me repaissais des charmes d’une femme qui avait le double de mon âge. Et même un peu plus.

On s’enfonçait dans l’automne. Ce qui signifiait que la nuit tombait de plus en plus tôt et que le jour se levait de plus en plus tard. L’obscurité me dérobait à d’éventuels regards extérieurs. J’avais donc du temps. De plus en plus de temps. Du temps pour les voir nues, oui, bien sûr, mais aussi pour les voir se livrer, avec ravissement, à toutes les activités auxquelles une femme s’adonne dans le secret d’une salle de bains.

Et puis, il y a eu ce soir-là. Le dix-huit octobre. La soirée était d’une douceur exceptionnelle. Je venais d’assister à la toilette d’Emma. Manon lui avait aussitôt succédé. Je la regardais. De tous mes yeux. Et j’espérais. Comme chaque fois que c’était elle. J’espérais qu’elle allait enfin s’offrir à moi longuement de face. Oh, s’il te plaît ! S’il te plaît !
Une main s’est brusquement abattue sur mon épaule. J’ai sursauté. Je me suis retourné, terrifié. C’était Madame Beauchêne.
– Non, mais faut pas te gêner !
– Oui… Non… Mais c’est parce que… C’est-à-dire que…
– Que quoi ?
Que rien. Rien. Qu’est-ce que je pouvais dire ? Quelle excuse invoquer ? Je suis resté piteusement silencieux, tête basse.
– Ah, elle va être contente, ta mère, quand elle va apprendre ça…
Ma mère ?
Je le suis fait suppliant.
– Oh, non, non ! S’il vous plaît ! Pas ma mère !
Elle a coupé court.
– Passe chez moi demain matin. On réglera ça. Et tâche de pas oublier.
Je suis retourné à la maison, anéanti.

mercredi 10 avril 2019

Sévères voisines (1)


Avec madame Beauchêne, notre nouvelle voisine, ma mère avait tout de suite sympathisé.
– C’est quelqu’un de très intéressant. Et puis, avoir élevé ses deux filles, comme ça, toute seule, elle a bien du mérite, la pauvre femme !
Ses deux filles, c’était d’abord Emma, une petite brune toute potelée, aux yeux noirs, au sourire mutin, à la poitrine conquérante. Qui avait toujours le mot pour rire. Et qui devait fêter ses vingt-deux ans en octobre.
– Comme toi, Raphaël ! Tout comme toi ! Vous êtes pour ainsi dire jumeaux.
Et Manon, de deux ans sa cadette. Brune aussi, mais à la poitrine plus sage, au regard plus velouté, à l’attitude plus réservée.
Elles ne me laissaient pas indifférent. Ni l’une ni l’autre. Elles me laissaient d’autant moins indifférent qu’elles me tenaient délibérément à distance. Rapports de bon voisinage, oui. Elles n’avaient rien contre. Mais c’était tout. Pas question de me laisser m’immiscer vraiment dans leurs vies. De quelque façon que ce soit. Ni de manifester un quelconque intérêt pour la mienne. C’était d’un irritant…

Célestine, ma petite amie de l’époque, les dénigrait tant et plus.
– Je les sens pas, ces filles ! Elles ont quelque chose de faux.
Emma surtout lui sortait par les yeux.
– Je suis sûre qu’elle saute sur tout ce qui bouge, celle-là. Et puis pour qui elle se prend ? C’est pas parce qu’elle travaille dans une parfumerie… C’est à la portée de n’importe qui de faire la vendeuse. Il y a vraiment pas de quoi pavoiser.
Quant à Manon…
– Ce genre de pseudo intello qui se la pète ! Études de psycho, tu parles ! Il y a longtemps que tout le monde sait que c’est du vent, la psycho. Et que ça mène à rien. En plus !
Elle pressentait un danger. À juste titre. Parce qu’elles m’émoustillaient, ces deux filles. De plus en plus. Un danger d’autant plus redoutable à ses yeux qu’elle poursuivait ses études à Paris, que c’était loin Paris, qu’on ne se voyait que le week-end tous les deux… Et encore pas toujours ! Elles avaient donc le champ libre, ces voisines. Et Célestine craignait le pire.
– Ce serait bien le style à vouloir te mettre le grappin dessus, ces deux-là !
C'était aussi l'avis de ma petite sœur, Camille, qui, du haut de ses dix-huit ans, a tranché.
– C'est des nids à histoires n'importe comment, ces filles. C'est à fuir comme la peste.

En août, elles sont allées toutes les trois, la mère et ses deux filles, passer une semaine de vacances au Grau-du-roi.
– Si ça vous ennuyait pas, si c’était pas trop vous demander d’aller nourrir le chat ? Et de m’arroser les plantes vertes ?
– Bien sûr ! Bien sûr ! Raphaël ira. Ça l’occupera. Il est en vacances.
Et je me suis, avec la bénédiction de madame Beauchêne, faufilé le cœur battant dans leur univers.
J’ai poussé la porte de la chambre d’Emma. Sur le lit une peluche de Minnie était profondément endormie. Les murs étaient tapissés de photos. Photos d’elle. Riant aux éclats. Plongeant debout, en se pinçant le nez, dans une piscine. Photos d’inconnus. Photos de boîte de nuit. Photos. Photos. Des centaines de photos. Sur une étagère trônaient toutes sortes de bibelots que j’ai examinés, les uns après les autres, avec curiosité.
Chez Manon, c’était plus austère. Des livres. Beaucoup de livres. Des revues, jetées en vrac un peu partout. Un grand poster de Freud. Et une vitrine tout entière consacrée aux États-Unis. Drapeaux. Cartes. Statue de la Liberté. Taxi modèle réduit.

Les jours suivants, je me suis enhardi. J’ai ouvert leurs placards, visité leur dressing, voluptueusement plongé les mains dans leurs tiroirs à sous-vêtements que j’ai laissés interminablement couler entre mes doigts.
Je me suis longuement attardé dans la salle de bains. Elles y avaient été nues. Elles y seraient encore nues. J’ai fermé les yeux. J’ai imaginé l’eau ruisselant sur leurs corps, leurs mains dessus, leurs fesses, leurs seins. Je me suis éternisé en leur compagnie.
Quand j’en suis sorti, mon regard s’est machinalement porté sur la fenêtre. Et sur le store. Qui était baissé. Je suis revenu sur mes pas. Je l’ai relevé. Examiné. Il aurait suffi de deux petits bouts de règle glissés, de chaque côté, dans la rainure pour l’empêcher de descendre tout-à-fait. Deux centimètres. Deux tout petits centimètres à peine. Et j’aurais une vue imprenable sur tout ce qui se passait dans cette salle de bains.

Le lendemain, c’était fait.