mercredi 20 juin 2018

Prisonnier des Cythriennes (9)


Je suis brutalement tiré de mon sommeil par tout un remue-ménage au cœur de la nuit. Des cris. Des hurlements. Des claquements de fouet.
Alrich se redresse sur son lit, allume.
– Qu’est-ce qu’il se passe ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?
Ça se rapproche.
– Sortez ! Sortez des cellules ! Les mains sur la tête. Allez !
Se rapproche encore.
– Elles ont l’air furieuses.
– Elles ont pas l’air. Elles le sont.
Elles font brutalement irruption dans notre cellule.
– Debout ! Et on se dépêche ! Dehors !
Elles nous gratifient, au passage, l’un et l’autre, d’une bonne cinglée sur les cuisses.
– Vous restez là. Vous bougez pas.
Près de la porte. Mains sur la tête. Comme les autres. Comme tous les autres.
On les entend s’activer à l’intérieur. Vider sans ménagement les placards. Renverser les lits.
– Mais qu’est-ce qu’elles cherchent ?
Alrich a un haussement d’épaules d’ignorance désabusée.

On nous rassemble au bout du couloir.
– Allez, en route !
– Mais elles nous emmènent où comme ça ?
Derrière, Gamelot veut faire de l’humour.
– Au réfectoire, sûrement. Deux heures du matin. Il commence à faire faim.
Ce qui lui vaut aussitôt une dizaine de cinglées particulièrement appuyées.
– On la ferme.
L’escalier B. La cour. Elles nous y font mettre en rangs. Toujours les mains sur la tête.
– Et on ne bouge pas.
Elles ne nous quittent pas des yeux.
Yrvert me pousse légèrement du coude.
– Il y en a deux qui se sont fait la malle. C’est pour ça, tout ce cirque.
– Qui ?
– On sait pas.
Je fais, à mon tour, discrètement passer l’info à Alrich.

Elles nous laissent longtemps dans cette position. Une heure. Deux. Peut-être trois. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai totalement perdu la notion du temps. Il nous est formellement interdit de bouger. Le moindre mouvement se paie cash. Tous mes membres se sont, les uns après les autres, engourdis. La nuit de juin est inhabituellement froide. Je grelotte. On grelotte
Il finit par apparaître des lumières sur la droite. Un groupe. Des Cythriennes. De grosses huiles. Des projecteurs s’allument, nous aveuglent. Elles nous passent lentement en revue, nous tiennent longuement sous leurs regards. Et puis une voix forte s’élève, celle d’une cythrienne vêtue d’une longue tunique rouge.
– Il y a des complicités parmi vous. Nous le savons.
Elle marque un long temps d’arrêt.
– J’attends que les coupables se dénoncent.
Un autre.
– Vous avez trente secondes.
Personne ne pipe mot.
– Très bien. Vous l’aurez voulu.
Et elles s’éclipsent.

Les gardiennes nous ramènent dans nos cellules.
– Ce champ de bataille !
On remet nos matelas en place.
– Quant au reste, on verra demain.
On a à peine le temps de se glisser entre les draps qu’elles surgissent à nouveau, qu’elles nous les arrachent, que les fouets s’abattent.
– Vous rangez tout ça. Vous dormirez après.

Dans le car qui nous emmène au stade tout le monde est plus ou moins amorphe.
– Deux heures de sommeil ! Et encore ! Ah, ça va être beau à l’entraînement !
Elles passent et repassent dans le couloir central pour nous empêcher de nous endormir.
Là-bas, on est accueillis par des huées.
– Qu’est-ce qui leur prend ?
– À tous les coups, c’est à cause des deux évadés de cette nuit.
– Dont on sait d’ailleurs toujours pas qui c’est.
– Des types d’un autre groupe, sûrement. On est tellement nombreux à l’amillon trois.
Plus on approche et plus les cris se font hargneux, les vociférations agressives.
– On n’y est pour rien, nous, s’il y en a qui se sont barrés.
– Va leur expliquer…

Je saute et resaute. Dans un semi-brouillard. Pour des résultats pitoyables.
– Mais qu’est-ce t’as, aujourd’hui ?
J’essaie d’expliquer. La nuit sans sommeil. La longue immobilité tétanisante dans le froid.
Elle hausse furieusement les épaules.
– Prétextes ! Dégage, tiens, tu m’agaces…
Je prends, tête basse, la direction des douches. Aussi discrètement que possible.
Une femme au sourire carnassier m’aborde devant la porte.
– Tu me reconnais pas ?
– Si !
C’est celle qui, le jour de la générale, avait espéré pouvoir me fouetter.
– Mais tu ne t’es pas montré très coopératif.
Je bafouille lamentablement quelque chose à propos d’entraînement, de résultats, des jeux pancythriens qui approchent.
Elle hausse les épaules.
– Oh, mais tu vas avoir droit à une petite séance de rattrapage. Viens !
À l’entrée, les gardiennes nous arrêtent.
– On ne passe pas.
Elle leur brandit sous le nez une carte barrée de jaune et de vert.
Elles s’écartent aussitôt.
– Excusez-nous ! Allez-y !

On est seuls.
– Tu t’es mis Vassilène à dos.
– Moi ?
– Toi, oui ! Parce que voilà une dirigeante – et une des plus haut placées – qui a la bonté de jeter son dévolu sur toi. Qui, en attendant de pouvoir te prendre à son service, t’offre généreusement des cours de cythrien. Et toi, en guise de remerciement, tu trouves rien de mieux à faire que de te laisser embrigader par Korka.
– Mais non, mais…
– C’est pas vrai, peut-être ?
– On m’a pas demandé mon avis. On m’a emmené. J’ai obéi. Le moyen de faire autrement ?
– Oui, ben ça, tu tâcheras d’en trouver un, de moyen. Et vite. Parce que, sinon, tu risques d’aller au-devant de très très gros ennuis.
J’essaie de discuter. Elle me fait sèchement taire.
– En attendant, on va t’offrir un petit acompte.
Elle extirpe un martinet de sa tunique.
– Tu vas danser, mon garçon ! Et tâche de faire ça bien. Vassilène te regarde.
Je danse. Longtemps. Et de plus en plus haut.

mercredi 13 juin 2018

Prisonnier des Cythriennes (8)


Du plus loin qu’elles m’aperçoivent, Varine et Marla se précipitent à ma rencontre.
– Ah, te v’là ! On commençait à se dire que tu viendrais pas.
Les gardiennes font claquer leurs fouets.
– Oh, on se calme, sinon…
Nous repoussent, à petits coups de lanière sur les mollets, jusqu’à l’entrée de la salle de classe.
Les yeux de Marla plongent dans les miens.
– Comment on y a pensé à toi ! Si tu savais…
Glissent le long de mon torse, descendent.
Varine confirme.
– C’est tout le temps qu’on parle de toi. Sans arrêt. Dès qu’on peut.
Leurs regards vont et viennent sur moi. Partout. S’accrochent ici. S’attardent là. Me dévorent à qui mieux mieux.
Je me repais d’elles, moi aussi, tout mon saoul. De la brune. De la blonde. Ouvertement. Avec délectation.
Marla soupire.
– C’est de la torture ! Parce qu’attends, ça fait des mois et des mois qu’on n’a pas vu un mec. Même de loin. C’est tout juste si on se rappelle comment c’est fait. Et, d’un seul coup, on nous en balance un dans les pattes, comme ça, avec interdiction d’y toucher.
Varine la reprend.
– Ça, on n’en sait rien du tout si on a le droit ou pas.
– Ce qu’est encore pire.
Je pense à Jartège. Je pense à Guizwa. À ce qu’on attend de moi là-bas.
– Il y a des cas où c’est autorisé les assujettis entre eux. Où c’est même carrément organisé. De façon tout-à-fait légale.
Oui, elles savent. Elles ont entendu des tas de trucs là-dessus. Vrais ou faux d’ailleurs. Mais ce qui se passe ailleurs, c’est pas ça, la question. L’important, c’est ici. Maintenant. Elles. Nous.
– Il y a des filles qui disent qu’on nous tend un piège. Qu’ils sont sûrs, en haut lieu, qu’on résistera pas. Qu’on va craquer. Et que ce sera le prétexte pour nous virer aussi sec des SIB. Mais il y en a d’autres, par contre qui pensent que c’est tout le contraire, qu’il y a, quelque part, une dirigeante, une grosse huile, qu’a envie de se rincer l’œil. Et qui doit vraiment pas apprécier qu’on fasse traîner les choses en longueur.
– À moins encore que son plaisir, ce soit de nous regarder nous tourner autour sans savoir sur quel pied danser. De jouir de notre frustration.
Elles n’avaient pas envisagé les choses sous cet angle-là.
– Ça se tient. Mais on n’est pas plus avancées pour autant. Au contraire. Ça complique un peu plus.
– En tout cas, il y a forcément anguille sous roche. On nous laisse du temps ensemble. Elle mettrait pas systématiquement dix plombes pour arriver, sinon, la prof de cythrien.
Oui, ben justement, ce qu’elle voudrait bien savoir, elle, Marla, c’est laquelle c’est d’anguille.
– Parce que si j’étais sûre que ce soit la bonne, comment je te sauterais dessus. Et ton machin, là, qu’arrête pas de pointer, de façon éhontée, vers là où il a envie de rentrer, il aurait intérêt à se montrer opérationnel. Parce que sinon…
– Sinon, quoi ?
Du bruit dans le couloir. Je me retourne. M’avance un peu, dos à elles.
– Wouah ! Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?
– Devinez !
– Comment elles t’ont arrangé ! Qu’est-ce t’avais fait ?
– Des fois, ça tombe sans la moindre raison.
– Oui, ça, on sait. On connaît.
Un doigt m’effleure le dos, s’enhardit, épouse au plus près le contour des boursouflures. Un autre le rejoint. Me parcourt.
– Oh là là, mon pauvre ! Comment tu dois avoir mal !
Elles descendent. Les reins. Le bas du dos.
Les gardiennes s’approchent. S’esclaffent. Commentent bruyamment. Avec des mots que l’on ne comprend pas.
Le haut de la fesse. Plus bas. Encore plus bas. La pression se fait plus forte. Plus insistante.
Les rires des gardiennes aussi.
On s’enhardit. On s’insinue dans la rainure entre les fesses. On la dégringole. On s’aventure de l’autre côté. On me frôle les boules. On s’en éloigne. On y revient résolument. On s’en empare. Une main se referme sur elles.
Et puis, soudain, la voix de Varine.
– Arrête, Marla, arrête ! On sait pas. C’est trop dangereux. T’imagines les conséquences ?
Marla bat en retraite en maugréant.

La prof sourit. Elle ne cesse pas de sourire. Et d’écrire au tableau.
Ses fesses sont amples. Charnues. D’un blanc insolent. Je me laisse rêver dessus.
– Vous avez compris ?
– Hein ? Quoi ? Non. Rien du tout.
Les deux filles non plus.
Elle soupire.
– Vous n’êtes pas attentifs.
– Ah, si, si ! Très.
Elle hausse les épaules. Recommence.

Surgit la femme en gris de la semaine précédente.
– Alors comment ça se passe ici ? Bien ?
La prof arbore une mine ravie.
– Oh, oui ! Ils sont très appliqués.
– Eh bien, on va voir.
Elle efface les signes qui sont au tableau, les remplace par d’autres.
– C’est quoi, ça ?
On n’en sait rien du tout.
– Et ça ?
Non plus.
– Vous filez un mauvais coton. Un très mauvais coton.
Elle nous fait agenouiller au pied du tableau.
– Toi aussi, Galberte. Tu es aussi coupable qu’eux.
La prof ne proteste pas. Elle vient nous rejoindre sans un mot.
Un ordre claque sèchement. En cythrien.
Les gardiennes sont aussitôt derrière nous. Les fouets s’abattent. Nos gémissements s’entremêlent. Nos plaintes se conjuguent. Marla me prend la main. La serre de toutes ses forces. Varine aussi, de l’autre côté.
Ça s’arrête enfin.
– Là ! Et maintenant vous vous remettez au travail. Sérieusement, cette fois. Sinon…
On regagne nos places en toute hâte.

– Mouais !
Alrich me considère d’un air perplexe.
– Je le sens pas ton truc, mais alors là, pas du tout.
– Comment ça ?
– Tu les connais pas, ces filles. Tu sais pas ce qu’il y a derrière tout ça. Peut-être qu’on leur a confié pour mission de te mettre en confiance.
– Mais dans quel but ?
– Ben, justement, toute la question est là.

mercredi 6 juin 2018

Prisonnier des Cythriennes (7)


Deux gardiennes inconnues m’extirpent de ma cellule, m’entraînent dans la cour, m’enfournent sans ménagement dans une voiture dont elles viennent occuper la banquette arrière avec moi. Une de chaque côté.
On s’engage dans la direction opposée à celle qui mène au stade. Les maisons y sont beaucoup plus cossues que de l’autre côté, nichées au cœur de jardins somptueux. C’est dans l’allée d’un véritable petit château qu’on finit par s’engager. Jusqu’au pied d’un perron monumental en haut duquel mes gardiennes me remettent entre les mains d’une assujettie, nue elle aussi, qui m’accompagne à l’intérieur, me fait entrer dans une salle immense dont les grandes baies vitrées donnent sur un parc orné de massifs soigneusement taillés, d’arbres majestueux, de bassins dont les jets d’eau s’élèvent très haut dans les airs.
Assise derrière un bureau, tout de blanc vêtue, une femme écrit. Elle ne lève pas la tête, continue imperturbablement à écrire. On attend. Un quart d’heure. Une demi-heure. Une heure. Je toussote. Je me dandine d’un pied sur l’autre. Elle m’ignore superbement. Elle nous ignore superbement.
Et puis, d’un coup.
– Qu’est-ce que tu veux ?
L’assujettie me pousse du coude.
– C’est à toi qu’elle parle. Réponds !
– Mais rien. Je sais pas. On m’a amené là. On m’a rien dit.
Elle hausse furieusement les épaules.
– Emmène ce crétin, Guizwa. Occupe-toi de lui.
Guizwa me fait signe de la suivre.
– Viens ! Par ici ! Viens !
Une minuscule petite pièce au fin fond d’un couloir.
– On sera tranquilles là. Il vient jamais personne. Mais assieds-toi ! Reste pas planté comme ça. Bon, ben voilà ! Tu viens de faire la connaissance de Jartège. Ça surprend, hein ?
– Oui et non. Je m’attends toujours un peu à tout, moi, ici.
– C’est un air qu’elle se donne comme ça. Pour impressionner. Prendre le dessus. Surtout que c’était la première fois qu’elle te voyait. Mais c’est quelqu’un de très humain en réalité. Ce que t’auras l’occasion de constater par toi-même. Si on te garde, évidemment… Si tu fais l’affaire…
– Je comprends pas grand-chose. On me veut quoi au juste ?
– Bon… Alors que je t’explique ! Ici, c’est chez Korka, l’une des dirigeantes les plus haut placées de l’amillon trois. Jartège, c’est quelque chose comme son intendante. À elle de gérer pour que tout se passe au mieux. Sur tous les plans. Quant à moi, je suis, pour ainsi dire, la chef des assujettis. Quatorze en tout. Que des femmes. Pour le moment. Mon rôle consiste essentiellement à répartir les tâches entre elles. Ménage. Cuisine. Service à table. Entretien des extérieurs. Etc. Il y a beaucoup à faire. Je dois veiller à ce que le travail soit correctement effectué, dans les délais, et à apaiser les tensions qui ne manquent pas de surgir, pour un oui ou un non, entre les unes et les autres. Il ne peut pas être autrement : des femmes confinées entre elles, à longueur de temps, sans jamais l’ombre d’un homme à l’horizon, comment tu veux qu’elles soient pas à cran ? Qu’elles ne deviennent pas querelleuses et aigries ? Pour Jartège, il y a pas trente-six mille solutions : il faut qu’elles aillent de temps à autre au mâle. Mais pas dans n’importe quelles conditions. Ce doit être perçu comme une récompense. À laquelle elles vont aspirer de tout leur être. Qui va créer entre elles une saine émulation dont leur travail ne manquera pas de se ressentir. Korka, après s’être longtemps fait tirer l’oreille, a fini par donner son accord pour qu’on fasse venir un assujetti mâle. Un seul, pour commencer. Si l’expérience s’avère concluante, il sera toujours temps de s’en procurer d’autres. Le choix, pour toutes sortes de raisons, s’est porté sur toi. Il ne te reste plus qu’à te montrer à la hauteur. À faire tout ton possible pour qu’on te garde. Dans ton intérêt. Parce qu’être SIB, ça n’a qu’un temps. Il y a un après. Et l’après, à toi de voir : ou passer tes journées sur les chantiers à manier la pelle et la pioche ou les passer à tirer allègrement ton coup.
– C’est tout vu. Mais alors faut que je fasse quoi au juste ?
– Je viens de te le dire. S’agira pour toi de tirer ton coup. Avec celle que je te désignerai. C’est quand même pas trop compliqué, si ?
– Ça va. Normalement, je devrais savoir faire.
– Il vaut mieux. Et, dans ton intérêt, tâche d’éviter les pannes. On aurait tôt fait de te remplacer. Bon, mais allez, viens ! Il est temps que tu fasses connaissance avec tes camarades de jeu.

Des couloirs. Des escaliers. Encore des couloirs. La porte de ce qui semble être une grande cuisine. Une jeune assujettie, penchée, nue, au-dessus d’un immense chaudron, lève la tête, écarquille les yeux.
– Oh, un couillu ! C’est pas vrai ! Un couillu…
Aussitôt, de partout et de nulle part, surgissent une foule d’assujetties qui nous entourent en piaillant à qui mieux mieux.
Guizwa les maintient à distance.
– On regarde, mais on touche pas.
– C’est lui ? C’est celui que vous avez dit qui va nous… C’est lui ?
Elle fait signe que oui. De la tête. Oui.
– Il est pas mal, n’empêche !
– Plus que pas mal, moi, j’trouve !
– Carrément canon, oui !
– De toute façon, moi, ça fait deux ans que j’ai pas vu le loup. Alors même que ce serait Quasimodo, je prendrais. Je prends tout.
– C’est quand qu’on commence ? Maintenant ? Tout de suite ?
– Sûrement pas, non.
– Oh, allez, Guizwa, va ! Regarde ! Il bande. On peut quand même pas le laisser comme ça… Ce serait trop cruel.
– J’ai dit non.
– Ce sera quand alors ?
– Samedi. Et il sera pour celle qui l’aura mérité.
– Moi, alors !
– T’as qu’à y croire. Non, moi !
– Je verrai. Retournez travailler.
– On peut pas toucher un peu avant ? Juste un peu.
– Oui. Ça nous motiverait comme ça pour bosser.
– Filez, j’ai dit !
Et elle se dirige résolument vers la porte. Je lui emboîte le pas. Derrière son dos, quatre ou cinq mains m’effleurent les fesses, me les caressent discrètement.

– Voilà ! Tu sais à quoi t’attendre.
– Il y a pire.
– Ça, c’est sûr.
Quelque chose sonne sur son bureau. Elle se penche, lit, fronce les sourcils.
– Elles t’ont peloté les fesses quand on est sorties ?
– Un peu, oui. Certaines.
– Et t’as rien dit ?
– J’ai pas eu le temps. Ça a été tellement vite.
– Oui, ben, avec les caméras, Jartège, elle, elle a vu. Et on va y attraper. Tous les deux. Toi, pour t’être laissé faire et moi, pour m’être rendu compte de rien.
– Y attraper ?
– Une bonne cinglée. Faut pas que je te fasse un dessin ? Ben oui ! Fais pas cette tête-là ! J’ai beau être la chef là-dedans, je suis quand même une assujettie. Tout comme toi. Et Jartège ne manque pas une occasion de me le rappeler. Elle la rate d’autant moins qu’elle adore ça me voir fouetter. Bon, mais allez, on y va ! Plus vite ce sera fini…

mercredi 30 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (6)


Le même car. Le même itinéraire. Les mêmes gardiennes. Les mêmes rues claires et dégagées. Les mêmes magasins illuminés. Les mêmes coquettes petites maisons dans lesquelles il doit faire si bon vivre. Pourquoi ici ? Pourquoi elles ? Les larmes me montent aux yeux. Je m’efforce, tant bien que mal, de les retenir.

Et le même stade.
Un car vient se garer à côté du nôtre. Deux autres encore.
Gamelot fait la grimace.
– Et zut ! C’est une générale.
– Ce qui veut dire ?
– Que, contrairement à ce qui se passe d’habitude, où on s’entraîne par petits groupes, tous les SIB qui défendent les couleurs de l’amillon trois vont être, aujourd’hui, confrontés les uns aux autres.
– Et ça change quoi ?
– Qu’il va pas faire bon perdre. Que ceux qui obtiendront les plus mauvais résultats, dans chaque discipline, le payeront cash. Ils se ramasseront sur le champ une mémorable fouettée.
– Et voilà pourquoi elles sont si nombreuses aujourd’hui.
Trois à quatre mille, au moins, entassées dans les gradins. À faire tout un brouhaha.
– T’as tout compris. D’autant qu’un jour de générale, ce ne sont pas les gardiennes qui manient le fouet, mais des spectatrices tirées au sort. Alors tu penses bien que toutes celles qui le peuvent sont là. Des fois que la chance leur sourie…
– Elles tapent fort ?
– Ah, ça, je peux te dire qu’elles y mettent tout leur cœur. Vaut mille fois mieux avoir affaire aux gardiennes.
Un type s’est approché.
– Salut ! Toi aussi, c’est le saut en longueur à ce qu’il paraît ? Oui ? On est quatre alors. Et tu fais combien sans indiscrétion ?
– Sept mètres… Sept cinquante… Ça dépend.
Il fait la grimace.
– Et toi ?
Il ne répond pas. Il s’éloigne.

Le silence s’installe. D’un coup. Une Cythrienne, munie d’un micro, vient de grimper sur l’estrade de fortune qu’on a dressée face aux tribunes. Une autre plonge la main dans une urne, en retire un billet qu’elle lui tend.
– Kebasela !
Un cri de joie dans les gradins. Une fille blonde, d’une vingtaine d’années, dévale les marches à toute allure, escalade, tout aussi vite, celles du podium. On lui tend un fouet qu’elle fait claquer en l’air avec ravissement.
– Bathelare !
Une autre, plus âgée, la cinquantaine bien sonnée, mais tout aussi enthousiaste.
– Vadoline.
Des noms. Encore des noms. Des femmes. Des Cythriennes. Une dizaine. Des blondes. Des brunes. Des rousses. De tout âge. Qui parlent entre elles, volubiles. Qui rien aux éclats.
On les fait descendre. On les lâche parmi nous. Elles arpentent lentement la pelouse en brandissant leurs fouets, en menacent en riant celui-ci ou celui-là.
Il y en a une qui regarde dans ma direction, qui me montre aux autres du doigt. Elles viennent vers moi. Elles m’entourent.
– Je t’ai vu sauter, toi, l’autre jour !
Dans un français admirable. Quasiment sans accent.
Elle pose le bout de son fouet sur ma queue, l’y promène lentement. Les autres observent. Avec un intérêt soutenu. Et commentent. Dans leur langue. Avec force éclats de rire.
– Comment ça ballottait dans tous les sens tout ça quand tu courais ! C’était trop drôle. Qu’est-ce qu’on a ri !
La pointe du fouet se fait plus audacieuse.
– Avec un peu de chance, c’est toi qui vas y attraper tout à l’heure. Sûrement même ! Je m’occuperai personnellement de ton cas. Et je ferai en sorte que tu la pousses la chanson. Sur tous les tons. Alors ça, tu peux t’y attendre…
Elles s’éloignent dans un grand éclat de rire.

Sur la ligne de départ, « les quinze cents mètres » sont prêts à s’élancer. S’élancent effectivement sous les encouragements. Très vite, un grand brun se détache, prend sur les autres une confortable avance. Derrière, on joue des coudes à qui mieux mieux. Dans les gradins on s’agite, on tape des mains, on vocifère. Les coureurs s’égrènent, s’éparpillent tout au long de la piste. Très vite, il y en a deux qui sont irrémédiablement lâchés, suscitant, dans le public, rires et quolibets. Quand ils s’en approchent enfin, les autres ont depuis longtemps franchi la ligne d’arrivée. Ils n’en sprintent pas moins avec acharnement sous les hurlements de la foule. Le perdant – il s’en faut de quelques centimètres – est aussitôt pris en mains par deux des « heureuses élues », qui l’encadrent et le mènent, d’un pas décidé, jusqu’au podium. Elles l’y font agenouiller, face au public, et elles fouettent. À tour de rôle. En alternance. Elles fouettent. Un coup chacune. À toi. À moi. Ça s’inscrit, en longues traînées brunâtres, sur le dos, sur les fesses, sur les cuisses du malheureux. Les cris déchirants qu’il pousse ne les apitoient pas. On dirait, au contraire, qu’ils les stimulent : les claquées se font plus rapides, plus intenses.
Une gardienne me tombe littéralement dessus, manque me faire tomber d’une grande bourrade dans le dos.
– Qu’est-ce tu fabriques là, toi ? File au sautoir. Ça va être à vous.
C’est à nous. Je ne regarde pas les autres. Je les ignore. Je me concentre sur ce que j’ai à faire. Ma course d’élan. Mon pied d’appel. Plus rien d’autre ne compte. Il n’y a plus rien ni personne. Que moi.

Affalé sur son lit, Alrich gémit.
Les garces ! Non, mais quelles garces ! Dans quel état elles m’ont mis.
Faut reconnaître qu’elles y sont pas allées de main morte. Sur son dos, sur ses fesses, pas un coin de peau qui n’ait été labouré.
– Tu voudrais pas ?
– Quoi donc ?
– Dans mon armoire, il y a un grand tube de pommade. Si tu pouvais m’en passer, tu serais un amour.
Mes mains sur lui. Qui étalent. Qui massent. Délicatement. Le plus délicatement possible.
– Oh, putain, que ça fait du bien ! Je te revaudrai ça. Au centuple.
Il se détend, s’abandonne.
– Et toi ? T’es passé à travers, hein ! T’as fait quoi ?
– Deuxième. Et encore il s’en est fallu d’un cheveu que je ne termine premier. Cinq centimètres.
– Et en plus t’as une marge de progression. Tu viens d’arriver.
Il soupire.
– Ce qu’est malheureusement pas mon cas. Moi, je suis sur le descendoir.
– C’est une mauvaise passe. Ça va s’arranger.
– Je crois pas, non ! J’ai beau n’avoir que trente ans, il y a plein de petits signes qui ne trompent pas. Je récupère moins vite. J’ai moins de souffle. Mes jambes me lâchent par moments. Pas la peine que je me raconte des histoires. C’est ma dernière saison SIB. Après les Jeux, en septembre, je dégage. Si tu savais ce que j’appréhende !
Il se tait.
Ses fesses. Que je presse doucement. Entre lesquelles je me faufile. Il les écarte. Insensiblement. Plus franchement. Je m’y installe, m’approprie ses burnes. Que je malaxe. Que je fais rouler.
Il halète. Se retourne. M’attire vers lui. Vers sa queue raidie. Que je fais glisser entre mes lèvres. Dont j’enrobe le bout du bout de ma langue. Il gicle, presque aussitôt, les mains enfouies dans mes cheveux.

mercredi 23 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (5)

Alrich m’écoute avec infiniment d’attention.
– Et elles étaient à poil ?
– Complètement.
– La prof aussi ?
– Aussi…
– Oui. Alors un conseil ! Pas un mot là-dessus. À personne. Ou on te prendrait pour un gros mytho ou, pire, on te jalouserait à mort. Mets-toi à leur place aux mecs : déjà de savoir que tu bénéficies d’un régime de faveur, c’est pas facile à encaisser pour eux, mais alors s’ils apprennent que ça te donne l’occasion de côtoyer des nanas, et à poil ce qui plus est, ils vont devenir fous. Tu te rends compte que certains, il y a près de dix ans que ça leur est pas arrivé ?
– Ce que je comprends pas, c’est pourquoi moi ? Et comment on m’a sélectionné.
– Oh, alors ça, moi, je peux te le dire. Ça vient des douches du stade. Où il y a des caméras. Comme dans tous les coins et recoins ici. À cette différence près que celles-là sont directement reliées au domicile des dirigeantes qui, du coup, peuvent nous mater en toute tranquillité et en profitent, de temps à autre, pour faire leur marché. Elles sont en effet les seules Cythriennes à avoir le droit de disposer d’assujettis chez elles. À leur service. Mâles ou femelles, comme elles veulent. Ce sont elles qui font les lois. Alors elles les peaufinent à leur main. Pourquoi se gêner ? Et les SIB constituent bien évidemment un vivier de premier choix dans lequel il est très tentant, pour elles, de venir puiser. Sauf qu’elles ne vont pas avoir la stupidité de scier la branche sur laquelle elles sont assises : les jeux pancythriens, il est vital pour elles de les gagner. Alors le type sur lequel une dirigeante jette son dévolu, elle le laisse s’entraîner et concourir. Jusqu’à ce qu’il ne soit plus en état de le faire. Elle se contente, dans un premier temps, d’exercer sur lui une sorte de droit de préemption et de commencer à le modeler, par petites touches, en fonction des intentions qu’elle nourrit à son égard.
– Oui. Alors moi, c’est sûrement secrétaire qu’on me veut. Quelque chose comme ça. S’il faut que j’apprenne le cythrien…
– J’en mettrais pas ma main au feu. C’est pas que je te sous-estime, mais une nana qui choisit un mec en le voyant sous la douche, c’est pas en fonction de ses qualités intellectuelles qu’elle se détermine. Fût-elle dirigeante. Non, moi, je croirais plutôt qu’elle a une idée derrière la tête et que l’apprentissage de la langue, c’est juste un alibi.
– Quelle idée ?
– Alors ça ! Avec elles, pour savoir ! Par contre, j’aurais tendance à penser que c’est de Vassilène que t’as retenu l’attention.
– Qui c’est celle-là ? Et pourquoi elle ?
– Il y en a eu pas mal des types qui ont éveillé, comme ça, l’intérêt des dirigeantes, mais, jusqu’à présent, il n’y en a que trois qui se sont vu offrir des cours de cythrien et, chaque fois, quand ils ont quitté les SIB, ce sont les gardes de Vassilène qui sont venues les chercher. Alors ! Par contre, aucun n’a jamais évoqué la présence de la moindre nana. C’est ce qui me rend perplexe.
– Tu le parles, toi, le cythrien.
– Oui, oh, disons que je me débrouille.
– Tu l’as appris comment ?
– Sur le tas. Ça fera sept ans le mois prochain que je suis là. Sans doute plus pour très longtemps. La course de fond, ça use. Et il y a des jeunes qui poussent derrière. Mais toi, donne tout ce que t’as à l’entraînement, hein, surtout ! N’encours pas le moindre reproche. Ta « patronne » sauterait sur l’occasion. T’y trouverais peut-être ton compte. Et puis peut-être pas. Mais, en ce qui me concerne, je tiens pas du tout à ce que tu nous quittes prématurément.
Il se lève, s’approche de mon lit.
– Tu me manquerais, tu sais !
S’y allonge à mes côtés. M’y entoure le torse de son bras. Sa queue durcit contre mon flanc.
– Celles dont il faut surtout que tu te méfies maintenant, ce sont les gardiennes. Parce que ça les déstabilise complètement ce genre de situation. D’un côté, elles détestent qu’un de leurs assujettis bénéficie d’un quelconque passe-droit. Ça leur ôte un peu de leur pouvoir sur lui et elles crèvent d’envie de le lui faire payer. Mais, de l’autre, elles ne tiennent absolument pas à s’attirer les foudres de quelque grosse huile que ce soit. Alors elles naviguent à vue. Avec tous les risques que cela peut comporter pour toi.
Il me caresse le ventre du bout du pouce. Descend. Descend encore.
– J’adore ta bite.
Il la sollicite. Joue distraitement avec.
– Si tu me parlais un peu de toi… De ce que tu faisais avant… Là-bas…
– Qu’est-ce tu voulais que je fasse ? Rien de spécial. Comme tout le monde. J’essayais de trouver à bouffer. De quoi me chauffer. De survivre, quoi !
– Avec ta belle petite gueule d’amour, tu devais avoir un sacré succès auprès des nanas, non ?
– Disons que je me défendais.
– Et auprès des mecs.
– Ça, j’y faisais pas spécialement attention. J’avais rien contre, mais c’était pas mon truc.
– Moi non plus. Mais ici ça l’est devenu. Par la force des choses. T’as pas trop le choix. Et tu finis par y prendre goût.
– J’ai l’impression, oui…
– Toi, ça te posera pas vraiment de problème. Je te regarde faire sous la douche. Tu te laisses caresser, branler. T’y prends du plaisir, c’est clair.
Il se fait plus précis. Imprime à ma queue un doux mouvement de va-et-vient.
– T’auras pas de mal à aller plus loin du coup. Beaucoup plus loin. Moi, par contre, c’était pas gagné. J’étais bourré de préjugés et de réticences par rapport à ça. Pas question qu’un type m’approche d’un peu trop près au début. Ah, non alors ! Heureusement que personne m’a obligé à quoi que ce soit. Je me serais définitivement bloqué. Tout doucement c’est venu. À force de le voir faire autour de moi. De baigner dans le climat. Mais une fois que j’ai été lancé ! Complètement acharné je suis devenu. Tu peux pas savoir le pied que tu prends quand t’éclates bien serré dans un mec ou que tu sens son plaisir se répandre en toi, que chaque saccade s’y répercute à l’infini. Tu verras… Te précipite pas… Prends ton temps, mais tu verras…
Il se serre plus fort contre ma cuisse. Sa queue y palpite, tendue à l’extrême.
– Je dis pas que pour autant… Si, par miracle, je sors un jour d’ici, la première chose que je ferai, avant n’importe quoi d’autre, c’est aller m’offrir une orgie de nanas. À m’en épuiser. Alors là faut qu’elles s’y attendent, mais c’est pas pour autant que je renoncerai aux mecs. Ah, non, alors ! S’il y a quelque chose qu’est hors de question maintenant, c’est bien ça.
Il me branle un peu plus vite. De plus en plus vite.
– Non. Attends !
Je me tourne vers lui. Je lui fais face. Nos jambes s’entremêlent. Nos bites se collent l’une à l’autre. Sa main se pose sur mes reins, s’y promène doucement. S’insinue dans le sillon entre les fesses, s’y installe. Descend. Plus bas. Encore plus bas. Un doigt vient me solliciter, tente patiemment de m’ouvrir, y parvient. Se glisse en moi. Mon plaisir surgit brusquement contre sa queue, l’inonde. Et puis le sien, presque aussitôt, à grandes secousses échevelées.
On ne bouge pas. On reste encastrés l’un à l’autre.

mercredi 16 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (4)

Deux gardiennes inconnues font brusquement irruption dans notre cellule.
– Lequel des deux est Hervain Louquart ? Toi ? Alors tu viens avec nous.
Elles m’emmènent. Un dédale de couloirs. Des cours. Des escaliers. Encore des couloirs. Une petite salle.
– Entre là-dedans !
Un tableau. Un bureau Quelques chaises. Je me laisse tomber sur l’une d’entre elles.
Un grand coup de fouet me zèbre les cuisses.
– Quelqu’un t’a dit de t’asseoir ?
Je me lève d’un bond.
– Non. Non. Personne.
– Et il répond en plus !
Une autre cinglée. Sur les fesses cette fois.

Des voix dans le couloir. Des pas. Qui se rapprochent. De plus en plus près. On entre. Deux femmes. Poussées par d’autres gardiennes. Deux femmes jeunes. Dans les vingt-cinq ans. Quelque chose comme ça. Et nues, elles aussi. Complètement nues. En m’apercevant, elles poussent un petit cri de surprise et essaient d’instinct, tant bien que mal, de se dissimuler. De leurs bras, maladroitement plaqués contre leurs seins. De leurs mains ramenées en coquilles devant leurs chattes.
Le fouet s’abat. Elles hurlent. Et renoncent à camoufler quoi que ce soit.
Les gardiennes rient, échangent quelques mots dans leur langue, s’esclaffent de plus belle. Disparaissent dans le couloir.
Elles n’y comprennent rien.
– Qu’est-ce qu’on fait là ?
Je n’en sais pas plus qu’elles.
– Et pourquoi nous ? Qu’est-ce qu’on nous veut ?
Je hausse les épaules.
– On verra bien. Ici, n’importe comment, on peut s’attendre à tout.
Ah, ça, là-dessus, elles sont bien d’accord avec moi.
– Bon, mais si on faisait un peu connaissance ? Tant qu’à être là. Alors moi, c’est Hervain. Et vous ?  La brune, c’est Varine. Et la blonde, c’est Marla. Elles sont SIB, elles aussi. Quatre cents mètres pour l’une, cent dix mètres haies pour l’autre.
– Après vous, on s’entraîne. Une fois que vous êtes partis. C’est pour ça, c’est complètement incompréhensible : elles font tout ce qu’elles peuvent, à longueur de temps, pour qu’on soit pas ensemble et aujourd’hui…
– Il doit bien y avoir une explication.
Oui, mais on sait pas laquelle. On voit pas.
Elles sont nues. Et j’ai beau faire tous mes efforts pour m’obliger à regarder ailleurs, je n’y parviens pas. Mes yeux reviennent obstinément se poser sur elles. Sur leurs seins : ceux de Marla sont tout menus avec une vaste aréole qui s’y étend tout à son aise. Quant à Varine, elle les a amples et généreux, fermes et rebondis. Mais c’est surtout leurs chattes qui me fascinent. Elles sont à nu. Rasées de frais. Tout juste subsiste-t-il, au-dessus, un minuscule échantillon de toison. Presque transparent et tout frisottant pour l’une. D’un noir profond pour l’autre.
Ça grimpe. Je n’y peux rien. Ça grimpe de plus en plus. Je bande. Je bande tant que je peux. Je bande comme un fou.
– Je suis désolé. C’est parce que…
Varine ne me laisse pas finir.
– On sait bien pourquoi. On n’est pas idiotes. T’as pas à être désolé. T’as pas besoin d’expliquer non plus. T’as pas eu de nana depuis des semaines, hein ? T’en as même pas vu non plus, si ça se trouve.
– À part les gardiennes…
– Vous, vous avez au moins ça. Nous, même pas. Parce que c’est aussi des femmes nos gardiennes. On est qu’entre nanas. Partout. Toujours. C’est d’un déprimant ! Depuis six mois qu’on est là, t’es le premier mec qu’on rencontre. Alors je vais être franche avec toi : que tu bandes, et pour nous en plus, c’est sûrement pas le truc dont on va se plaindre.
Elle me jette un coup d’œil en bas. S’enhardit. Un autre, plus appuyé. Elle finit par délibérément s’installer. Moi aussi. On se contemple. On se laisse se contempler. Tous les trois. Je me gorge d’elles. Comme un meurt-de-faim. De leurs seins. Je cours des uns aux autres. Les petits de la blonde, si mignons. Les orgueilleux de la brune, si émouvants. Sans pouvoir m’arrêter. Je me délecte de leurs petits fendus impudiquement offerts. Complètement à découvert.
Varine précise.
– C’est les gardiennes. qui nous obligent à les avoir comme ça. Même que c’est elles qui nous le font. Et elles aiment ça. Et elles en profitent. Tu penses bien que c’est pas pour rien qu’elles ont choisi ce boulot !

Du bruit dans le couloir. Une voix. Autoritaire. Déterminée. On entre. Une Cythrienne. Tout de gris vêtue.
– Alors, c’est eux !
La gardienne confirme, d’une petite voix obséquieuse.
– C’est bien eux, oui ! Toutes les vérifications ont été faites.
– Alors écoutez-moi, vous trois !
Elle nous regarde à peine.
– En tant que SIB, vous êtes en situation d’extrême précarité. On peut estimer demain que vos performances ne sont pas à la hauteur des espoirs qu’on avait placés en vous. Ou bien de nouvelles recrues peuvent s’avérer meilleures et vous supplanter. De toute façon, vous vieillissez et que vous fassiez encore l’affaire au-delà de trente ans relèverait du miracle. Être alors reversé au « tout-venant » constitue une épreuve redoutable à laquelle certains ne survivent pas. Toutefois, en ce qui vous concerne, on a bien voulu, en haut lieu, se pencher avec bienveillance sur votre situation et on a décidé de vous conférer, quand les échéances seront là, un statut spécial. C’est une immense faveur dont j’espère que vous saurez vous montrer dignes.
On certifie que oui. Oui. Tous les trois. À grand renfort de hochements de tête convaincus. On ne sait pas de quoi il retourne au juste, mais oui. Oui.
– Parfait ! Alors pour commencer… Pour vous préparer à votre nouvelle situation…
Elle appelle. D’une voix forte.
– Galberte !
Apparaît aussitôt une femme d’une cinquantaine d’années. Entièrement nue. Rasée elle aussi. Qui nous gratifie d’un large sourire.
– Vous allez apprendre le cythrien. Voici votre professeur. Au travail ! Je vous laisse…
Et elle referme la porte sur elle.
La professeure sourit. Elle ne cesse pas de sourire.
– Je suis une assujettie. Tout comme vous.
Oui, ben ça on se doute. On voit. Et on veut savoir
– C’est quoi ce statut spécial ? Ça consiste en quoi ?
Elle n’en sait rien. Strictement rien. Et ne cherche pas à savoir. On lui a fait comprendre qu’elle avait tout intérêt à ne pas se montrer trop curieuse si elle ne voulait pas qu’on la reverse, elle aussi, dans le « tout-venant ».
– Et je me le tiens pour dit. D’autant que j’ai, moi une autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête : si mes élèves ne font pas de rapides progrès en cythrien…
On n’insiste pas.
– Bon. Alors d’abord… l’alphabet.

mercredi 9 mai 2018

Prisonnier des Cythriennes (3)

La voix d’Alrich me parvient de très loin comme assourdie. D’au-delà du sommeil.
– Hervain ! Réveille-toi, bon sang ! Lève-toi !
Il insiste, me secoue tant et plus.
– C’est Alvita et Parveille, les gardiennes ce matin. Et si elles te trouvent encore au lit. Allez, debout ! Oh, et puis zut ! Tu fais bien comme tu veux.
Les couvertures brusquement arrachées. Rabattues jusqu’au pied du lit. Les deux gardiennes. Leurs cravaches s’abattent à pleines cuisses. Je me retourne sur le ventre. Ça continue à cingler. Je crie. Ça ne s’arrête pas. Une quinzaine de coups. Une vingtaine. Des mots que je ne comprends pas. Un répit. Je me jette hors du lit. Encore des mots. Elles sont furieuses. Elles me tournent le dos. Elles s’en vont.
– Je t’avais prévenu…
– Qu’est-ce qu’elles racontaient dans leur charabia ?
– Que quand c’est l’heure, c’est l’heure. Que là, c’était juste un échantillon, mais que la prochaine fois, t’aurais droit à une correction en règle.
– Ben, qu’est-ce ça doit être !
– Je te le fais pas dire. Un conseil : tiens-toi à carreau à l’entraînement tout à l’heure. Parce que maintenant elles vont t’avoir à l’œil.

– Bon… On y va ?
– Comme ça ?
– Ben oui, comme ça, oui.
– Mais on est tout le temps à poil ici ! Partout !
– Pratiquement, oui. Du moins quand le temps s’y prête : faudrait pas qu’on tombe malades. C’est pas leur intérêt. Et puis là, en plus, on va assurer le spectacle.
– Comment ça ?
– Tu verras.

On nous emmène. En car. Sous la surveillance de trois gardiennes, assises l’une à l’avant et l’autre à l’arrière. Quant à la troisième, elle arpente inlassablement le couloir central en brandissant son fouet.
– Ce serait facile.
– Quoi donc ?
– On est plus de cinquante. Elles sont trois. Elles feraient pas le poids.
– Personne te suivrait. Tous ceux – tous, sans la moindre exception – qui ont tenté de s’enfuir, n’en ont pas réchappé.
Par la vitre se succèdent, des pavillons, des jardins fleuris, de coquets petits immeubles, des rues animées, des magasins. Une foule de magasins.
– Ça change, hein ? Ils crèvent pas de faim au milieu des ruines, eux.
– Mais comment ils ont fait ?
– Ils ont travaillé. Et, surtout, fait travailler…
– C’est complètement fou.
– Et t’es pas au bout de tes surprises.

Le stade Un stade immense. Une clameur nous y accueille. Des femmes. Que des femmes. Agglutinées au bord de la piste d’athlétisme. Des centaines de femmes. Un millier peut-être. Qui nous ovationnent à qui mieux mieux.
– Nos supportrices ?
– On peut dire ça comme ça. En fait elles viennent surtout se distraire. Et nous reluquer. Contrairement aux gardiennes, elles, c’est la seule occasion qu’elles aient de le faire. Sans compter qu’avec un peu de chance, l’un ou l’autre d’entre nous se verra gratifié d’une bonne fouettée. Il y en a, parmi elles, qui adorent ça, c’est clair…
Un tour de piste. Tous ensemble. Un autre.
Une femme en survêtement me fait signe. Tandis que les autres continuent à courir.
– Moi ?
– Ben oui, toi ! Pas le roi de Prusse.
Elle parle français avec un fort accent.
Moi. Et deux autres « nouveaux ».
– Vous allez nous montrer ce dont vous êtes capables.
Et de nous faire sauter. Courir. Lancer le marteau. Le javelot. Elle mesure. Chronomètre. Nous fait recommencer. Et décide finalement que les deux autres ne font pas l’affaire.
– Emmenez-les !
Deux gardiennes se précipitent.
– Quant à toi, ce sera le saut en longueur. À l’essai. Alors tâche de te montrer à la hauteur.
Une formatrice me prend aussitôt en mains. Vitesse de course. Pied d’appui. Élan.
– T’as compris ? Bon, ben allez !
Des femmes se sont approchées En quantité. Regroupées autour du sautoir. Elles ne me quittent pas des yeux. Applaudissent à tout rompre à chacun de mes sauts. Chuchotent entre elles. M’encouragent du geste et de la voix. Éclatent de rire, à l’occasion, à qui mieux mieux.
– Ce sera tout pour aujourd’hui. Va rejoindre les autres.

On fait cercle autour de moi. Alrich. Germie. Gamelot. Tiercelin. D’autres encore.
– Eh, ben dis donc, mon salaud, t’as eu ton petit succès !
– Forcément ! Un nouveau, fallait qu’elles viennent examiner ça de près.
– Ah, tu peux être tranquille que ça va allègrement penser à toi ce soir dans les plumards !
– Et que ça fera pas que penser.
Les gardiennes s’approchent en faisant claquer leurs fouets.
– Allez, à la douche ! Qu’est-ce que vous attendez ?
On se met en mouvement. Alrich se penche discrètement à mon oreille.
– Que je te dise… On les verra pas, mais on va aussi avoir des spectatrices dans les douches. De grosses huiles, celles-là. Celles qu’ont les moyens, d’une façon ou d’une autre, d’obtenir tout ce qu’elles veulent. Je t’expliquerai.

L’eau coule. À droite et à gauche, ça s’occupe avec gourmandise les uns des autres.
Gamelot s’installe à mes côtés et constate, avec intérêt.
– Tu bandes !
C’est vrai. Je peux difficilement prétendre le contraire.
– C’est excitant, hein, toutes ces queues en batterie.
– Oui. Enfin, non ! Enfin si ! Mais pas seulement. Il y a pas que ça. Il y a…
– Il y a toutes ces nanas qui se délectaient de toi tout à l’heure au sautoir. Et puis l’idée qu’il y en a d’autres qui ne perdent pas une miette de ce qui se passe. D’ailleurs faut leur en donner pour leur argent. C’est la moindre des choses.
Il avance la main, m’y dépose les couilles, la referme sur elles, me les palpe doucement.
– J’adore ça branler un mec.
Son autre main. Sur ma queue. Qu’elle s’approprie. Savante. Décidée. Je gicle presque aussitôt.
– Oh, ben non ! Pas déjà ! J’ai même pas pu en profiter.
Il m’y lance une petite claque.
– On remettra ça. Tu me dois une compensation.