mercredi 7 août 2019

Sévères voisines (18)


Camille me cherchait.
– Ah, t’es là !
Sous la douche.
– Je suis là, oui. Qu’est-ce tu veux encore ?
– Rien. Enfin, si ! C’est maman. Elle se demande. Elle s’inquiète pour toi. Et pour Célestine. « Parce qu’il y est sans arrêt fourré à côté, chez ces filles, là. Tu saurais rien, toi, Camille par hasard ? » Ben non, non. Qu’est-ce qu’elle voulait que je sache ? « Il me fait pas ses confidences. » Bref, tout ça pour dire qu’elle est persuadée qu’il y en a une qu’essaie de te prendre dans ses filets. Que ça la désole pour Célestine. « Elle est adorable, cette fille. Et puis ils vont tellement bien ensemble tous les deux… » Et qu’elle soupçonne que c’est Manon. « Ce serait bien le genre à ça. » Ce qui la fait beaucoup rire, Manon. « Moi ? Avec ton frère ? Oui, ben alors ça, il y a pas de risque. Pour plein de raisons. » Attends ! Attends ! Fais voir !
– Quoi ?
– Tu t’en es pris une sévère, on dirait. Fais voir ! Tourne-toi !
– Oh, c’est bon !
– Mais si, tourne-toi !
– Tu vas me fiche la paix, oui ? Tu vas me fiche la paix ?
– Je me demande ce qu’elle dirait, maman, si elle le savait ça, qu’elles te flanquent des fessées. Et pourquoi. Bon, alors, tu te tournes ?
Si elle l’apprenait maman… Mais c’est qu’elle était capable d’aller lui dire, cette garce !
Et je me suis tourné, la rage au ventre.
 Cette branlée ! T’as dû la sentir passer, celle-là, dis donc ! En tout cas c’est tout récent. C’était quand ? Hier, sûrement. Vu les couleurs et comment ça boursoufle par endroits. Oui, c’était hier. Non ?
– Ben oui, c’était hier, oui.
– Et c’était qui ? Pas Manon. On s’est vues tout à l’heure. Elle me l’aurait dit. Madame Beauchêne non plus. C’est à la main, elle, plutôt, qu’elle le fait. Reste Emma. D’autant qu’Emma, le martinet, c’est son truc, à ce qu’elle m’a dit, Manon. Oui, c’est Emma. C’est forcément Emma. Qu’est-ce t’avais fait ?
– Mais rien du tout, enfin !
– Ben, voyons ! T’as jamais rien fait, toi, si on t’écoute. Tu parles qu’elle t’a flanqué une correction, comme ça, pour rien. Mais bien sûr ! Je vais te croire. Non, t’avais encore dû laisser traîner les yeux où il fallait pas. Si c’est pas les mains. Elle t’a pris sur le fait. Et puis voilà. Pourquoi tu veux pas le dire ?
– Mais parce que c’est pas vrai !
– Et il insiste en plus ! T’as beaucoup crié ?
– Crié ? Mais j’ai pas crié !
– Alors là, je suis bien tranquille. Chaque fois tu cries. Comme un cochon qu’on égorge. Et tu gigotes tant et plus du derrière. Tu vas pas dire le contraire. Parce qu’on en a parlé, hier, avec Manon. Et ses copines.
– Comment ça, vous en avez parlé ? Avec quelles copines ?
– Ben, celles de la fac, tiens, tu sais bien ! Tu les connais. Jasmine. Johanna. Et puis une autre. Clémence qu’elle s’appelle. Elle était pas au courant, elle. Et elle en revenait pas. « Des fessées ? Des vraies fessées ? Cul nu ? » « Eh, oui ! » Et elle lui a raconté, Manon, du coup, avec plein de détails, comment tu fais bien la danse de la croupe. Et le Pavarotti. Ce qu’elle lui a dit aussi, c’est pourquoi elles t’en flanquent toutes les trois. Ce que t’as fait, là, à la fenêtre de la salle de bains. Sans compter sûrement tout le reste qu’on sait pas. Elle a trouvé, elle aussi, Clémence, comme les autres, que c’était largement mérité. Et même, vraiment pas cher payé. Parce que c’est insupportable les mecs dans ton genre, toujours derrière le cul des filles, à les emmerder, d’une façon ou d’une autre. Plus d’une heure on en a parlé de tout ça. Et je peux te dire que t’en as pris plein la tête, mais alors là, vraiment plein la tête. Ce que je peux te dire aussi, c’est que ce qu’elle leur a promis, là, de t’en flanquer une devant elles, elles attendent ça avec une impatience ! Et que c’est pour bientôt.
– Quand ? Tu sais quand ?
– Tu verras bien.

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