mercredi 5 septembre 2018

Julie, artiste peintre fesseuse (4)


– Ah, ben vous vous mettez dans l’ambiance, vous au moins, on peut pas dire…
Des claquements de fouet. À intervalles réguliers. Des halètements. Des gémissements. Les coups se sont faits plus rapides, plus sonores. des plaintes. Des cris. Déchirants.
– C’est lui ? C’est ce bonhomme ?
Elle fait signe que oui. De la tête. Oui.
– Faut bien qu’il participe un peu ! C’est son portrait après tout.
Et elle a précisé.
– J’enregistre toujours. Systématiquement.
Je me suis penché par-dessus son épaule.
– En attendant, ça avance ? Oh, oui, dites donc ! Vous en voyez le bout, là.
– Le bout, c’est le cas de le dire.
Elle était en train de lui fignoler la queue.
J’ai esquissé un sourire.
– Seulement…
– Ce n’est pas reproduit à l’identique, je sais !
La queue et les boules étaient effectivement réduites de moitié. Au moins.
– Et la raison ?
– Vous devez bien vous en douter un peu, non ? C’est que vous êtes tellement fiers, vous, les hommes, de ce qui vous pend entre les jambes qu’il est extrêmement tentant de ramener tout ça à de plus justes proportions.
Elle s’est levée. A pris du recul.
– Je suis pas trop mécontente de moi.
– Oh, vous pouvez ! Vous avez vraiment un sacré coup de pinceau.
J’ai soupiré.
– Et dire que personne le verra jamais, ce tableau.
– Par la force des choses.
– Peut-être que…
– Que quoi ? Une expo ? Une galerie d’art ? Pour que je me retrouve avec un procès au cul ? Perdu d’avance. Non, merci. Sans façons. Très peu pour moi.
– Mais quand même ! Quel gâchis !
– C’est comme ça ! J’en ai pris mon parti : tout ce que je peins est condamné à rester ici.
– Où personne n’en profite. Même pas vous. Tous vos tableaux ont le nez au mur.
– Oh, vous, vous crevez d’envie de les voir, non ?
– Il s’agit aussi de messieurs punis ?
– Bien sûr.
– Il y en a beaucoup ?
– Six. Six en tout. Sans compter celui qu’est en cours de traitement.
– Six ! Eh, ben dites donc !
– Avec une moyenne de cinq tableaux par tête de type. Mais allez-y ! Retournez-en un ! Vous vous rendrez mieux compte. N’importe ! N’importe lequel. Celui que vous voudrez.
Je ne me suis pas fait prier. J’en ai attrapé un hasard que j’ai fait pivoter sur lui-même.
C’était un type d’une quarantaine d’années, grand, athlétique, les fesses striées de grands coups de lanières.
– Je l’aime bien celui-là. C’est un de mes préférés.
Exactement dans la même position que l’autre. Devant le même miroir.
– Ah, ben oui, oui ! Il me les faut de face et de profil. En même temps. Ça vaut pas sinon…
– Et vous n’œuvrez qu’au martinet ? Exclusivement ?
– Oh, non ! Non ! Je varie les plaisirs. Martinet. Main. Fouet. Paddle. Badine. Orties. Tout m’est bon. Et dépend de l’inspiration du moment. Vous allez voir, tenez ! Aidez-moi !
Et on les a tous remis à l’endroit.

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