mercredi 11 février 2015

Studieuses vacances: récit de Damien (2)

Je me suis effectivement mis au travail… Avec la meilleure volonté du monde et la ferme intention de réussir à échapper à la pension… Seulement j’avais accumulé un tel retard que le résultat était loin de répondre à mes attentes… Et aux siennes… Elle fronçait les sourcils, pinçait les lèvres, poussait des soupirs accablés…
– T’es vraiment un flemmard-né, hein !
– Ah, mais non… Non… J’ai travaillé, je vous assure…
– Et menteur en plus… Un gamin… Un véritable gamin… Qui mériterait des paires de claque… Et, de temps à autre, une bonne fessée… Histoire de lui remettre les idées bien en place… Bon, mais tu sais pas ? On va en rester là… Ça sert à rien… Je perds mon temps… Alors rentre chez toi… J’irai trouver tes parents… Je leur expliquerai que c’est pas la peine… Que tu es une véritable loutre… Que ton cas est désespéré…
– Oh, non, s’il vous plaît, non… Je travaillerai… De toutes mes forces… Je vous en prie… Je vous en supplie… Ils vont me mettre en pension sinon…
– Tu serais pas le premier… Et ce serait quand même pas un drame…
– Oh, si, ce serait un drame, si ! Vous la connaissez pas leur pension… En Suisse elle est… Une vraie prison… Non… Et puis surtout…
– Et puis surtout ?
– Je pourrais plus la voir ma copine… Émilie… Qu’aux vacances… Et ça…
– Oui… Bon… Alors écoute-moi bien… Je veux bien te laisser une dernière chance…
– Oh, merci… Merci…
– On va, pour le moment, laisser tes parents en-dehors de tout ça… Par contre tu vas travailler… Et travailler vraiment… Pas faire semblant… Sinon je sévirai… C’est bien compris ? On est bien d’accord ?
On l’était… Oui… Oui…

Je suis rentré à la maison fou de joie : la terrifiante perspective de la pension s’était momentanément éloignée… Fou de joie et perplexe… Elle avait dit que, le cas échéant, elle sévirait… Elle entendait quoi par là ? Quand même pas que… Pas à mon âge… À presque vingt ans… Non… Évidemment non… C’était pas possible… Oui, mais alors si c’était pas ça c’était quoi ?.Ça pouvait être quoi ? Je voyais pas… Je voyais vraiment pas… N’importe comment il se poserait pas le problème… J’allais travailler… D’arrache-pied…

– Parce que t’appelles ça une dissertation ? Même un très médiocre élève de troisième aurait fait beaucoup mieux… Une fois de plus tu n’as rien fichu… C’est vraiment une habitude chez toi, hein… Bon… Mais tu sais ce qui t’attend… Une bonne fessée… T’étais prévenu…
– Je…
– Il n’y a pas de « je » ni de « mais » qui tienne… Viens ici ! Approche !
Elle a éloigné sa chaise de la table…
– Plus près ! Encore ! Allez ! Là… Et déculotte-toi !
Je lui ai lancé un regard implorant…
– Ah, on a passé un contrat tous les deux, hein ! Alors ou tu le respectes ou ça va être vite vu… Tu rentres chez toi et…
– Non ! Non !
– Eh bien allez alors ! Et tout t’enlèves… Tout…
Je l’ai fait… Je me suis exécuté… Tête basse… J’ai tout quitté… Tout abandonné… À même le tapis… Et j’ai attendu… Longtemps… Sans oser relever la tête… Une éternité… Sans oser la regarder…

Elle m’a brusquement saisi par le bras, sèchement fait basculer en travers de ses genoux où elle m’a solidement calé… J’ai crispé les fesses dans l’attente du premier coup… Qui n’est pas venu… Pas tout de suite…
– On va promettre de travailler correctement ?
– Oui…
– D’y consacrer tout sa volonté et toute son énergie ?
– Oui…
– De ne pas perdre son temps à des amusements sans consistance ?
– Oui…
– Parfait…
Et c’est tombé. Sonore. Dru. A grandes claques vigoureusement lancées. De plus en plus vigoureusement. De plus en plus vite. Ça a piqué. Ça a mordu. Ça a brûlé. Ça a fait crier. Battre des jambes dans tous les sens. Ça a continué. Ça a ralenti. Ça s’est arrêté…
– Là… Tu peux te rhabiller… Et maintenant au travail !

– Ah, ben voilà ! Voilà ! Voilà enfin un travail digne de ce nom… C’est pas trop tôt… Mais c’est quand même malheureux, avoue, que, pour en arriver là, Il ait fallu te punir comme un gamin de huit ans… À ton âge tu devrais quand même avoir assez de plomb dans la cervelle pour avoir conscience que c’est ton avenir que tu prépares et agir en conséquence… Mais non ! Tu préfères gaspiller ton temps à je ne sais quelles billevesées… Eh bien on saura à quoi s’en tenir dorénavant… On saura qu’avec toi la seule méthode qui soit efficace, c’est celle qui te fait rougir le derrière… Bon, mais allez ! Tu as ton livre ?

Studieuses vacances: récit de Mademoiselle Lancel (2)

– T’as encore rien fichu, hein, une fois de plus !
C’était faux… Il travaillait… Mais il avait accumulé un tel retard qu’il pataugeait désespérément… Il tentait maladroitement de se justifier… Je le faisais sèchement taire…
– Ah, non, hein ! S’il te plaît ! N’en rajoute pas !
Je barrais sa feuille de grands traits rouges rageurs… Je remplissais les marges de commentaires acerbes…
Je me montrais injuste avec lui… De plus en plus injuste… Délibérément injuste…
– C’est nul ! Recommence !
Il obéissait, tout penaud…
Je le regardais se pencher sur sa feuille, avec application, animé des meilleures intentions du monde… Un gentil garçon finalement… Un très gentil garçon… Docile à souhait… Qu’il ne tenait qu’à moi de rendre un peu plus docile encore… J’allais m’y employer…

Je disposais d’un formidable levier : sa peur panique de la pension… Un levier dont je n’ai pas manqué de me servir dès le lundi de la deuxième semaine… Bon, allez ! Il ramassait ses affaires et il rentrait chez lui… On s’en tenait là tous les deux…
Il a blêmi…
– Hein ? Mais pourquoi ?
Et il demandait pourquoi ! Il avait le culot de demander pourquoi… Il ne fichait rien… Absolument rien… Il se moquait ouvertement du monde… Alors allez ! Inutile de discuter…
– Non… Non… S’il vous plaît… Je travaillerai… Je vous promets que je travaillerai…
J’ai fait mine de me montrer inflexible… Oui, oh, ça, je l’avais déjà entendu mille fois…
– Mais ils vont m’envoyer là-bas !
Oui, ben il fallait y réfléchir avant…
– Et je pourrai plus voir Émilie… Ma copine…
Ah, c’était donc ça… Oui, ben il la verrait aux vacances sa copine… Il n’en mourrait pas… Et elle non plus… Il y avait des choses beaucoup plus importantes que les petites amourettes dans la vie… Non ? Il croyait pas ?
Oui… Si… Mais…Il a lutté pied à pied… Supplié… Imploré… Promis…
J’ai fini par me laisser fléchir… Oui… Bon… On allait laisser ses parents en-dehors de tout ça… Au moins dans un premier temps… Régler, quand il y en aurait, les problèmes en interne… Je prendrais, chaque fois que nécessaire, les mesures qui s’imposeraient… On était bien d’accord ? Oui… Oui… Tout ce que je voulais… Pourvu qu’il échappe à la pension… Sur la nature des sanctions que je serais, le cas échéant, amenée à prendre, je suis restée très évasive… Tout en faisant en sorte qu’il ait de fortes présomptions…
– Oui… Bon… Cette fois tu vas pas y couper… J’ai été suffisamment patiente, il me semble…
Et me regarde pas avec ces yeux de merlan frit… Tu sais très bien de quoi je veux parler…
– Mais…
– Mais quoi ? C’est nul ce que tu m’as fait là… Complètement nul… Alors tu sais ce qu’on avait dit…
– Oui… Que…
– Que ?
– Je sais pas trop au juste en fait…
– Fais bien l’imbécile ! C’était parfaitement clair… Une fessée… On était bien d’accord là-dessus… Si j’avais quoi que ce soit à te reprocher…
– Vous allez pas vraiment le faire ?
– Bien sûr que si ! À moins que tu préfères la pension…
– Ah, non… Non… Pas la pension…
– Eh bien alors la fessée… Une fessée amplement méritée, reconnais-le ! Eh bien ? J’attends…
– C’est mérité, oui…
– Bon, ben voilà ! On est d’accord… Alors tu te déshabilles…
Il l’a fait… Le polo… Le pantalon… Le slip… En me tournant le dos… Et il a attendu…
– C’est comme ça que tu prends soin de tes affaires ? Ah, elle serait contente ta mère ! Alors tu vas commencer par me ramasser tout ça et par l’étaler soigneusement sur le fauteuil, là… Voilà… Tu vois que c’est pas bien compliqué… Et maintenant viens ici… Plus près… Encore…
Tout nu… Tout nu devant moi… Avec son machin tout fripé, tout rabougri, pendant lamentablement sur ses coucougnettes…
– Tu as froid ?
– Pas du tout, non…
– Avec la chaleur qu’il fait, ce serait quand même étonnant… Tu as peur alors ?
Il n’a pas répondu… Il a eu un geste pour se disimuler qu’il a très vite réprimé… Qui m’a fait sourire…
– Bon, allez !
Je l’ai fait basculer en travers de mes genoux… Prendre appui, des deux mains, sur le sol… J’ai pris le temps de le sermonner… De lui faire promettre de s’amender… Et j’ai lancé une première salve… Il marque vite… J’ai soigneusement réparti… Sur toute la surface… Quelques instants de répit… Pour contempler mon œuvre… Uniformément rouge… Voluptueusement rouge… Je l’ai parachevée… De quelques claques plus vigoureuses encore… Qui lui ont arraché des gémissements… Deux ou trois cris… J’ai ralenti… Espacé… Arrêté… À regret…

lundi 2 février 2015

Studieuses vacances: récit de Damien (1)

– T’as rien fichu… Une fois de plus… Reconnais-le au moins !
Je pouvais difficilement prétendre le contraire… Mon bulletin était calamiteux… J’avais lamentablement échoué au bac de Français… 4 à l’écrit… 6 à l’oral… Et le conseil de classe n’avait consenti que du bout des lèvres à me laisser redoubler ma première…
– Après avoir redoublé ta sixième et ta troisième… Ah, c’est beau ! C’est magnifique… À quel âge tu comptes passer ton bac ? Vingt-huit ans ? Tu t’imagines tout de même pas qu’on va financer tes études jusque là, non ? Alors tu sais pas ? Tu vas aller goûter de la pension… Au moins là-bas tu seras tenu… Et on te forcera à travailler… Que tu le veuilles ou non…
– Ah, non, non ! Pas la pension, non…
– Il fallait y réfléchir avant…
J’ai eu beau supplier… Promettre… Jurer… Ils se sont montrés inflexibles…

Le ciel s’est quelque peu éclairci le surlendemain quand maman est rentrée des courses…
– Vous savez pas ce que j’ai appris ? Eh bien la femme qui vient de louer la grande maison après le cimetière, c’est une ancienne prof de Lettres… Peut-être qu’on pourrait aller la trouver… On sait jamais… Si elle pouvait faire quelque chose pour Julien…
Et papa d’approuver…
– Ça n’engage à rien d’essayer…

Ils en sont revenus enchantés…
– Elle accepte de te prendre en mains… Et se fait fort de te faire avoir ton bac de français… C’est une chance inouïe… Tâche de ne pas la laisser passer…
– Et j’irai pas en pension ?
– Oui, oh, alors ça on verra… On verra avec elle… Le moment venu… Si elle estime que tu as fait suffisamment d’efforts… Que tu es à niveau… On pourra peut-être reconsidérer notre décision… Mais on n’en est pas encore là…

J’ai fait sa connaissance, le lendemain, sur le pas de sa porte… Une grande femme à la peau parcheminée devant laquelle je me suis aussitôt senti mal à l’aise… Coupable… Sans trop savoir de quoi au juste… De n’avoir rien fichu en classe, oui… Mais d’autre chose… Au-delà… Bien plus grave… Sur quoi il m’était impossible de mettre un nom…
Elle m’a longuement examiné des pieds à la tête de ses petits yeux gris acier…
– Alors comme ça c’est toi ! C’est toi qui as raté ton bac de français ! Qui as un poil dans la main long comme ça…
J’ai voulu bredouiller quelque chose. Elle a haussé les épaules…
– Bien sûr que si ! Tu le portes sur ta figure… Bon, mais entre ! Assieds-toi ! Non pas là… Là…
Devant une grande table de l’autre côté de laquelle elle a, elle aussi, pris place…
– On va commencer par voir ce que tu sais faire… Tiens, lis !

– « Comme Mlle Lambercier avait pour nous l’affection d’une mère, elle en avait aussi l’autorité, et la portait quelquefois jusqu’à nous infliger la punition des enfants quand nous l’avions méritée. Assez longtemps elle s’en tint à la menace, et cette menace d’un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante ; mais après l’exécution je la trouvai moins terrible à l’épreuve que l’attente ne l’avait été, et ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé… »
Elle m’a interrompu d’un claquement de doigts…
– Tu connais ce texte ?
– Pas du tout, non…
– Tu le situes à quelle époque ?
– Je sais pas, mais assez vieux quand même…
– Eh bien ça promet… Tu peux au moins me dire de quoi il s’agit ?
– D’une punition…
Elle a levé les yeux au ciel…
– D’une punition, oui… Laquelle ?
J’ai rougi, balbutié…
– Je… je crois… je crois bien… que c’est une fessée…
– Evidemment que c’est une fessée… Que veux-tu que ce soit d’autre ? Et sans doute que si tu en avais reçu plus souvent tu n’en serais pas là aujourd’hui… À devoir passer tes vacances à combler tes lacunes… Non, tu ne crois pas ? Eh bien réponds !
– Je sais pas…
– Eh bien moi, je sais ! Et je te conseille de te mettre sérieusement au travail, mon garçon… Très sérieusement…

Studieuses vacances: récit de Mademoiselle Lancel (1)



Ils étaient désolés de me tomber dessus comme ça… À l’improviste… Et sans même me connaître… Mais on leur avait parlé de moi… J’avais enseigné les Lettres, à ce qu’on leur avait dit… Et ils avaient un fils… Dont ils se demandaient ce qu’ils allaient bien pouvoir faire… Parce qu’il ne fichait rien, mais ce qui s’appelle rien… Alors si j’avais pu… Au moins lui sortir un peu la tête de l’eau… Ils me dédommageraient, bien entendu… Mon prix serait le leur… Oui… Oui… Mais est-ce que ce garçon était décidé à s’investir vraiment ? À passer la plus grande partie de ses vacances à travailler ? Parce que, dans le cas contraire, je n’avais pas du tout l’intention de perdre mon temps… Il travaillerait, oui… Ils en étaient convaincus… Parce qu’ils l’avaient menacé de la pension… Et c’était une perspective qui le terrorisait… De toute façon il serait prévenu… Si j’avais à me plaindre de lui… De son travail… De son assiduité… De son comportement… le couperet tomberait aussitôt… Il ferait la rentrée là-bas… Là-dessus ils se montreraient intransigeants… Dans ces conditions… Qu’il vienne… Le plus tôt possible… Qu’on batte le fer tant qu’il était chaud…

Il s’est présenté le lendemain… En début d’après-midi… Un grand garçon à l’allure lymphatique… À la démarche nonchalante… Au regard fuyant… Qui s’est assis sur sa chaise du bout des fesses… Avec lequel j’ai commencé par mettre les choses au point : on n’était pas là pour perdre notre temps… Ni l’un ni l’autre… Il s’agissait de tendre à l’efficacité et de le remettre à niveau le plus vite possible… J’allais m’y employer de mon mieux… Par contre, s’il s’avérait qu’on piétinait, qu’il ne faisait pas vraiment de progrès, on s’en tiendrait là… Je le renverrais chez lui… C’était clair ? Il a dégluti… Frotté nerveusement l’une contre l’autre les paumes de ses mains… Eh bien?C’était clair… Oui… Oui… D’une voix mal assurée… Ce qui l’était aussi, c’est que c’était une éventualité qui le paniquait… La fameuse pension ? Autre chose ?

Bon, mais on allait commencer par vérifier l’état de ses connaissances… Molière, il le situait à quelle époque ?
– 1700… Par là…
Ah, ben ça promettait… Bon… Qui avait écrit « La Chartreuse de Parme » ?
– Balzac… Ou peut-être bien Flaubert… Oui… Flaubert plutôt…
De mieux en mieux… Il était sûr qu’il avait déjà ouvert un livre au moins ? Non, parce que là… franchement… Même un très médiocre élève de troisième… Je me suis montrée sans pitié… Je ne lui ai fait grâce de rien… Auteurs… Oeuvres… Courants littéraires… Je lui ai plongé le nez dans son ignorance… Mortifié, il se taisait… Il baissait les yeux…
– Regarde-moi au moins quand je te parle…
Ce qu’il a fait… D’un petit air contrit…
J’étais en train de prendre l’ascendant sur lui… Et comme il faut… Ce qui n’était pas pour me déplaire… Ces petits mâles font généralement preuve de tant d’arrogance que, lorsqu’on a le loisir de les remettre en place, on aurait tort de s’en priver…
– Bon… Mais peut-être qu’en ce qui concerne la compréhension d’un texte… On va voir ça… Tiens, lis !
– « Comme Mademoiselle Lambercier avait pour nous l’affection d’une mère…
– Il y a un titre… Il y a pas un titre ?
– Si !
– Eh bien alors ?
Il s’est troublé… Dandiné sur sa chaise… Jeté à l’eau…
– « La fessée de Mademoiselle Lambercier »
– Eh bien voilà ! Continue !
D’une voix blanche… En écorchant trois mots sur quatre…
– Ça ne va pas… Pas du tout… Recommence ! Calmement… Posément… En faisant attention à ce que tu lis…
– « La fessée de Mademoiselle Lambercier »
Je ne l’ai pas écouté… Je l’ai imaginé… À la place du petit Jean-Jacques… Couché en travers de mes genoux… M’offrant ses fesses de grand garçon à corriger… À rougir… Et j’y allais de bon cœur… Ah, oui alors !
Il s’était tu… Il avait terminé sa lecture… Je me suis reprise… Oui… Et alors il pouvait en dire quoi de ce texte ? Il en avait retenu quoi ? À l’évidence pas grand chose… Pour ne pas dire rien… J’ai soupiré, excédée… J’ai levé les yeux au ciel…
– Tu ne connais strictement rien à la littérature… Tu ne lis pas… Tu ânnones… Et tu ne comprends strictement rien à ce que tu lis… Ben, ça promet… Je te conseille de t’y mettre, mon garçon, hein ! Je te conseille vraiment de t’y mettre… Parce que tu sais ce qu’on t’a dit… Si tu ne veux pas qu’on t’expédie en pension…

mercredi 21 mai 2014

Le Centre2 (39)



– On te voit plus…
– Je sais… Je suis désolée…
– C’est Bastien qui te retient prisonnière ?
– Manquerait plus que ça… Non, non, mais…
– Mais tu lui consacres quand même énormément de temps…
– Un peu, oui… Faut dire que…
– Que c’est fabuleux d’avoir un homme complètement à sa merci comme ça… De pouvoir en disposer comme on veut… Une fois qu’on y a pris goût… Bon… Mais si tu nous racontais un peu ? Ses Cythriennes, ça avance ?
– Pas mal, oui… Je vous ai apporté la suite… Vous verrez par vous-mêmes… Mais c’est aussi parce que… je l’oblige… On est à peine rentrés du boulot que je l’expédie à son ordi… Et pas question qu’il en bouge tant que je suis pas satisfaite de ce qu’il m’a pondu…
– Et au boulot, justement, ça se passe comment ?
– On ne peut mieux… Il travaille et je le regarde faire… Ou je vais sur ma tablette… De temps en temps, quand ça m’attrape, je le fais venir, se mettre à genoux au pied de ma chaise et, au moment où il s’y attend le moins, je lui balance une grande baffe… Il a qu’une trouille, – ça se voit : il arrête pas de regarder vers la porte… – c’est que quelqu’un arrive et le trouve comme ça… Alors moi, forcément, je fais durer tant que je peux… J’adore…
– Toujours pas de fessée ?
– Toujours pas, non… Mais, par contre, un grand coup de genou dans les couilles je lui ai balancé avant-hier… Et je peux vous dire qu’il l’a senti passer…
– Comme ça tu lui as fait ? Sans aucune espèce de raison ?
– Oh, non… Non… Il m’agace… Il te me jette de ces regards de vieux cochon, par moments, quand il croit que je le vois pas… Mais là je l’ai pris sur le fait… Et il bandait en plus… Alors il a payé… Cash… Oh, mais va falloir qu’il arrête… Va vraiment falloir qu’il arrête… Parce que je peux passer sur beaucoup de choses, mais sûrement pas sur ça… Un type de son âge ! Baver d’envie devant une fille de vingt ans… Non, mais et puis quoi encore ? On en discutait justement encore tout à l’heure avec Aurélie…
– C’est qui Aurélie ? Une copine à toi ?
– Non… Enfin oui… Si ! Je vous ai bien dit, que j’en cherchais des filles sur Internet qu’aimeraient trop ça le voir en prendre une… C’est là que je l’ai trouvée… On s’est rencontrées… On a sympathisé… Et elle est comme moi… Pire que moi-même… Les vieux qui te laissent traîner les yeux dessus elle supporte pas… Non, mais c’est dégueu franchement ! Les mecs n’importe comment ! Tous ! Les jeunes aussi dans leur genre… Parce que vous savez ce qui lui est arrivé ? Elle sortait avec un, là… Bien… La trentaine… Ingénieur… Elle faisait des tas de projets avec lui pour après… La maison… Les enfants… Tout ça… Oui… Ben t’as qu’à y croire… Elle vient d’apprendre – ça date d’hier – qu’il est marié le mec… Et qu’en plus il y en a une troisième en prime…
– C’est peut-être des racontars…
– C’est pas des racontars, non… Elle les a les preuves…
– Et alors ? Elle va faire quoi ?
– Ben tu sais, pour l’instant, elle est surtout sous le choc… Mais j’espère bien qu’elle va te larguer ça vite fait… Et même ce qu’il mériterait, c’est qu’il aille la trouver sa femme… Et qu’il lui déballe tout… Sauf que c’est pas bien le moment : elle est enceinte de six mois…
– Ça te rappelle rien ce qui est en train d’arriver à ta copine, là ?
– Non… Non… Pourquoi ? Ça devrait me rappeler quelque chose ?
– Réfléchis bien…
– Je vois pas…
– Dans le premier truc qu’il a écrit Bastien…
– Ah, oui ! Oui… Il m’imaginait excactement dans la même situation… Avec un mec marié qui se foutait de ma gueule…
– Et ça finissait comment ?
– Elles le dérouillaient les filles… Mais c’était une histoire… Dans la réalité ce serait pas possible…
– Pourquoi « Pas possible » ?
– Ben parce que… S’il porte plainte…
– Il le fera pas… T’as pas un type sur mille qui le ferait… D’abord parce qu’il a pas du tout envie que sa femme apprenne qu’il va voir ailleurs… Et s’il porte plainte il y aura enquête… Elle sera forcément mise au courant… De ça et sans doute de bien d’autres choses qu’il voudrait surtout pas voir remonter à la surface… Non… Et puis tu te rends compte le ridicule pour un mec ? S’être fait flanquer une fessée par des nanas… Tout le monde – les collègues, les voisins, la famille – qui en fait des gorges chaudes… Qui ricane derrière son dos… Son intérêt, à l’évidence, c’est que ça s’ébruite pas… Il fera tout pour ça… Elle jouerait sur du velours ta copine… Vous joueriez sur du velours…
– Vu sous cet angle… Je vais lui en toucher un mot… Et lui faire lire ce qu’il a écrit là-dessus Bastien… Parce que ça me plairait bien… Oui, ça me plairait bien… Et à elle aussi sûrement…

mercredi 30 avril 2014

Pont…

Le blogueur fait le pont… Et même le viaduc… Bref, il prend quelques jours de vacances…

Prochaine mise à jour le 14 Mai…

À bientôt… Amitiés à toutes et à tous…

mercredi 2 avril 2014

Le Centre2 (38)



– Vous l’avez lu ?
– Quoi donc ?
– Le début de son truc, là, à Bastien… Les Cythriennes…
– Oui… Il a de l’imagination, faut reconnaître…
– Pas vraiment, non… Parce que la trame, c’est moi qui la lui fournis… Lui, il se contente de mettre en forme… Mais bon… Il s’en tire pas trop mal, j’ai pas à me plaindre… Non, la seule chose… Il est un peu flemmard… Ça avance pas vraiment…
– Punis-le !
– Oh, ça, j’m’en prive pas… Pour ça… Comme pour tout un tas d’autres choses… Je peux vous dire qu’il en ramasse des baffes… Et que je m’amuse bien…
– Eh bien, raconte, quoi !
– Par exemple… Par exemple imaginez… Un restaurant… Où j’ai voulu qu’il m’invite… Le truc hyper huppé… Avec des serveurs en noir et blanc qui attendent, en rang d’oignons, le long du mur du fond et qui se précipitent dès qu’ils voient que t’as besoin de quelque chose… Au beau milieu de la salle on est… Autour toutes les tables sont occupées… Des couples… Presque rien que des couples… Ça parle tout bas… Ça parle feutré… Je le regarde… Je lui souris… « Vous savez quoi ? Vous savez ce qu’ils s’imaginent tous, là, autant qu’ils sont ? Que vous êtes un vieux cochon qui se tape une petite jeune…» « Peut-être, oui ! » « C’est pas peut-être… C’est sûr… Et ça me plaît pas… Mais alors là pas du tout… Ça me plaît d’autant moins que c’est de votre faute… » « À moi ? » « À vous, oui !Si vous faisiez pas cet espèce d’air ravi de celui qu’est sur un bon coup aussi ! » « Mais je ne… » « Non, mais vous voyez pas votre tête… On dirait que vous avez gagné le gros lot à l’Euromillions d’être avec moi… Alors forcément qu’ils se font des idées les gens… Et vous mériteriez d’être puni pour ça… Non ? Vous croyez pas ? Eh bien, répondez ! » « Si… Oui… » « Ah, vous voyez ! » « Et vous allez l’être… Là… Devant tout le monde… » J’enlève mes bagues… Sans le quitter des yeux… Toutes mes bagues… Toutes celles de la main droite… Que je dépose, une à une, à côté de mon assiette… Je prends tout mon temps… Et ça part… D’un coup… Sans prévenir… Une gifle… Une gifle monumentale… À toute volée… Le silence… Tous les regards convergent vers nous… Un rire… À l’autre bout, là-bas, près de la porte… Un rire… Offensant… Un autre… « Vous devriez aller aux toilettes… Mais si ! Si ! C’est le moment… » Il obéit… Il se lève… Il traverse la salle… Sur toute sa longueur…
– J’imagine la scène…
– Oui, moi aussi…
– Ce que j’aime bien aussi… Une grande surface… Un vendredi, à six heures du soir, quand il y a plein de monde… On fait mine de pas se connaître… Je dépose mes achats sur le tapis de caisse… Il s’installe juste derrière… Aux autres caisses il y a du monde… Plein de monde… Et vlan ! Ça part… « Espèce de vieux salopard ! Recommence pour voir… » Des réflexions fusent… « Ça m’étonne pas… Il a la tête à ça… » « Elle a raison la fille… Si on se laisse faire ils ont plus de limites… » Etc…
– Ça doit valoir son pesant d’or…
– Je vous le fais pas dire… Dans les transports en commun aussi ça peut être pas mal…
– J’avoue que j’aimerais bien assister à ça…
– Oh, c’est facile… Depuis le temps que je veux vous faire faire sa connaissance n’importe comment… Faudra bien qu’on finisse par s’organiser un petit quelque chose…
– Si je comprends bien t’es une inconditionnelle de la baffe…
– Oh, non, non ! Mais les fessées, il en a trop envie… Je l’ai bien vu dans le premier truc qu’il a écrit, là… Alors je le fais attendre… Et je lui concocte une petite surprise…
– C’est-à-dire ?
– C’est-à-dire que je suis en train de rechercher, sur Internet, des filles qui voudraient assister à ça… Un mec de son âge qu’en prend une…
– Ça doit bien exister…
– Oh, que oui ça existe… Bien plus qu’on ne croit même…
– Ce qui te permet d’être sélective…
– Exactement…
– Tu vas en retenir combien ?
– Dix… J’en veux dix…
– Et tes critères c’est ?
– D’abord faut qu’elles soient jeunes… 20 ans minimum… 24 maximum… Ensuite qu’elles n’aient pas froid aux yeux… Mais surtout qu’elles soient moqueuses… Terriblement moqueuses…
– Je vois… Et pas de mecs ?
– Je veux d’abord voir comment ça se passe avec les filles… Après… Si… Sûrement… Si ça s’est bien passé… Un groupe avec rien que des mecs cette fois…
– T’es pleine de projets à ce que je vois…