mercredi 9 octobre 2019

Sévères voisines (27)


Sur le coup de dix heures du soir, Clémence m’a appelé.
– Je suis désolée pour tout à l’heure. Je l’attendais pas, cette fille qui nous est tombée dessus.
– Pas grave ! Ils venaient de finir à côté n’importe comment.
– Oui, mais on n’a pas pu parler, du coup !
– Ça fait rien. On va le faire maintenant.
– Je t’avais pas menti, t’as vu, hein, n’empêche ! T’as entendu ça, comment elle a déferlé ? Et c’est la même chose tous les mardis. Des fois en un peu plus intense. Des fois en un peu moins. T’as aimé ?
– Je serais difficile.
– Oui, hein ! C’était super excitant. Mais t’as pas osé. Tu bandais pourtant. Et pas qu’un peu ! Mais t’as pas osé.
– Ben…
– Moi non plus, si tu vas par là. Je les accompagne d’habitude, mais cette fois-ci… C’était pas l’envie qui m’en manquait pourtant. Oh, mais quand on sera un peu plus habitués à les écouter ensemble, tous les deux, ça nous posera sûrement plus de problème. Non, tu crois pas ?
– Plus aucun. J’espère bien en tout cas.
– Et moi aussi. En attendant, on serait loin de se douter, hein, Johanna, quand on la voit comme ça avec son Léo, qu’elle le trompe à tout-va.
– Ah, ça, c’est sûr.
 – Surtout que j’en sais rien, faudrait se pencher sur la question, mais si ça tombe, il y a pas qu’avec lui qu’elle le fait cocu. Il y en a d’autres. Et en douce que ça te ferait une sacrée monnaie d’échange, toi, si tu voulais. Je pensais à ça tout à l’heure. Tu pourrais les menacer : ou bien elles arrêtent de te mettre des fessées ou bien tu lui vends la mèche à Léo. Qui passerait sûrement pas là-dessus, il y a aucun risque. Tu serais en position de force. L’inconvénient évidemment, après, c’est qu’il serait plus question qu’on puisse l’écouter faire la Callas, Johanna. Ce serait mort. Pas plus qu’on ne pourrait aller reluquer Jasmine à poil sous la douche. Ce serait beaucoup trop dangereux. Parce que je les connais. Elles te fliqueraient, si tu jouais cette carte. Elles te lâcheraient pas. Et elles finiraient par découvrir le pot-aux-roses. Oh, elles broncheraient pas. Elles se mettraient pas en avant. Que tu puisses rien leur reprocher. Non. Elles se contenteraient d’en parler aux autres filles. Qui prendraient, elles, les choses en mains. Plaintes, gendarmes et tout le tintouin. Pas question de prendre ce risque. Alors Jasmine, faudrait faire une croix dessus. Et les autres aussi. Ce qui serait dommage. Vraiment dommage. Parce qu’on passerait de sacrés bons moments. Mais bon, je comprendrais aussi que tu veuilles que ça cesse, les fessées. Parce que ça doit vraiment pas être facile à vivre.
– Ah, ça, c’est le moins qu’on puisse dire.
– À toi de voir. De peser le pour et le contre. Ou bien mettre un terme aux fessées qu’elles te donnent ou bien te faire allègrement plaisir au détriment de Johanna, de Jasmine et de bien d’autres. Parce que, depuis le temps que je m’intéresse à l’anatomie de mes congénères, tu te doutes bien que j’ai tout un tas de terrains d’action. Tu sais pas encore tout. Mais bon… Il y a que toi qui peux décider. Personne peut le faire à ta place. Même si tu te doutes bien vers où, de mon côté, penchent mes préférences. Mais encore une fois : à toi de voir.
– La meilleure décision…
– Oui ?
– C’est peut-être de pas en prendre. Du moins pour le moment.
– Mais oui ! Bien sûr ! Évidemment ! Il y a rien qui presse. T’as tout le temps d’y réfléchir. Surtout que… une fessée, c’est pas drôle, non, ça, c’est sûr, mais c’est pas la mer à boire non plus. Surtout quand tu vois les avantages que tu peux avoir en face. Tu fais quoi demain ?
– Rien. Rien de spécial. Je vais en fac. Pourquoi ?
– Essaie de la voir, Johanna, si tu peux. Tu l’écoutes, tu lui parles et, en même temps, tu te dis que tu l’as entendue piauler et qu’elle le sait pas. C’est génial, tu verras. Ou bien Jasmine. Déjeune avec à midi. Regarde-la et pense que dans deux jours, si tout va bien, tu l’auras vue à poil.
– Deux jours ?
– Deux jours, oui. Il y a entraînement de hand le jeudi. Bon, mais je te laisse. On m’appelle. Dors bien !
J’ai raccroché. Et, presque aussitôt, Camille a fait irruption dans ma chambre.
– À qui tu téléphonais ?
– À Célestine.
– C’était pas elle, non. C’est pas les mots que tu lui dis. C’était qui ?
– Alors comme ça, tu m’espionnes maintenant ?
– Non, mais j’ai un peu entendu. Sans le faire exprès. En passant. C’était qui ?
– Si on te le demande…
– Oh, mais je saurai n’importe comment. Je finirai bien par savoir.

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