mercredi 27 novembre 2013

Le Centre2 ( 33 )



– Eh ben dis donc, Nollwen, pour une première fois ! C’était vraiment la première fois ?
– Oui… En vrai, oui… Mais sinon, comme on disait tout-à-l’heure, dans ma tête, c’est des dizaines et des dizaines de fois que je l’ai fait…
– À qui ? C’est qui ce type qui, dans tes rêves, est complètement à ta merci ?
– Il change… Ça dépend… Dans les gens que je connais ou que je rencontre je le prends… À un moment c’était un DJ en boîte… Il y a eu un voisin aussi… Et même, une fois, un type avec qui je suis sortie… Il l’a jamais su… Personne l’a jamais su… Il y a que vous…
– Et au boulot ? Jamais ça a été avec des types au boulot ?
– Jamais, non… Pas encore… Mais faut dire aussi… Ça fait pas longtemps que je travaille… Et que comme stagiaire…
– Ça te tenterait pas ? Ton maître de stage par exemple…
– Oh, mais alors là, lui ! Si jamais je le choisissais qu’est-ce qu’il prendrait ! Pire que tous les autres… Parce que ce serait la première fois avec quelqu’un qu’est au-dessus de moi… Je me vengerais…
– Ben fais-le ! Qu’est-ce t’attends ?
– Je sais pas… Il y a quelque chose qui me retient… Je sais pas quoi…
– Peut-être que ce que ça t’amènerait à découvrir de toi tu le soupçonnes déjà un peu… Et que t’as pas envie de le savoir vraiment…
– Peut-être… Sûrement même…
– En tout cas quand tu passes à l’acte c’est carrément on peut pas dire…
– Je me suis pas rendu compte… Au début en tout cas… Parce qu’après si ! Plus je tapais plus j’avais envie de taper… De plus en plus fort… Un truc de dingues…
–  Oui, ben ça on a vu… Et le pauvre Léonard, lui, il a senti… Ça va le cuire un sacré moment… Bon, mais on va vous laisser un peu tous les deux… Je suis sûre que t’as tout un tas de choses à lui dire… Ou à lui faire dire… En tête à tête…



– Elle est tête ta petite stagiaire, Bastien, hein ? T’as entendu ça comment elle te l’a dérouillé Léonard ? Ah, elle y a mis du cœur ! Patience ! Bientôt ce sera ton tour… Très bientôt… Le temps qu’elle te convoque dans ses fantasmes… Qu’elle t’y impose tout ce qui lui passera par la tête… Qu’elle nous raconte… Qu’on lui donne des idées… D’autres idées… Des tas d’autres idées… Après… il y aura plus qu’à t’offrir à elle… En vrai… Pieds et poings liés… Pour son plus grand plaisir… Et le tien ?



– Ah, tiens, Sonia… Avec Patrice… Tu nous le ramènes enfin ? C’est pas trop tôt !
– Je suis désolée… J’ai pas pu plutôt…
– T’as pas pu ou t’as pas voulu ? Tu nous l’as complètement épuisée, je suis sûre… Non, parce que tu vois, Nollwen, le problème avec Patrice, c’est qu’il assure… Et pas qu’un peu… Avec lui t’es certaine de grimper aux rideaux… Du coup elles veulent toutes en faire un tour les copines… On n’arrête pas de le prêter… Sauf que la plupart du temps on nous le ramène dans un état, mais dans un état ! Hors d’usage pour au moins trois jours… Quand c’est pas la semaine… Tiens, regarde… Tu vois ? Tout flasque… Tout mou… Tu peux bien t’y prendre comme tu veux… Ça va rester inerte comme ça pendant des heures… Non… Le seul moyen de le remettre un peu en état, c’est le martinet… En général c’est radical…
– Vous allez lui faire ?
– Tout de suite, là ? Non. Pourquoi ? T’aurais envie ?
– De le voir en prendre une ? Oui… Franchement, oui…
– S’il y a que ça pour te faire plaisir…
– Et même…
– Et même ? Tu voudrais te charger de l’exécution, c’est ça, hein ?
– Oui… Enfin non… Pas vraiment… Ce que je voudrais, c’est que ce soit Léonard qui lui fasse… Et que moi pendant ce temps-là je le fasse à Léonard… Pour être sûre qu’il y mette tout son cœur…
– En tout cas tu manques pas d’idées… C’est le moins qu’on puisse dire… Qu’est-ce qu’il y a, Sonia ?
– C’est génial ! Faut le faire… Faut absolument le faire… Et ce qui serait encore mieux, c’est qu’elles soient là toutes celles de l’autre fois… Comment elles apprécieraient !
– Et Marta… J’aimerais bien qu’elle vienne, elle aussi, Marta… Elle hallucinerait complètement…
– Bon… Eh bien il y a plus qu’à s’organiser ça…
– Il y a que si… On pourrait peut-être faire une petite répétition avant… Là… Tout de suite…
– Eh ben dis donc, toi ! Maintenant que tu y as goûté…

mercredi 6 novembre 2013

Nollwen, Marta et Bastien ( 12 )



– C’est le grand jour, Bastien !
– Oui… On va avoir de la visite… Quelqu’un qui a très envie – mais alors là vraiment très très envie – de voir dans quel état on est capables de te mettre le derrière… Oh, mais fais pas cette tête-là… Elle dira rien… À personne… Elle a promis… Et c’est quelqu’un en qui on peut avoir confiance… Toute confiance…
– C’est qui ?
– Tu verras bien qui c’est… Ou plutôt non… Tu verras pas… On va te bander les yeux… Ce sera beaucoup plus amusant… Pour tout le monde… Bon, mais allez ! La première chose à faire… Tu sais quoi… Eh bien alors ? Qu’est-ce t’attends ? Déculotte-toi !

Un pas dans le couloir… La porte… Elle l’a refermée… S’est approchée… Sans un mot… Elle lui a passé lentement la main sur ses fesses brûlantes… A recommencé… Ri tout bas… Encore la porte… Et puis son pas… Qui s’est éloigné dans le couloir…

– Voilà… C’est fini… Tu peux l’enlever le bandeau…
– C’était qui ?
– À ton avis ?
– Je sais pas… Comment vous voulez que je sache ?
– Eh bien cherche !
– La Marion Dubet ?
– C’est pas elle, non… Pourquoi ? T’aurais envie ? On peut si tu veux la prochaine fois… Suffit qu’on lui demande…
– Oh, non ! Non !
– C’était pas elle de toute façon… Cherche encore…
– Myriam Golignon ?
– Non plus, non…
– Julia Ravazzi alors…
– Pas davantage… Bon, mais la nuit porte conseil… Tu finiras bien par trouver… Tu nous diras ça… Demain…

– Il doit être mal, là, de pas savoir…
– Il doit avoir qu’une trouille, c’est que ce soit quelqu’un qui sache pas tenir sa langue… Et qu’il soit la risée de toute la boîte…
– Mets-toi à sa place…
– Quand il va savoir que c’était elle… Sa propre femme…
– Elle lui dira ce soir… Sûrement…
– C’est ce qu’était prévu en tout cas…
– Ça va le soulager…
– Momentanément… Parce qu’on va quand même pas s’arrêter en si bon chemin…
– Ce serait dommage…
– Oh, oui alors !
– Et ce sera qui la prochaine élue ?
– La Marion Dubet ? C’est la première qui lui soit venue à l’esprit tout à l’heure…
– Ce serait pas un mauvais choix… Si on lui explique bien les tenants et les aboutissants, à mon avis, elle sera partante… Et en plus elle appréciera… Enfin, il me semble…
– Faudra la tester… Mais alors vraiment sur la pointe des pieds au début…
– Oui… Et puis ce qui serait pas mal aussi, c’est de lui amener un mec… Parce que ça c’est un truc il doit sûrement pas s’y attendre…
–  En parlant de mec… ça tient toujours ce que tu m’as dit l’autre jour ? Pour celui à qui vous voulez donner une petite leçon, là…
– Plus que jamais… D’autant que, d’après Mélanie, il y en aurait encore une autre…
– Il a la santé, dis donc !
– Une autre qu’elle va se charger de mettre au courant qu’elle est loin d’être toute seule… Et qui, normalement, si tout se passe bien, devrait faire partie de l’expédition punitive… Mais dis donc, tu m’as l’air sacrément motivée, toi…
– Un peu que je le suis… Et j’ai mes raisons pour ça…
– On peut savoir…
– Disons que je me suis trouvée, il n’y a pas si longtemps, dans une situation analogue…
– Je vois… C’est le genre de situation dans laquelle on se trouve malheureusement toutes un jour ou l’autre… Mais je pense à un truc : si tu les accompagnais, Mélanie et l’autre fille, quand elles vont me surprendre avec lui ? Il saurait pas d’où tu sors… Qui tu es… Ça le déstabiliserait complètement…
– Oh, moi, je demande pas mieux… Au contraire… 

mercredi 30 octobre 2013

Le Centre2 ( 32 )



– T’as entendu, Bastien ? Évidemment que t’as entendu… T’as passé l’après-midi à écouter, sur le palier, ce qui se passait en bas… C’est pas vrai peut-être ?
– Si ! Oui…
– Et avec la permission de qui ?
– De personne… Je…
– Tu n’en fais qu’à ta tête… Comme d’habitude… Bon… Mais on réglera ça tout-à-l’heure… Peut-être devant Nollwen, qui sait ? Puisqu’elle doit revenir… Peut-être qu’on te fera descendre… Et puis peut-être que non… Bon, mais en attendant, pour nous mettre en appétit, tu vas nous lire la suite de ton histoire… Parce que t’as avancé, j’espère ?
– Un peu…
– Eh bien allez ! On t’écoute…

– Mouais… Mouais…
– Ça vous plaît pas ?
– C’est pas que ça nous plaît pas… C’est que tu te défiles… C’est un peu facile de détourner tes héroïnes du personnage de Bastien… De TON personnage… comme tu le fais là… De les envoyer s’occuper de quelqu’un d’autre…
– Mais vous m’avez dit l’autre jour…
– Qu’est-ce qu’on t’a dit ?
– Que je parlais trop de moi…
– Nous ? On t’a jamais dit une chose pareille… On lui a dit ça, Marjorie ?
– Jamais de la vie…
– Ah, tu vois… Tu racontes n’importe quoi… Comme d’habitude… Pour ça aussi tu seras puni…



– Tiens, Léonard, tu vas commencer par monter les affaires de Nollwen dans la chambre bleue… Et puis tu reviendras là… Qu’elle s’occupe un peu de toi…
– Je vais en faire quoi ?
– Ce que tu voudras… Tout ce qui te fera envie… Tout ce qui te passera par la tête…
– Je pourrai jamais…
– Mais si !
– Je sais pas…
– C’est un peu compliqué au début, oui… Mais suffit de se lancer… C’est un peu compliqué parce que… Ça fait des années et des années que t’invites dans tes rêves un type qui est complètement en ton pouvoir… Non ?
– Comment vous le savez ?
– Ce type, t’en fais tout ce que tu veux… Tu le fais venir, en imagination, quand bon te semble… Tu peux tout exiger de lui… Et tu ne t’en prives pas… Tu t’en prives d’autant moins qu’il n’existe pas… Que tu es convaincue qu’il ne peut pas exister… Du coup tu peux l’emmener où tu veux… Bien au-delà du raisonnable… Ou du vraisemblable…
– C’est exactement ça…
– Et voilà que maintenant on t’en propose un… Un qu’existe vraiment… En chair et en os… Un qui peut être là à tes pieds… À disposition… Ça te fascine, mais en même temps t’arrives pas à y croire… Jamais tu pourras obtenir de lui tout ce que tu pouvais obtenir de l’autre… C’est pas possible… Eh bien si ! Si ! Il y en a – et beaucoup plus qu’on ne l’imagine – qui sont prêts à tout accepter de nous… Absolument tout… Et même davantage… Tu me crois pas ?
– Si ! Si, mais…
– Mais pas vraiment… Pas complètement… Alors tu sais ce qu’il faut que tu fasses ? C’est que tu commences par avoir des exigences simples… Basiques… Et puis peu à peu… Et tu pourras aller loin… Très loin… Tiens, le voilà qui revient, Léonard… Tu va pouvoir commencer à t’exercer…

– Tu les as mises où mes affaires ?
– Dans votre chambre…
– Oui, ben ça, j’m’en doute… Mais où dans la chambre ?
– Sur le lit…
– Sur le lit ?! Mais t’es complètement idiot, ma parole ! Il te vient pas à l’idée qu’un dessous des sac, quand on a voyagé, ça a traîné partout ?! Que c’est dégoûtant…
– Corrige-le, Nollwen ! Corrige-le… Ça lui apprendra…
– Oui, ben d’abord il va remonter là-haut… Le poser par terre…
– Et après tu le corriges, hein ?! Tu le loupes pas…

mercredi 23 octobre 2013

Nollwen, Marta et Bastien ( 11 )



– C’est moi… Nollwen…
– Vas-y, monte ! Je t’ouvre…
– Je te dérange pas ?
– Non… Bien sûr que non… Et puis c’est pas mal non plus de se voir un peu en dehors du boulot…
– En fait j’ai quelque chose à te proposer…
– Par rapport à Bastien ?
– Pas vraiment, non… Figure-toi qu’il y a trois mois j’ai rencontré quelqu’un…
– Jusque là tout va bien…
– Un type – la trentaine – qu’était soi-disant libre… Qui m’a promis monts et merveilles… Sans que d’ailleurs je lui aie rien demandé… En fait il était marié…
– Classique…
– Ce dont je me fichais en réalité éperdument… J’ai jamais eu l’intention de faire ma vie avec… Mais qu’il me mente là-dessus, ça, par contre, j’ai pas du tout apprécié…
– Si t’es comme moi… Je supporte pas ça le mensonge… Pour quoi que ce soit…
– Mais c’est pas tout… Il y en a une troisième… J’ai découvert ça par hasard…
– Et il y en a peut-être d’autres… Au point où il en est le type… Un peu plus un peu moins…
– Une troisième que j’ai rencontrée hier… Qui tombait complètement des nues… Qui s’est mise dans une colère, mais une colère…
– Ce qui peut se concevoir…
– Et qu’est bien décidée à se venger…
– En mettant sa femme au courant…
– Entre autres, oui… Et là ça risque de faire mal… Parce que le pognon, c’est elle qui l’a… Et que si elle le plaque il est quasiment à la rue… Il a rien… Pas de diplôme… Pas de métier… Il a jamais rien fait de ses dix doigts…
– Et donc… vous le tenez…
– Complètement, oui… Mélanie, elle, elle voulait foncer bille en tête… « On débarque là-bas et on lui déballe tout à sa bonne femme… Tout… Il va comprendre sa douleur… » Moi, ça me paraissait pas la meilleure solution… Est-ce qu’il valait pas mieux lui laisser une épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête ? Qu’il arrête pas de se demander… Si on allait le faire… Et quand… Surtout quand… Elle a fini par en convenir… À condition qu’on finisse quand même, au bout du compte, par mettre sa femme au courant… Et donc on va jouer… Alors là je peux te dire qu’on va jouer…
– Au chat et à la souris…
– C’est à peu près ça, oui…
– Je te vois bien dans le rôle…
– Premier acte : je le retrouve à l’hôtel… Un mardi après-midi… Comme d’habitude… Sauf que là Mélanie déboule, comme une furie, au milieu de notre partie de jambes en l’air… Elle se jette sur lui et lui flanque deux baffes… « J’en étais sûre… Ah, ça, j’en étais sûre… Espèce de petit saligaud, va ! » Et moi : « Non, mais qu’est-ce qui se passe, là ? C’est qui celle-là ? Ta femme ? C’est ça ? » « Ah, non, je suis pas sa femme, non… Mais je suis cocue quand même ! La preuve… » Oui, mais non… Il va nous expliquer… C’est un malentendu… Un simple malentendu… On le laisse s’enfoncer… Essayer de trouver – désespérément – une explication qui tienne à peu près la route… Il y en a pas… Il peut pas y en avoir… On lui éclate de rire au nez… On claque la porte et on s’en va…
– Ensemble ? Oh, là, là, ça a pas fini de le faire gamberger, ça…
– C’est le but… « Qu’est-ce qu’elle peuvent bien comploter derrière mon dos ? » Nos portables sonnent… Le mien… Le sien… On répond pas… Des SMS… Par dizaines… Pour s’excuser… Pour supplier… Pour implorer… À sa femme on dira rien, hein ?! On va rien dire ? Non, parce qu’il la connaît… Elle s’en remettrait pas… Ce serait le coup de grâce… Elle est si fragile… Ben tiens ! Quelle sollicitude !
– Ça peut marcher… On sait jamais…
– Oui, ben pas avec nous… La ficelle est un peu grosse…
– Et donc… vous le laissez mijoter…
– Trois-quatre jours… Qu’il ait le temps de tout imaginer… Le pire et son contraire… Et puis on lui donne rendez-vous… Toutes les deux… Dans un café… Pour lui faire part de la décision qu’on a prise… Ou on lui flanque une bonne correction – au martinet – ou on met sa femme au courant… Preuves à l’appui…
– Et il va accepter, tu crois ?
– Le connaissant, oui… Pas tout de suite… Il va renâcler… Discutailler… Mais si on se montre bien déterminées – et on le sera – il en passera par où on veut… Alors là je suis bien tranquille…
– Et c’est quoi mon rôle à moi là-dedans ?
– D’assister… Tout simplement d’assister… Ça te dirait pas…
– Oh, que si !
– Eh ben alors !