mercredi 5 juin 2019

sévères voisines (9)


Je vivais en permanence sous la menace. L’envie de me coller une fessée pouvait s’emparer à n’importe quel moment de n’importe laquelle d’entre elles. Emma qui, aux dires de Manon, était tout particulièrement remontée contre moi et n’avait pas le moins du monde l’intention de passer dès à présent l’éponge. Ou bien Manon elle-même qui prenait tout son temps, mais qui m’avait clairement laissé entendre que je ne perdais rien pour attendre. Ou bien encore Madame Beauchêne qui ne s’était pas gênée pour me dire qu’elle me tenait pour un gamin vicieux avec lequel il fallait se montrer résolument intraitable. Faute de quoi mes mauvais penchants reprendraient le dessus et je récidiverais inéluctablement à la première occasion.

Je passais donc chacune de mes journées dans l’appréhension que ce soit celle-là, qu’elle ne se termine pas sans que j’aie eu droit à une correction. Ah, il me coûtait cher, très cher, le plaisir que j’avais pris à me gorger de la nudité de mes voisines des semaines durant. Est-ce que je regrettais ? Je regrettais, oui. De m’être fait prendre. De m’être exposé à recevoir, sans pouvoir m’y soustraire, de retentissantes et humiliantes fessées. De ne plus pouvoir profiter de leurs charmes dont je caressais encore et encore le souvenir, le soir, dans mon lit, avec infiniment de nostalgie.

Ce fut un jeudi. En début d’après-midi. Je rentrais de la fac. Il neigeait à plein temps. Madame Beauchêne m’a hélé par dessus le grillage.
– Eh bien alors ! On te voit plus.
C’était que…
– Tu es très occupé, oui, j’imagine ! La fac, tout ça ! Mais tu sais que les filles arrêtent pas de réclamer après toi ? Alors passe ce soir ! Ça leur fera plaisir.
Elle s’est retournée au bas de l’escalier.
– Tâche de pas oublier…
Voilà, ça y était. J’allais y avoir, une nouvelle fois, droit. Je me suis réfugié dans ma chambre, le cœur au bord des lèvres, mais, en même temps, paradoxalement, soulagé : c’était arrivé. Je n’allais donc plus avoir à appréhender que cela arrive.

Elles étaient là. Toutes les trois.
Et Emma a presque aussitôt attaqué.
– Je t’ai vu mardi.
Elle m’avait vu ? Ah, oui ? Où ça ? Moi, je l’avais pas vue.
– Et pour cause ! T’étais très occupé. Occupé à reluquer les fesses de toutes les nanas qui passaient à ta portée.
J’ai rougi. Et Madame Beauchêne a secoué la tête d’un air affligé.
– Ça te passera donc jamais ! Bon, allez ! Tu te déculottes…
– Mais…
– Il n’y a pas de mais qui tienne. Tu te déculottes, j’ai dit ! Et plus vite que ça !
Je l’ai fait. Je savais que si je renâclais, que si je faisais preuve de mauvaise volonté, la correction serait beaucoup plus appuyée encore.
J’ai retiré le bas. Tout en faisant remarquer…
– Va y avoir Célestine.
– Ah, elle vient, ta copine ?
– Demain soir elle arrive. Il y aura encore les marques. Forcément. Elle va s’apercevoir. Et vous aviez dit…
– Que si tu acceptais d’être puni, elle ne serait pas au courant. Exact, oui. Et je n’ai qu’une parole. Tu peux te rhabiller. Mais ce n’est que partie remise.
Emma a maugréé.
– Il est pas obligé de baiser non plus. S’ils baisent pas, elle se rendra compte de rien.
Sa mère a fait mine de ne pas entendre.


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